À peine deux jours pour examiner près de 8 816,4 milliards de F CFA. C’est le délai record — et déroutant — qui a été imposé aux députés pour analyser la loi de finances 2026 Cameroun, déposée tard dans la soirée du 26 novembre. Une vitesse qui étonne jusque dans les couloirs du Palais des verres. « On ne peut pas gérer un pays comme si on corrigeait un devoir en vitesse, vraiment ça dérange… », confie un fonctionnaire rencontré près de Ngoa-Ekellé. Cette méthode expresse relève-t-elle d’une simple urgence administrative ou d’un dysfonctionnement démocratique beaucoup plus profond ?
Loi de finances 2026 Cameroun : un budget examiné en 48 heures
Le projet de la loi de finances 2026 Cameroun a été déposé le 26 novembre 2025 au Parlement, laissant aux députés seulement deux jours pour en examiner les contours.
Le texte prévoit un budget colossal de 8 816,4 milliards de F CFA, soit une hausse d’environ 14 % par rapport à l’exercice précédent.
Pour la Commission des finances de l’Assemblée nationale, cette cadence resserrée est devenue presque habituelle. Mais plusieurs observateurs dénoncent une méthode qui frôle l’absurde.
Un politologue de Yaoundé s’est indigné :
« Même si on organisait la plénière d’adoption en une seule fois, ce calendrier n’a aucun sens. On ne peut pas avaler tout le budget de l’État en deux jours ! »
Ce rythme effréné masque pourtant un contenu dense :
– croissance projetée à 4,3 %,
– hausse des recettes hors pétrole,
– création d’un fonds spécial pour les femmes et les jeunes,
– enveloppes sectorielles en progression.
Mais ces orientations ambitieuses se retrouvent éclipsées par la polémique autour de la méthode employée pour faire adopter le budget.
Un processus qui interroge la transparence budgétaire
La loi camerounaise prévoit que le projet de budget soit transmis quinze jours avant l’ouverture officielle de la session parlementaire, afin de garantir un examen rigoureux et un débat éclairé.
Cette exigence n’a, une fois de plus, pas été respectée.
Le dépôt tardif du texte, suivi d’un examen express, suscite des interrogations sur la sincérité du processus budgétaire.
Plusieurs analystes y voient une entorse grave aux principes de redevabilité et de transparence. « Chaque année, on fait la même gymnastique. On souffle, on court, et au final on adopte sans vraiment débattre », confie un cadre administratif.
Cette pratique devenue presque routinière prive également la société civile de la possibilité d’un débat public structuré sur l’utilisation des ressources nationales.
L’enjeu est d’autant plus crucial que le budget 2026 inclut plusieurs arbitrages fiscaux susceptibles d’impacter le panier de la ménagère.
RÉACTIONS ET ENJEUX : UNE DÉMOCRATIE BUDGÉTAIRE SOUS PRESSION
Dans les milieux économiques et politiques, l’adoption expéditive du budget 2026 alimente un malaise croissant. Plusieurs voix dénoncent un affaissement progressif du contrôle parlementaire, transformant le vote budgétaire en simple formalité.
Certains citoyens rencontrés au centre-ville de Yaoundé confient ne plus croire au processus :
« On annonce des milliards, mais sur le terrain on ne voit rien changer. Alors, pourquoi se presser ? »
À l’heure où le Cameroun veut rassurer ses partenaires financiers, cette gestion précipitée renvoie l’image d’un État avançant en pilotage automatique, au détriment du débat démocratique.
La loi de finances 2026 Cameroun devait être un document pivot, porteur de perspectives économiques et sociales. Elle restera surtout marquée par la rapidité extrême de son examen, une pratique qui nourrit les doutes sur la transparence budgétaire du pays.
Une question demeure désormais : le Parlement acceptera-t-il encore longtemps de voter des milliards dans un tel flou ?
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