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L’omnipotence occidentale : un mythe bâti sur la trahison et la soumission

Derrière le mythe de la toute-puissance militaire occidentale se cache une dépendance structurelle à la trahison, à l’infiltration et à la docilité forcée des périphéries. Trump et Netanyahu font machine arrière face à Khamenei ; surpris, tout l’Occident s’étonne alors que l’Europe questionne sa propre vassalité et servilité envers Washington.

De par ses zones de turbulences et ses bisbilles, et caractérisé par le summum de la logique d’escalade et de la perception mutuelle de menace, le tournant géopolitique de 2025 a vu passer l’humanité si près de la Troisième Guerre mondiale qu’une moindre réaction symétrique de la Russie à la volonté express de Washington et de l’Europe des va-t’en guerre aurait suffi pour que l’Armageddon nucléaire nous rappelle de la fameuse citation de François Rabélais « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Depuis ce tournant marqué par les frappes conjointes israélo-américaines sur les installations nucléaires iraniennes et la spectaculaire opération américaine au Venezuela la nuit du 2 au 3 janvier 2026, la stratégie militaire et diplomatique de Washington et de Tel-Aviv soulève une interrogation cruciale et récurrente : la force de feu de l’Amérique et de son aile armée au Moyen-Orient repose-t-elle réellement sur une supériorité militaire intrinsèque, ou plus sur l’appui des acteurs internes adverses, l’infiltration, et la mobilisation d’intérêts mercenaires soigneusement orchestrés ? Cette question se pose avec une acuité particulière à l’aube d’une confrontation potentielle avec l’Iran cette année, car l’absence de soutien régional tangible des États arabes voisins et les limites déjà visibles du dispositif technologique des États-Unis et d’Israël exposent au grand jour la fragilité structurelle de leur approche.

Le paradoxe, c’est lorsque ce même Trump prétend aimer les iraniens plus que les iraniens en se posant pour sauveur des manifestants en Iran au même moment que son administration tue et terrorise de paisibles manifestants américains en Amérique

Depuis le début de l’année, la reculade simultanée de Washington et de Tel-Aviv face à l’Iran ne traduit ni retenue volontaire ni prudence tactique : elle révèle, au contraire, une impasse opérationnelle profonde, amplifiée par l’émancipation progressive des acteurs régionaux et l’épuisement d’un modèle de projection fondé davantage sur la corruption et la manipulation des élites adverses que sur la capacité réelle à imposer, en tout lieu et en toute circonstance, un rapport de force militaire direct. Dès lors, comme indiqué plus haut, une interrogation s’impose avec une stridence stratégique : la puissance de feu américano-israélienne demeure-t-elle une puissance autonome, ou n’est-elle qu’une mécanique conditionnelle, dépendante de la trahison et de la docilité des autres ?

La puissance militaro-technologique occidentale comme construction artificielle dépendante de l’intérieur ennemi

Il convient d’emblée de déconstruire le postulat fondateur de la supériorité militaire américaine et israélienne, présenté depuis trois décennies comme le produit d’une avance technologique irréversible. En réalité, cette prétendue supériorité ne s’est jamais imposée par la confrontation frontale contre des États structurés, souverains et dotés d’une profondeur stratégique réelle. Elle s’est construite, au contraire, sur une logique d’implosion interne des adversaires, patiemment orchestrée par le renseignement, la subversion financière, la fabrication de réseaux d’influence et la captation d’élites militaires ou sécuritaires prêtes à monnayer leur loyauté.

L’opération américaine menée au Venezuela au tout début de janvier 2026 illustre parfaitement cette matrice stratégique. L’effondrement du pouvoir chaviste n’a nullement résulté d’une supériorité opérationnelle conventionnelle, mais d’une désagrégation interne minutieusement préparée, rendue possible par la compromission de segments décisifs de l’appareil militaire vénézuélien. Cette dynamique n’est pas une anomalie, mais un schéma récurrent de l’interventionnisme américain contemporain, déjà observé en Irak après 2003, en Libye en 2011 ou en Afghanistan avant l’effondrement final de la ligne américaine et la fuite de ses soldats de 2021. La technologie n’y est jamais que l’outil terminal d’un processus de corrosion interne, jamais le facteur décisif.

