Une telle rencontre ne pouvait que dégager une convergence de vues entre le politique et le médiatique sur la problématique majeure qui se pose au secteur, dans le contexte de transition politique et géopolitique de notre confédération sahélienne. Le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, le président de la Maison de la Presse, Bandiougou Danté, celui de la Haute Autorité de la Communication, Gaoussou Coulibaly, et le président du Comité de l’égal accès aux médias d’État, Abdoulaye Sidibé, l’ont tous relevé : l’information est devenue une arme de guerre, et nos États en sont victimes au quotidien.
« Notre monde a franchi les frontières de la cyberplanète où l’information est le bien le plus précieux pour les cybercitoyens que nous sommes. Aujourd’hui, comme la santé, l’éducation ou la sécurité, l’information est un bien public. Les armes atomiques, chimiques, biologiques ou radioactives peuvent être considérées comme persuasives. Mais l’arme de destruction massive s’appelle, pour nous, la désinformation. Et nous, professionnels de l’information, sommes bien outillés pour la désamorcer, ce qui concourt à notre mission de service public », a déclaré le président de la Maison de la Presse dans son adresse au Chef de l’État.
Depuis 2012, à travers la crise multidimensionnelle au Mali, l’espace confédéral est en proie à une guerre par procuration, menée sous pavillon terroriste et prenant la forme d’une guerre hybride. Celle-ci combine des composantes conventionnelles, informationnelles et psychologiques. Sur le plan informationnel, les Maliens se souviennent des fausses nouvelles sur la prise de Konna, avec la fameuse « colonne de 400 pickup » censée déferler sur Sévaré et se projeter rapidement jusqu’à Bamako, voire jusqu’aux rives de l’Atlantique. En janvier 2013, les médias occidentaux, notamment RFI et France 24, dominaient les esprits. Comme l’a imagé un observateur, nombre de Maliens et d’Africains francophones se réveillaient avec RFI et s’endormaient avec France 24. À cette époque, les médias nationaux, en particulier les médias publics, n’avaient pas l’oreille des citoyens, pour des raisons inhérentes à leur gouvernance.
Moins d’une décennie plus tard, ces médias étrangers ont été mis hors d’état de nuire, au prix de suspensions et d’interdictions définitives. La conséquence immédiate fut de donner une prépondérance réelle aux médias publics nationaux et aux nouveaux médias issus du développement numérique. Aujourd’hui, ces médias nationaux, toutes obédiences confondues, sont en première ligne de la guerre médiatique et patriotique face aux campagnes de désinformation et aux « fake news » en profusion. En face aussi se trouvent des médias financés à prix d’or par leurs gouvernements ou des groupes d’intérêts pour faire main basse sur nos États.
Dans sa réponse, le 19 janvier dernier, face aux faîtières et aux instances de régulation, le Président Assimi Goïta a montré la lucidité des pouvoirs publics sur cette nouvelle donne. Il a rappelé que la lutte contre la désinformation et la manipulation de l’opinion reste au cœur de la bataille pour la souveraineté nationale. Il a surtout insisté sur le rôle des médias dans la préservation de la cohésion sociale et la consolidation du Mali Kura, invitant journalistes et acteurs du numérique à « mesurer la portée de chaque publication ». Et d’ajouter : « Chaque fois que l’information est détournée de son noble objectif, elle devient une arme redoutable contre la cohésion sociale et le progrès. »
Pouvoirs publics et médias ont dû faire front commun en octobre et novembre derniers face à la cabale médiatique orchestrée autour de la crise dite du carburant. Le rôle de la communauté médiatique nationale fut si déterminant que le ministre chargé de la Communication adressa une lettre de félicitations au président de la Maison de la Presse.
La presse, et plus largement les médias, sont de véritables leviers de gouvernance. À ce titre, il n’est pas inutile de rappeler la stratégie des autorités françaises, à l’aube de la démocratisation des États africains, qui consistait à négocier un maillage significatif des capitales et grandes villes francophones par la chaîne RFI, puis par France 24. L’objectif affiché était l’information, mais l’objectif réel était l’apprivoisement des opinions africaines. Ce temps semble révolu, avec les décisions historiques de les extirper du paysage médiatique.
La contrepartie la plus sûre est désormais un investissement massif dans les médias publics, un appui constant aux organisations de presse et une stratégie globale pour asseoir une souveraineté numérique. C’est aussi une voie royale de salut public, par l’information et la communication publiques, saines et citoyennes.
**Alassane SOULEYMANE**
Crédito: Link de origem
