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Pâtes alimentaires : Les prix grimpent

Le gouvernement du Mali a suspendu l’importation de la farine de blé et des pâtes alimentaires, à travers un arrêté pris le 11 août 2023. La décision vise à booster la production locale et protéger l’économie nationale face à la concurrence extérieure.

Ainsi, les unités industrielles ont désormais le contrôle du marché malien des pâtes alimentaires, favorisant la création d’emplois. Si cette promotion du «Made in Mali» a permis d’augmenter la production des usines et de multiplier les emplois, elle n’est toutefois pas sans conséquences. Depuis le mois de juillet dernier, les commerçants constatent une hausse des prix des pâtes alimentaires, voire une insuffisance des produits sur le marché.

En cet après-midi du mercredi 21 janvier, à l’heure où le soleil termine sa course, le marché de légumes frais appelé communément «Wonida» grouille encore de monde. Dans un tintamarre indescriptible, hommes et femmes tentent de se frayer un chemin en slalomant entre les engins. Dockers et vendeurs ambulants bousculent les passants dans un incessant va-et-vient.

C’est dans cette atmosphère aminée que nous arrivons chez Fousseyni Kouma, commerçant d’articles divers. Le demi-grossiste était au téléphone avec un client revendeur à la recherche de pâtes alimentaires. Propriétaire d’une boutique à Sabalibougou, en Commune V du District de Bamako, ce dernier souhaitait commander des cartons de pâtes alimentaires auprès de Kouma, bien connu comme demi-grossiste sur le marché.

Une commande qui n’a malheureusement pas abouti faute de disponibilité du produit sur le marché. Au téléphone, son fournisseur lui expliquait que cela fait près de quinze jours qu’il n’avait plus de pâtes alimentaires à vendre dans sa boutique. «J’ai lancé ma commande, mais jusqu’à présent, je n’ai reçu aucun retour de la part des grossistes censés m’approvisionner», constate le vendeur installé au marché Wonida.

Selon lui, avant l’interdiction de l’importation, le carton de 10 Kg était acheté auprès des grossistes à un prix compris entre 6.000 et 7.000 Fcfa. Après la décision gouvernementale, le prix du carton de pâtes alimentaires a connu une hausse considérablement : 8.750 Fcfa, voire 9.000 Fcfa aujourd’hui.

C’est à ce tarif que les fournisseurs lui cèdent désormais le carton de pâtes alimentaires. À son tour, il revend le carton à raison de 9.250 Fcfa à ses clients les plus proches et à 10.000 Fcfa pour les autres clients, nous confie celui qui tient sa boutique depuis une dizaine d’années.

LE MARCHÉ DEVENU UNE VRAIE MAFIA-À Sébénicoro, en Commune IV de Bamako, nous rencontrons Adama Coulibaly communément appelé «Adama Mairie-da», sa boutique faisant face à la mairie. Ce vieux commerçant dit vendre aujourd’hui juste pour la satisfaction de ses clients et non pour avoir un quelconque bénéfice sur le produit.

«Depuis décembre, je n’ai pas eu de pâtes à vendre dans ma boutique. La dernière fois que je l’ai vendu, je n’ai eu que 100 cartons de 10 Kg seulement. Sans que je ne les fasse rentrer dans ma boutique, un client a tout acheté», dit-il, précisant qu’il achète le carton à raison de 9.500 Fcfa pour le revendre à 10.000 Fcfa. Ce vendeur souhaite avoir plus de production sur le marché à un prix raisonnable pour la satisfaction des consommateurs.

Par contre, Ali Traoré, un autre boutiquier à Kanadjiguila, dans la Commune du Mandé, souhaite la réouverture du marché international pour faciliter l’importation des marchandises. Car, selon lui, qui parle de concurrence, parle forcément de baisse de prix. Dans la Commune du Mandé, ils sont plusieurs commerçants qui ont cessé la vente de cette denrée alimentaire. C’est le cas de Broulaye Keïta, commerçant détaillant qui ne vend plus de pâtes car, selon lui, les clients estiment que les prix ont connu une hausse considérable. Au lieu de 300, 400, il leur faut désormais débourser jusqu’à 600 Fcfa l’unité.

Aïssata, la vendeuse de gargote, demande aux producteurs de baisser les prix des pâtes, un produit très sollicité par ses clients. Poursuivant notre enquête, nous nous rendons dans la boutique de Dra, également demi-grossiste. Visiblement sous le coup de la colère, celui-ci n’a pas souhaité s’exprimer longuement sur la question. Néanmoins sur un ton agacé, il lance : « il n’y a même pas de pâtes en ce moment dans ma boutique. Regardez vous-même.

Le marché des pâtes est devenu une vraie mafia. Aujourd’hui, seuls les plus forts arrivent à vendre, car nous ne sommes plus en contact direct avec l’usine.» S’il faut le croire, les responsables des usines livrent les pâtes aux grossistes, qui à leur tour les confient aux livreurs chargés de les distribuer aux commerçants de leur choix. Tout au long de cette chaine de distribution, des augmentations de prix sont régulièrement constatées.

Pourtant, des responsables de sociétés spécialisées dans la fabrication des pâtes alimentaires au Mali, assurent que les prix sont stables. À la Société nouvelle alimentation (Sonalim), on affirme que «depuis 2025, le prix du carton de 10 kg des pâtes alimentaires est cédé à 9.100 Fcfa». Selon le directeur général de la société, Abdourrahamane Kouma, en 2023 avant l’interdiction des pâtes, son entreprise produisait 5.360 tonnes contre 7.870 tonnes en 2024 et 14.740 tonnes en 2025.

En perspective, l’usine projeter d’aller jusqu’à 35.000 tonnes de pâtes en 2028. S’il faut se fier aux dires du responsable de l’usine, la hausse des prix ne se situe pas à leur niveau. Ainsi, c’est la chaine d’approvisionnement qui est mise en cause. Le secrétaire aux conflits du Regroupement pour la défense des consommateurs du Mali (Redecoma) reconnait que la suspension de l’importation des pâtes commence à faire ses effets.

«On constate une légère hausse sur les prix de ces produits», a-t-il dit, lançant un appel aux responsables des unités de production de veiller à ce qu’il n’y ait pas de spéculation. De l’avis de l’économiste Modibo Mao Macalou, le marché des denrées alimentaires est libéralisé au Mali. En d’autres termes, il n’y a pas de restriction pour l’achat des denrées alimentaires y compris les pâtes alimentaires.

Chose qui, selon notre expert en économie, sous-entend que les importateurs peuvent acheter ailleurs pour venir vendre sur le marché malien. «Quand il y a des restrictions, cela réduit l’offre. Et quand l’offre est réduite par rapport à la demande, cela va créer une pénurie», explique-t-il.

Notre interlocuteur suggère d’ouvrir le marché international à l’approche du mois de Ramadan pour éviter toute pénurie. Aux sociétés de production, il leur dit de tenir en compte les besoins de consommation de la population. Aussi, de voir si ceux qui produisent au niveau national sont capables de fournir la quantité demandée pour la population, afin d’éviter toute hausse de prix ou le développement d’un marché noir.

Malgré nos multiples tentatives, la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC) n’a pas souhaité se prononcer sur le sujet. Or, son avis aurait permis d’éclairer davantage le débat.

Fadi CISSÉ

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