Extension militaire de Washington au Moyen-Orient et souvent présenté comme le laboratoire avancé de la guerre technologique, Israël n’échappe pas à cette logique. Les succès revendiqués du Mossad en Iran ou ailleurs reposent moins sur une supériorité informationnelle absolue que sur l’exploitation de failles humaines, idéologiques et financières, dans une guerre de l’ombre où l’arme principale demeure l’achat des consciences. Cette dépendance structurelle révèle une fragilité majeure : dès lors que l’adversaire verrouille son front intérieur et neutralise les circuits de pénétration, la puissance occidentale se retrouve amputée de son levier principal.

C’est précisément à ce stade qu’intervient ce que l’on peut qualifier de syndrome historique de la Révolution islamique de 1979, traumatisme stratégique fondateur pour Washington et Tel-Aviv. Cette révolution n’a pas seulement renversé un régime allié, elle a produit un modèle politique immunisé contre les mécanismes classiques de subversion occidentale. En substituant à la loyauté élitaire une mobilisation idéologique de masse patriotique et non infestée de Mossad, en sacralisant la souveraineté nationale comme valeur civilisationnelle et identitaire, et en institutionnalisant la méfiance envers l’ingérence étrangère, l’Iran postrévolutionnaire a neutralisé les ressorts traditionnels de l’implosion interne. Depuis lors, toute stratégie occidentale à son égard est hantée par ce précédent : la peur que l’outil même de la domination indirecte – la corruption des élites et la fragmentation interne – se révèle inopérant, voire contre-productif. Ce syndrome explique la préférence chronique de Washington et de Tel-Aviv pour la guerre de l’ombre, l’assassinat ciblé et la pression économique, au détriment d’une confrontation directe qu’ils savent structurellement risquée.

L’Iran comme mur stratégique et la fin de la géographie docile

C’est précisément ce mur que la République Islamique d’Iran, sous les auspices de l’Ayatollah Khamenei, a opposé en janvier 2026, exposant au grand jour les limites du dispositif américano-israélien. Contrairement aux États précédemment ciblés par Washington, l’Iran n’est ni un État failli, ni une construction artificielle dépendante de protecteurs extérieurs. Il s’agit d’un acteur civilisationnel doté d’une continuité étatique, d’une mémoire stratégique et d’une architecture sécuritaire profondément enracinée, rendant toute opération de déstabilisation interne incertaine et coûteuse. L’échec cuisant des récentes manifestations infestées de mercenaires, de taupes et d’agents du Mossad à la solde de Washington, de Tel-Aviv et de Reza Pahlavi illustre cette profondeur stratégique, jetant à l’eau le projet américain de construction de prétexte pour justifier l’action militaire, d’autant plus que la police fédérale de l’immigration (ICE) terrorise des manifestants américains sous le nez de Trump à Minneapolis. Le paradoxe, c’est lorsque ce même Trump prétend aimer les iraniens plus que les iraniens en se posant pour sauveur des manifestants en Iran au même moment que son administration tue et terrorise de paisibles manifestants américains en Amérique.

Trump n’a autre option que faire machine arrière face à Khameneï, se rendant honteusement compte que tout le monde n’est pas comme Maduro et que tous les pays ne fonctionnent pas comme Venezuela

Mais l’échec le plus cinglant pour Washington et Tel-Aviv n’est pas tant iranien que régional. Le refus explicite et coordonné des puissances arabes voisines de servir de bases arrière à une offensive contre Téhéran constitue une rupture géopolitique majeure. Ce refus n’est pas conjoncturel, il est structurel. Il traduit l’émancipation stratégique progressive de régimes longtemps considérés comme des extensions logistiques de la projection américaine. En privant les États-Unis de profondeur opérationnelle, ces États ont neutralisé l’un des piliers historiques de la domination occidentale au Moyen-Orient : la maîtrise de l’espace régional par délégation, bien sûr.

