Une décision à forte portée symbolique, mais surtout stratégique, dans un Mali en quête de repères, de cohésion sociale et de souveraineté intellectuelle. Le Mali ne se relèvera ni par les armes seules, ni par les discours, il se relèvera par la reconquête des esprits, des savoirs et des imaginaires. Et cela commence, précisément, par l’école et la culture.
Au Mali, culture et éducation ne sont pas deux secteurs juxtaposés : ils constituent le socle d’une refondation durable de l’Etat et de la société. Reste une question centrale : comment ces deux départements peuvent-ils travailler ensemble pour transformer l’intention politique en bénéfices concrets pour les Maliens ?
La première condition de réussite réside dans la fin du cloisonnement administratif. Trop longtemps, la culture a été réduite à l’événementiel, et l’éducation à la gestion de programmes scolaires déconnectés des réalités culturelles maliennes.
Or, on n’éduque durablement un peuple qu’en s’appuyant sur ses références culturelles : langues nationales, récits historiques, arts, valeurs communautaires, savoirs endogènes. A l’inverse, une culture vivante ne survit que si elle est transmise, enseignée et réappropriée par les jeunes générations.
Les deux ministères doivent donc fonctionner comme des départements jumeaux, avec : des programmes conjoints, des budgets croisés, une vision partagée de la citoyenneté et de l’avenir malien.
Réformer l’école par la culture : un chantier prioritaire
Si 2026–2027 doivent marquer une rupture, l’école doit être le premier laboratoire de cette ambition. Il s’agit entre autres de réhabiliter les langues et savoirs nationaux : L’introduction renforcée des langues nationales dans l’enseignement primaire et secondaire est incontournable. Il ne s’agit pas d’opposer langues locales et français, mais de bâtir un bilinguisme intelligent, enraciné et efficace.
Les contenus scolaires doivent également intégrer : l’histoire réelle du Mali et de l’Afrique, les figures culturelles et intellectuelles nationales, les valeurs de solidarité, de parenté à plaisanterie, de vivre-ensemble.
La deuxième chose à entreprendre est de réinventer l’éducation artistique et culturelle.
Musique, théâtre, danse, cinéma, arts plastiques, littérature orale : l’art doit redevenir un outil pédagogique, pas un luxe extrascolaire. « Chaque école devrait être un espace de création, de débat et d’expression ». Décréter des années de la culture n’a de sens que si cela améliore concrètement la vie des artistes et des citoyens.
Les industries culturelles aussi
Sur ce plan, il s’agit pour nous de structurer les industries culturelles. Les secteurs du livre, du cinéma, de la musique, de l’artisanat et du numérique culturel doivent bénéficier : de fonds de soutien transparents, de formations professionnelles, de mécanismes de diffusion nationale et internationale.
La culture ne doit plus être perçue comme une charge, mais comme un investissement productif et créateur d’emplois.
Autre chose à laquelle on doit s’attaquer, c’est la Culture de proximité et cohésion sociale.
Les maisons de la culture, bibliothèques, centres de lecture, radios communautaires et festivals locaux doivent être renforcés, notamment en milieu rural. La culture est aussi un outil de prévention contre l’extrémisme, la délinquance et la désespérance des jeunes.
Refonder l’imaginaire national
Au-delà des projets, 2026-2027 doivent permettre de refonder l’imaginaire collectif malien.
Former un citoyen malien, c’est former : un esprit critique, une conscience historique, un attachement au bien commun, une ouverture au monde sans complexe d’infériorité.
Cela suppose un discours de vérité, mais aussi une pédagogie de la fierté : fierté d’être Malien, Africain, héritier de grandes civilisations.
Enfin, le principal risque reste celui de la symbolique sans impact. Les Maliens attendent des résultats mesurables : écoles mieux équipées, enseignants formés, artistes soutenus, contenus éducatifs repensés, accès élargi à la culture.
Sans gouvernance rigoureuse, sans implication des enseignants, des artistes, des intellectuels et des collectivités, ces années risquent de rejoindre la longue liste des bonnes intentions non tenues.
Les Années de la culture et de l’éducation peuvent devenir un tournant majeur de la Transition, si elles sont pensées comme un projet national de long terme, et non comme une opération de communication.
Oumar Doumbia
(Enseignant à la retraite, à Bla
Tel : 72892501)
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