En 2015, il dénonçait sans détour un Cameroun livré à la « kleptocratie » et à la « décivilisation ». Dix ans plus tard, Mathias Éric Owona Nguini affiche son soutien au président Paul Biya, sourire aux lèvres, au palais présidentiel de Yaoundé. Ce virage spectaculaire intrigue, choque, dérange. Comment un intellectuel adulé pour ses critiques frontales du régime est-il devenu l’un de ses défenseurs les plus visibles ? « La politique est une école de patience », glisse un proche. Opportunisme assumé ou stratégie longuement mûrie ?
Owona Nguini : d’intellectuel critique à soutien du pouvoir
Longtemps, Mathias Éric Owona Nguini incarnait la voix dissidente sur les campus et dans les médias. En 2014, face à Jacques Fame Ndongo, il lançait un cinglant : « Le règne de Pharaon est terminé ! ». Applaudissements nourris, notoriété instantanée. En 2015, sur les ondes à Yaoundé, il décrivait un pouvoir obsédé par sa survie, incapable de proposer un projet de société. Ce discours lui vaut une place centrale dans le débat public. À l’époque, Owona Nguini rejette toute proximité avec le RDPC, accusant certains intellectuels d’être « à la solde du pouvoir ». Ce n’était pas du jeu, disaient ses soutiens.
Le colloque de Chantal Biya, point de bascule
Le tournant survient en novembre 2016. Owona Nguini accepte de participer à un colloque consacré à l’action sociale de la première dame Chantal Biya. Geste académique pour les uns, signal politique pour les autres. Un mois plus tard, après seize années passées au grade de chargé de cours, il est promu maître de conférences. La suite est fulgurante : professeur titulaire, puis vice-recteur de l’Université de Yaoundé-I en avril 2020. En février 2024, son nom circule même pour le poste de recteur. Les coïncidences interrogent, non ?
Le 20 mai, il est reçu au palais présidentiel. Image forte. Pendant la campagne présidentielle, il multiplie les sorties médiatiques, cette fois avec l’écharpe du RDPC. Le discours a changé. Le ton aussi.
Maurice Kamto, nouvel adversaire déclaré
Dans ce repositionnement, un ennemi s’impose : Maurice Kamto. Owona Nguini attaque frontalement le MRC, contestant la légalité de la candidature de Kamto et dénonçant un parti affaibli par le boycott électoral de 2020. « Très mauvais orateur politique », lâche-t-il, sans détour. Les réactions fusent, surtout dans le Littoral et à Douala, bastions du MRC.
L’universitaire est aussi rattrapé par la polémique de Ngarbuh en février 2020. Ses déclarations sur un rapport de Human Rights Watch, qualifiées de « fake news » par l’ONG, ternissent son image auprès d’une partie de la société civile. Depuis, il choisit soigneusement ses médias, évitant ceux jugés proches du MRC. Une stratégie de communication assumée.
De pourfendeur du système à défenseur du pouvoir, le parcours d’Owona Nguini symbolise les paradoxes du débat intellectuel au Cameroun. Mutation idéologique sincère ou calcul politique ? Les Camerounais, eux, continuent de s’interroger.
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