Devant un public composé de photographes, de journalistes, d’artistes et d’amoureux de l’image, onze photographes africains en compétition ont dévoilé leurs œuvres, en lice pour les trois distinctions prévues par ce nouveau prix continental.
La cérémonie d’ouverture s’est distinguée par une programmation artistique éclectique. Deux jeunes danseurs ont offert une performance chorégraphique saluée par l’assistance. Cette création est issue d’une résidence artistique organisée au sein de l’association Don Sen Folo à Bancoumana.
La soirée s’est poursuivie avec une prestation musicale de l’artiste Petit Goro, dont les sonorités inspirées du pays dogon ont contribué à installer une atmosphère festive et identitaire.
Mais le moment le plus attendu restait la présentation officielle des onze artistes sélectionnés. Chacun est venu exposer sa démarche et la portée de son travail.
Pour Seydou Camara, directeur artistique de Yamarou Photo et initiateur des Prix Ibibi, cette première édition concrétise une ambition ancienne :
« Un prix africain de photographie est l’un de mes plus grands rêves. Aujourd’hui, il devient réalité. Je remercie tous les photographes émergents africains d’avoir contribué à faire du Mali la capitale africaine de la photographie. Venus du Sénégal, de la Guinée, du Bénin, du Togo, du Congo et du Mali, leur mobilisation culturelle autour de l’image nous encourage à poursuivre cette dynamique », a-t-il déclaré.
Le critique d’art malien Chab Touré est revenu sur l’origine du nom du prix. « Ibibi », qui signifie « noir » en langue sonrhaï, fait référence à un principe fondamental de l’art photographique.
« Les photographes savent que le noir est constitutif de la photographie. Sans obscurité, pas de lumière. La lumière apporte le contraste, révèle ou dissimule. C’est cette dialectique qui fonde l’esthétique photographique », a-t-il expliqué.
Des œuvres engagées et identitaires
Les séries présentées abordent des thématiques variées, allant de l’écologie à l’identité culturelle, en passant par la spiritualité et la mémoire.
Mariam Niaré : dénoncer la pollution plastique
La plasticienne malienne Mariam Niaré concourt avec une série intitulée « Manani » (« sac plastique »). À travers des mises en scène esthétiques et percutantes, elle alerte sur la pollution environnementale.
Ses clichés montrent des personnages dont la tête est remplacée par des sacs plastiques, dans des paysages envahis de déchets.
« Nous fabriquons le plastique, nous l’utilisons et nous le jetons. Il empêche la terre de respirer, tue les poissons et pollue l’environnement », souligne-t-elle.
Asthmatique et sensible aux effets de la pollution, l’artiste affirme que ce travail lui tient particulièrement à cœur : « Détruire la nature, c’est nous détruire nous-mêmes. »
Koffi Djifa Seble : le mystique Vodou
Le photographe togolais Koffi Djifa Seble présente « Communion avec l’invisible », une série consacrée à l’univers du Vodou. Par un jeu de superpositions et de contrastes, il met en scène les revenants et interroge la dimension mystique et identitaire des pratiques culturelles.
Yaay Hawa Fall : entre visible et invisible
Venue du Sénégal, Yaay Hawa Fall expose « M’bahane », qui signifie en wolof « le passage entre le monde visible et le monde invisible ». Son travail met en lumière les croyances liées aux génies protecteurs du fleuve et aux pratiques culturelles sénégalaises.
Isabelle Da Piedade : identité et interculturalité
D’origine franco-béninoise, Isabelle Da Piedade explore la question identitaire. Née à Paris d’une mère martiniquaise et d’un père ivoirien issu d’une famille béninoise, elle interroge la construction de soi lorsqu’on grandit entre plusieurs cultures.
Formée en sciences humaines et en psychologie interculturelle, l’artiste utilise la photographie comme support d’expression émotionnelle et culturelle.
« Quand on est issu de cultures différentes, comment se construit-on ? Quelles forces nous attirent ? Comment trouver un équilibre ? », questionne-t-elle.
Longtemps attendu par les jeunes photographes africains, le Prix Ibibi ambitionne de devenir un rendez-vous majeur du calendrier culturel régional. Cette première édition confirme la vitalité de la scène photographique africaine et la capacité du Mali à fédérer les talents du continent autour de l’image.
Au-delà de la compétition, l’événement apparaît comme un espace de dialogue artistique et de valorisation des identités africaines contemporaines.
Aminata Agaly Yattara
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