Cette séquence serait toutefois incomplète sans intégrer la posture déterminante de la Chine et de la Russie, dont l’attitude face à la crise iranienne consacre la naissance effective d’un triangle de puissance Moscou-Pékin-Téhéran. Loin de se limiter à un soutien rhétorique, Pékin et Moscou ont adopté une stratégie de verrouillage diplomatique et stratégique, signalant clairement que toute tentative d’isolement ou de neutralisation de l’Iran s’inscrirait désormais dans un affrontement systémique plus large. La Chine, par sa profondeur économique, énergétique et industrielle, et la Russie, par sa capacité militaire, nucléaire et stratégique, ont offert à l’Iran une couverture géopolitique inédite, transformant ce dernier en pivot régional d’un contre-ordre en gestation. Ce triangle n’est ni une alliance formelle ni un bloc idéologique homogène, mais une convergence révivifiée, axiologique et téléologique d’intérêts vitaux face à l’unilatéralisme occidental belligérant, rendant toute aventure militaire contre Téhéran potentiellement escalatoire à l’échelle globale, et donc appelant à l’Armageddon nucléaire.

C’est à partir de cette convergence qu’il convient de théoriser le triangle Moscou-Pékin-Téhéran comme le noyau dur d’un contre-système mondial en formation, non pas conçu pour reproduire l’hégémonie occidentale sous une autre forme, mais pour en neutraliser les mécanismes structurants. Ce contre-système ne repose ni sur une centralité idéologique unique ni sur une hiérarchie rigide, mais sur une complémentarité stratégique assumée : à la Russie la dissuasion militaire et la profondeur stratégique, à la Chine l’architecture économique, financière et industrielle, à l’Iran l’ancrage géopolitique régional et la capacité de perturbation asymétrique. Ensemble, ils constituent un dispositif de dé-hégémonisation progressive, capable de fragmenter la capacité occidentale à imposer normes, sanctions, récits et coercition militaire, tout en ouvrant un espace systémique alternatif où la souveraineté redevient la variable cardinale de l’ordre international.

À cette analyse doctrinale s’ajoute la dimension explicitement idéologique de la Chine. Xi Jinping a souligné que l’ère des empires unilatéraux est révolue et que « les nations doivent coopérer sur la base de l’égalité, du respect mutuel et de la non-ingérence ». Il a ajouté : « Aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut imposer son ordre au monde ; la souveraineté et la dignité des peuples doivent être respectées. Ceux qui persistent à dominer et à dicter la conduite des autres finiront par perdre leur légitimité et leur influence ». Cette déclaration place le triangle Moscou-Pékin-Téhéran dans une logique concrète de contre-système mondial, incarnant la fin de l’hégémonie impériale et l’avènement d’un ordre multipolaire fondé sur la souveraineté et l’équilibre stratégique.

Cette recomposition géopolitique a mécaniquement contraint Washington et Tel-Aviv à la prudence, non par choix politique, mais par impossibilité matérielle. Sans relais territoriaux fiables, sans complicités internes décisives en Iran, et face à un adversaire désormais adossé à deux puissances systémiques, l’option militaire est devenue un pari à haut risque, incompatible avec la rationalité stratégique. La fameuse « dissuasion occidentale » s’est ainsi retournée contre ses propres architectes.

