
Incursion fatale : jeudi, la frontière a replongé dans la violence. Sept soldats tchadiens ont été tués lors d’un affrontement avec des paramilitaires soudanais dans l’est du pays.
Vendredi, le gouvernement a confirmé les faits. Une nouvelle tragédie s’ajoute à une longue liste. Et elle rappelle, une fois encore, que cette frontière est devenue un point de friction constant.
Chaque affrontement prend ici une valeur symbolique. Et il raconte la même histoire : celle d’un État qui défend son territoire tandis qu’un conflit voisin déborde, franchit les lignes et risque d’entraîner toute la région dans sa chute.
Au Soudan, la guerre qui oppose depuis avril 2023 l’armée aux FSR a déjà fait plusieurs dizaines de milliers de morts. Un bilan qui continue de grimper au rythme des combats.
Elle a poussé plus de 12 millions de personnes à fuir, dont près d’un million vers le Tchad, selon l’ONU. Et le conflit déborde désormais largement ses frontières.
Vendredi soir, le porte‑parole du gouvernement, Mahamat Cherif Gassim, a dénoncé une nouvelle incursion venue de l’autre côté de la frontière.
Selon lui, des éléments armés des FSR, plongés dans le conflit interne soudanais, ont traversé illégalement la ligne frontalière avant de lancer une opération armée sur le sol tchadien.Leur cible : des forces de défense, mais aussi des civils, dans l’est du pays.
– La guerre soudanaise franchit la frontière –
Cet épisode ajoute une strate de plus à la tension qui monte le long de cette frontière poreuse, où chaque franchissement illégal devient un acte symbolique, un rappel brutal que la guerre soudanaise déborde désormais de son cadre et menace d’entraîner le Tchad dans son sillage.
Le texte dénonce des « agressions intolérables », qualifiées de violations « manifestes, graves et répétées » de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Tchad.
Elles ont coûté la vie à sept soldats et ont fait plusieurs blessés, précise le communiqué.
Le 26 décembre, deux soldats tchadiens avaient déjà été tués dans une attaque de drone menée par les FSR près de la frontière. Cet épisode avait déjà mis en lumière la vulnérabilité de cette zone sensible.
L’altercation de jeudi s’est produite près de Tiné, ville frontalière, selon le porte‑parole du gouvernement. L’incident souligne la tension persistante le long de cette zone sensible.
Le gouvernement tchadien prévient qu’il ne soutient aucun camp dans le conflit soudanais. Et il affirme qu’il ne tolérera « en aucune circonstance » que cette guerre soit exportée sur son territoire. Le porte‑parole met en garde « une dernière fois » : toute violation entraînera une « riposte immédiate ».
Accusés de soutenir et d’armer les FSR, les Émirats arabes unis ont condamné l’attaque dans un communiqué publié vendredi matin sur X. Mais ils ont soigneusement évité de l’attribuer aux FSR.
Les Émirats arabes unis ont dénoncé « l’attaque menée par un groupe armé dans le sud du Tchad », a indiqué leur diplomatie. Une condamnation qui intervient alors que la région reste sous tension.Abou Dhabi veut ainsi afficher une position ferme face à cette nouvelle poussée de violence.
– La guerre avance et les civils fuient –
La guerre a fracturé le Soudan en deux blocs. L’armée tient le nord, l’est et le centre. En face, les FSR contrôlent tout le Darfour, soit un tiers du pays, et, avec leurs alliés, plusieurs zones du sud. La ligne de front traverse désormais le pays comme une cicatrice.
À la fin du mois d’octobre, El‑Facher est tombée. Dernière capitale du Darfour encore hors de portée des FSR, elle représentait un verrou stratégique et un symbole de résistance. Sa prise a scellé la domination totale des paramilitaires sur les cinq États de cette région meurtrie.
Mais cette victoire militaire s’est immédiatement chargée d’ombre. ONG et témoins ont dénoncé une vague d’exactions, décrivant un climat de peur et de représailles. Comme si, derrière la conquête territoriale, se jouait une autre bataille : celle du contrôle des corps, des récits et de la mémoire d’un Darfour déjà trop souvent brisé.
Les FSR déplacent désormais leur offensive vers le Kordofan, au centre du Soudan. Et elles visent des villes stratégiques. Car chaque prise les rapprocherait un peu plus de Khartoum.
La progression se joue donc ici, dans cette région charnière où le rapport de force pourrait basculer.
Plus de 1 000 jours de guerre ont ravagé le Soudan. Et, au passage, provoqué une souffrance massive. De plus, le pays affronte désormais la plus grande crise de déplacement de notre époque.
C’est ce qu’a affirmé mercredi Barham Saleh, nouveau Haut‑commissaire du HCR, dans une déclaration à l’AFP.
Source: Agence France-Presse

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