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Berlin veut rapatrier ses 1.213 tonnes d’or détenues aux USA: “Elles ne sont pas en sécurité avec Trump”

 L’annonce a fait les gros titres des médias allemands ces derniers jours. Alors que le cours de l’or franchissait le seuil symbolique des 5.000 dollars, le site web de la chaîne de télévision publique affichait en caractères gras: “Avec Trump, l’or allemand est-il toujours en sécurité aux États-Unis?”. Même question du côté de la revue spécialisée Capital. Le tabloïd Bild, le quotidien le plus lu d’Allemagne, titrait quant à lui: “Reprenons notre or, il n’est pas en sécurité avec Trump”.

L’Allemagne possède les deuxièmes plus importantes réserves d’or au monde, après les États-Unis, avec un total de 3.352 tonnes. Un peu plus de la moitié est conservée dans des coffres-forts comme dans celui-ci de Francfort.

Le reste est détenu à la Réserve fédérale à New York (1.236 tonnes) et à Londres (405 tonnes). Ce sont les 37% détenus aux États-Unis qui suscitent désormais l’inquiétude à Berlin.

1. Pourquoi trouve-t-on de l’or européen aux États-Unis?

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne s’est retrouvée non seulement coupée en deux, mais aussi à court d’or. Grâce au “miracle économique” de l’après-guerre, l’Allemagne de l’Ouest a exporté bien plus qu’elle n’importait. Les pays qui importaient des biens allemands, comme des voitures et des machines, payaient en dollars. Un détail qui a son importance puisque dans le cadre du système de Bretton Woods qui prévalait alors, le dollar était indexé sur l’or. Les pays pouvaient ainsi échanger leurs excédents de dollars contre de l’or physique auprès du gouvernement américain. Côté allemand, la Bundesbank procédait régulièrement à ce type d’échanges.

L’or pouvait donc être simplement transféré d’un coffre-fort américain à un coffre-fort de la Bundesbank. Sauf qu’il aurait été logistiquement illogique et coûteux d’acheminer cet or en Allemagne. De plus, l’Allemagne de l’Ouest était en première ligne pendant la Guerre froide. Francfort, où la Bundesbank a installé et dispose toujours de son siège, se trouvait à seulement 100 à 150 kilomètres de la frontière est-allemande, et donc du bloc de l’Est communiste.

Laisser l’or à New York et à Londres (ainsi qu’à Paris, à l’époque) constituait de fait une alternative plus sûre pour l’Allemagne de l’Ouest en cas d’invasion soviétique. De plus, il était plus facile et rapide de vendre de l’or sur les grandes places financières. D’autres pays ont donc également détenu, et détiennent encore, de l’or à New York et/ou à Londres.

2. Était-ce une bonne idée?

Peut-être pas, à en juger une mésaventure belge durant la Seconde Guerre mondiale. À la veille de l’invasion allemande en mai 1940, le gouvernement belge de l’époque avait mis “à l’abri” la quasi-totalité de ses réserves d’or dans d’autres pays, soit plus de 700 tonnes. Une partie était entreposée à New York, Londres et en Afrique du Sud, mais une bonne partie, soit 220 tonnes, était à la Banque de France.

Puisque le régime de Vichy a ensuite collaboré avec les nazis, 198 tonnes d’or se sont retrouvées dans les coffres de la Reichsbank à Berlin. Il a fallu attendre 1997 pour que cet or soit entièrement restitué.

3. Qui possède encore de l’or aux États-Unis aujourd’hui?

Les Pays-Bas ont déjà rapatrié une partie de leur or à Amsterdam depuis New York. Il est désormais entreposé sur un ancien site militaire à Zeist. Environ un tiers des réserves d’or néerlandaises sont toutefois toujours détenues à la Réserve fédérale américaine.

Après les États-Unis et l’Allemagne, l’Italie possède les plus importantes réserves d’or au monde, soit environ 2.452 tonnes. Près de la moitié de cet or italien est conservée à New York. Une petite partie des réserves d’or suédoises, finlandaises et espagnoles est également détenue à la Réserve fédérale, de même qu’une partie des réserves d’or de la Banque centrale européenne.

