Dans une missive qui circule déjà comme une traînée de poudre dans les couloirs du pouvoir, Marcien Essimi interpelle le président russe avec une franchise rare. « Vous n’êtes encore jamais venu officiellement sur le continent africain », lance-t-il, soulignant le paradoxe d’un pays qui se dit « ami de l’Afrique » sans jamais honorer le continent de sa présence. Cette lettre ouverte, datée du 21 novembre, pose une question qui dérange : la Russie joue-t-elle cartes sur table avec ses partenaires africains ?
Le paradoxe russe : amitié affichée, absence remarquée
Le directeur de publication d’AFRIQUE54 ne mâche pas ses mots. « Les discours, eux, sont nombreux. Mais les gestes concrets et symboliques, beaucoup moins ». Son constat est sans appel : alors que le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov justifie les absences répétées de Poutine aux sommets africains, les entreprises russes brillent par leur manque d’implication sociale.
« Où vont ces richesses, Président Poutine ? », interroge Essimi, évoquant l’exploitation du gaz camerounais par des sociétés russes. « Pourquoi ne voit-on pas les fruits sur le terrain ? ». La critique porte aussi sur le domaine sportif : seules les sociétés de paris russes semblent actives, « qui plongent certains de nos jeunes dans les mirages du hasard ».
Un analyste politique de Yaoundé, sous couvert d’anonymat, confirme : « C’est un peu léger ! On attend plus qu’un partenariat basé sur les paris sportifs ».
Mercenaires et transferts technologiques : le malaise s’installe
Le document pointe un autre sujet sensible : la présence des mercenaires du Groupe Wagner. « Au lieu de cela, vous nous envoyez des mercenaires, pas votre armée régulière », écrit Essimi, évoquant le cas du président centrafricain « enfumé » par le groupe privé avant de se tourner vers des mercenaires américains.
La lettre rappelle aussi la déclaration de Poutine lors du forum « Armée 2022 » en Russie, où il vantait les capacités militaires russes. « Ne nous vendez pas seulement des armes. Allez plus loin en transférant la technologie », plaide l’auteur, appelant à une coopération plus équilibrée.
Une admiration lucide pour contrebalancer les critiques
Pourtant, la missive n’est pas qu’un réquisitoire. Essimi exprime son « admiration » pour le peuple russe, « travailleur, fort, discipliné ». Il salue le soutien russe au Cameroun de Paul Biya, au Mali d’Assimi Goïta et dans d’autres nations africaines.
Mais l’attente est claire : « Il me plairait davantage de voir la Russie en Afrique à visage découvert ». L’Afrique veut des partenaires, pas des suzerains, semble-t-il suggérer.
Alors que cette lettre circule abondamment sur les réseaux sociaux, une question persiste : le Kremlin répondra-t-il à cet appel venu du Cameroun, ou continuera-t-il à ignorer les voix africaines qui réclament plus de transparence et de respect ?
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