L’échec doctrinal d’une puissance qui confond domination et dépendance

Sans l’ombre d’aucun doute, l’échec doctrinal de Washington et de Tel-Aviv face à l’Iran ne constitue pas un simple revers tactique, il ouvre le bal d’une détestation globale désormais assumée sur l’échiquier international. Ce moment de bascule rappelle avec une intensité saisissante la portée fondatrice du discours prononcé par Vladimir Poutine à Munich en 2007, véritable acte de dénonciation de l’arrogance normative occidentale, impensable à l’époque. Lorsque le dirigeant russe interrogeait frontalement l’Occident en demandant : « Qui êtes-vous de toute façon ? », il formulait une critique devenue depuis universelle. « Nos collègues occidentaux, et en particulier les États-Unis, ne se contentent pas d’établir arbitrairement des normes auxquelles les autres pays doivent se conformer, mais ils enseignent également qui doit les appliquer et comment se comporter. Tout cela se fait de manière ouvertement grossière, il s’agit là de la manifestation d’une même pensée coloniale où l’on entend sans cesse : vous devez, vous êtes obligés, nous vous mettons sérieusement en garde. Mais qui êtes-vous ? De quel droit avez-vous pour avertir qui que ce soit ? ». Ce discours, marginalisé à l’époque, trouve aujourd’hui dans la séquence iranienne de janvier sa validation historique.

Ce que révèle fondamentalement cette séquence et que le monde occidental, de Washington à Bruxelles, et de Berlin à Londres aimerait garder sous silence, c’est l’obsolescence doctrinale de la pensée stratégique américaine et israélienne. En surestimant la portée de la technologie et en sous-estimant la centralité des dynamiques politiques, sociales et civilisationnelles, Washington et Tel-Aviv ont construit une puissance incapable de fonctionner sans médiateurs, sans sous-traitants régionaux et sans fractures internes chez l’adversaire. Il ne s’agit donc pas d’une puissance autonome, mais d’un système dépendant, vulnérable à toute recomposition régionale.

L’Iran, en refusant l’effondrement interne et en bénéficiant d’un environnement régional moins docile, désormais renforcé par l’adossement sino-russe, a exposé cette dépendance au grand jour. La machine de guerre occidentale, conçue pour des conflits asymétriques contre des États fragmentés, se révèle structurellement inapte à affronter un acteur cohérent, enraciné et stratégiquement patient. Dès lors, la fameuse supériorité technologique n’apparaît plus que comme un multiplicateur conditionnel, inutile en l’absence de leviers humains et politiques.

De ce fait, loin d’annoncer une nouvelle ère de retenue stratégique, la reculade américano-israélienne dont il s’agit face à la République Islamique d’Iran marque l’entrée dans une phase de vulnérabilité systémique. Une puissance qui ne peut frapper qu’avec l’accord tacite des voisins de son adversaire – l’usage justement de leurs espaces terrestres, aériens et maritimes – et la trahison de ses élites internes n’est plus une puissance hégémonique, mais un acteur dépendant d’un ordre régional et désormais global qu’il ne contrôle plus.

Il convient donc de noter finalement que la puissance militaire des États-Unis et d’Israël n’est ni absolue ni souveraine. Elle est conditionnée, fragile et profondément tributaire de facteurs externes qu’ils maîtrisent de moins en moins. En Iran, comme ailleurs, l’ère des victoires obtenues par la corruption des périphéries et l’implosion interne touche tristement à ses limites. Ce basculement ne marque pas la fin définitivement de la puissance occidentale, mais son déclassement stratégique progressif dans un monde où la cohérence politique, l’adossement civilisationnel et la structuration de contre-systèmes mondiaux redeviennent les véritables matrices de l’ordre international.

Pour clore, Trump n’a autre option que faire machine arrière face à Khameneï, se rendant honteusement compte que tout le monde n’est pas comme Maduro et que tous les pays ne fonctionnent pas comme Venezuela.

Mohamed Lamine KABA, Expert en géopolitique de la gouvernance et de l’intégration régionale, Institut de la gouvernance, des sciences humaines et sociales, Université panafricaine

Source: https://journal-neo.su/fr/

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