4. Qu’en est-il de l’or belge?

D’après les données de la Banque nationale de Belgique, Bruxelles détient actuellement 227 tonnes d’or. Selon les cours actuels, cela représente une valeur d’environ 35,6 milliards d’euros.

La Belgique en a déjà possédé bien davantage par le passé. Elle a atteint en 1965 un record de 1.366 tonnes d’or. Rapportée à sa population, elle figurait alors parmi les plus grands détenteurs d’or au monde. Pendant des décennies, ce stock est resté plus ou moins stable. Aujourd’hui, cela aurait équivalu à un total de 184 milliards d’euros. Mais entre 1989 et 1998, sous l’impulsion du gouverneur Fons Verplaetse, la Banque nationale a vendu un total de 1.006 tonnes.

Le raisonnement était le suivant: l’or ne rapportait pas d’intérêts, contrairement aux investissements que rendrait possible la vente de ces tonnes de lingots qui dorment dans des coffres-forts. Ces intérêts permettraient ensuite de réduire la dette publique, qui a très fortement augmenté à la suite des chocs pétroliers des années 1970. Pour limiter cette hausse, une politique d’austérité a été mise en place dans les années 1980, mais la dette a continué de croître à toute allure. Au début des années 1990, elle a atteint un record de plus de 130% du PIB. À titre de comparaison, selon ‘La Libre’, la dette aurait été de 107,3% en 2025.

Il était donc devenu urgent de régler ce problème, d’autant plus que la Belgique comptait adopter l’euro comme monnaie officielle, ce qui nécessitait une stabilité financière. L’or étant démodé, avec un prix oscillant autour d’un niveau historiquement bas, entre 300 et 400 dollars, les réserves ont été vendues. D’autres pays ont suivi ce même exemple.

Puisqu’il a été jugé complexe et coûteux de stocker l’or à Bruxelles, les réserves belges sont aujourd’hui presque entièrement détenues à l’étranger, notamment à la Banque d’Angleterre à Londres, à la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle, et à la Banque du Canada à Ottawa. Si Donald Trump mettait ses menaces à exécution et faisait du Canada le 51e État américain, la Belgique se retrouverait dans une situation similaire à celle des Allemands aujourd’hui.

L’or belge présent au Canada représente un héritage de la Seconde Guerre mondiale. Une partie de l’or qui avait échappé au contrôle allemand avait en effet été acheminée vers le Canada via la Grande-Bretagne pour des raisons de sécurité.

5. Est-il possible de ramener de l’or depuis les États-Unis? Comment cela pourrait-il se faire?

C’est imaginable, comme l’ont prouvé plusieurs pays, comme les Pays-Bas. L’opération la plus spectaculaire de ce genre a été menée par la France dans les années 1960. Dès 1963, la Banque de France a commencé à échanger ses réserves de dollars contre de l’or et a demandé la livraison physique immédiate des lingots de la Fed. En février 1965, Paris a exigé de recevoir de l’or en échange de tous les dollars qu’elle détenait encore. Deux milliards de dollars ont alors été convertis en 1.780 tonnes d’or à leur valeur courante, portant le total des réserves d’or françaises à un niveau record de 4.650 tonnes, comme l’a annoncé à l’époque le président Charles de Gaulle.

De Gaulle souhaitait accélérer le transfert de tout cet or vers Paris. Il a en ce sens demandé à Valéry Giscard d’Estaing, qui était alors ministre des Finances, d’envoyer à New York le croiseur Colbert de la Marine nationale pour récupérer ces lingots et les transporter jusqu’au Havre. Valéry Giscard d’Estaing a protesté en affirmant: “On ne va pas nous remercier pour ça”.

Finalement, le transport s’est effectué par étapes, au moyen de vols Air France plus discrets. L’intégralité des réserves d’or françaises repose désormais à 26 mètres sous terre à Paris. Une salle appelée “La Souterraine” et située sous le siège de la Banque de France, entre le Louvre, le Palais royal et les Halles.

Les Allemands avaient eux aussi déjà rapatrié de l’or depuis les États-Unis (et depuis Paris) il y a une bonne dizaine d’années. À leur arrivée à Francfort, chaque lingot était pesé et son authenticité vérifiée à l’aide d’appareils à rayons X et à ultrasons. Question de vérifier que rien n’a été perdu pendant leur séjour aux États-Unis.

Source: https://www.7sur7.be/

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