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Ouverture colloque : Culture et souveraineté au cœur de la refondation

Le Centre culturel Korè (CCK) de Ségou a abrité vendredi 6 févriers 2026, l’ouverture officielle du Colloque de Ségou sur la renaissance culturelle et la souveraineté, une rencontre de haut niveau réunissant acteurs culturels, chercheurs, décideurs et élus locaux. La cérémonie d’ouverture a été placée sous la présidence du représentant du Ministre en charge de la Culture.

Dans un contexte marqué par la proclamation de 2026 comme Année de l’éducation et de la culture au Mali, les participants entendent replacer la culture au centre du projet national, comme levier stratégique de cohésion, de développement et d’affirmation de la souveraineté.

Le Centre culturel Korè (CCK) de Ségou a été le cadre à l’ouverture officielle du Colloque de Ségou, placé sous le thème évocateur : « Renaissance culturelle et souveraineté ». Une thématique forte qui, selon les autorités locales, entre en parfaite résonance avec les aspirations profondes des populations et les défis majeurs auxquels le Mali est confronté.

Le maire de Sébougou a souligné que ce colloque se veut avant tout un cadre de réflexion stratégique, destiné à nourrir les politiques publiques et à renforcer le rôle des collectivités territoriales dans la promotion et la valorisation de la culture. Il a rappelé que, au fil des années, le Colloque de Ségou s’est imposé comme un véritable carrefour d’idées, un espace de référence pour les acteurs culturels, les chercheurs et les décideurs engagés dans la construction d’un Mali culturellement souverain.

Cette édition intervient dans un contexte particulier, marqué par l’annonce récente du Chef de l’Etat faisant de l’année 2026, l’Année de l’éducation et de la culture. Une décision saluée par les organisateurs, qui y voient une reconnaissance du rôle stratégique de la culture dans le processus de refondation nationale et un signal fort en faveur d’un investissement accru dans les secteurs de la connaissance et de la création.

Le président par intérim du Groupe Art et Culture, Djibril Guissé, a inscrit le colloque dans une dynamique assumée de renaissance culturelle et de souveraineté. Il a précisé que l’initiative s’inscrit dans le cadre du programme L’ikam, lequel ambitionne de repositionner la culture comme pilier central du développement, de l’identité nationale et de la cohésion sociale.

Selon lui, les panels et communications animés par des experts, chercheurs et praticiens de la culture permettront d’approfondir les sous-thèmes liés à la problématique principale, d’analyser les défis structurels du secteur et de dégager des pistes de solutions concrètes pour une relance durable et inclusive de la culture malienne.

Représentant le ministre en charge de la Culture, Alamouta Danioko a, insisté sur la portée symbolique et stratégique du Colloque de Ségou. « Le colloque est un espace d’éveil de conscience », a-t-il déclaré, avant de se féliciter de la décision présidentielle de consacrer 2026 à l’éducation et à la culture. Pour lui, les bases d’une nation forte reposent nécessairement sur une renaissance culturelle profonde, condition sine qua non de toute souveraineté véritable.

À travers cette rencontre, Ségou réaffirme ainsi sa vocation de capitale culturelle et son engagement à porter une vision où la culture devient un levier majeur de souveraineté, de cohésion sociale et de développement durable.

Après la cérémonie d’ouverture, les travaux ont été lancés par la leçon inaugurale du Pr Ibrahima Wane, qui a introduit les panels. En visioconférence, l’universitaire a établi un lien entre le thème « Renaissance culturelle et souveraineté » et les idéaux de la renaissance culturelle africaine portés par les grandes figures intellectuelles du continent. Il a soutenu que la culture africaine ne prend tout son sens que lorsqu’elle participe activement aux combats culturels, économiques et politiques, en vue de l’émancipation et de la dignité des peuples.

Avec cette édition, le Colloque de Ségou confirme son ambition : faire de la culture un socle de transformation et un instrument stratégique dans la construction d’un Mali souverain et confiant en ses valeurs.

A.S.

 

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CULTURE ET SOUVERAINETE EN DEBAT

Colloque de Ségou 2026 : la renaissance culturelle comme fondement d’un nouveau projet politique africain

 Réunis à l’occasion du Colloque de Ségou 2026, chercheurs, penseurs et acteurs culturels venus du Mali, du Burkina Faso, du Cameroun et du Congo ont porté un diagnostic sans détour : la souveraineté politique et économique de l’Afrique ne saurait être achevée sans une reconquête profonde des langues, des récits et des imaginaires.

 A Ségou, la renaissance culturelle s’est imposée comme un enjeu stratégique de refondation de l’Etat et d’émancipation africaine.

Le Colloque de Ségou sur le thème central «  renaissance culturelle et la souveraineté » confirme ainsi sa vocation de cadre majeur de réflexion sur les rapports entre culture et pouvoir en Afrique. Loin d’une approche folklorisante, les débats ont mis en lumière une réalité structurante : la crise de souveraineté qui traverse de nombreux Etats africains est aussi, et peut-être d’abord, une crise symbolique. Dépendance économique et fragilité politique trouvent leurs racines dans une dépendance plus ancienne des imaginaires, des langues et des référents culturels.

La culture, infrastructure invisible de l’Etat

Pour Ibrahim Ndiaye, Dr Hamadou Mandé et Dr Fernand Ghislain Ateba Ossende, la culture constitue une « infrastructure invisible » mais décisive de l’Etat. Elle façonne les représentations collectives, structure les comportements sociaux et influence les choix politiques. Cette lecture rompt avec une vision réductrice de la culture limitée au divertissement pour la replacer au cœur de la souveraineté.

Ibrahim Ndiaye a particulièrement insisté sur le rôle des langues africaines comme systèmes de pensée. Leur marginalisation dans l’école, l’administration et l’espace public produit, selon lui, une citoyenneté inachevée. Le retour aux langues nationales ne relève donc pas d’un simple attachement identitaire, mais d’un choix politique structurant, indispensable à la construction d’Etats véritablement souverains.

Institutions culturelles et sécurité symbolique

De son côté, Dr Hamadou Mandé a plaidé pour la mise en place de politiques culturelles solides, appuyées sur des institutions fortes et des mécanismes de financement endogènes. M. Mandé a souligné que la persistance de modèles culturels hérités de la colonisation entretient une dépendance esthétique et idéologique, freinant l’émergence de narratifs autonomes.

Introduisant la notion de sécurité culturelle, Dr Fernand Ghislain Ateba Ossende du Cameroun a alerté sur la vulnérabilité des Etats qui ne maîtrisent pas leurs récits fondateurs. La dépendance aux financements extérieurs dans le secteur culturel constitue, selon lui, une forme d’ingérence symbolique, susceptible d’influencer les orientations idéologiques et identitaires des sociétés africaines.

Culture, gouvernance et développement

Les interventions de Dr Salia Mallé, chercheur et chef de cabinet au departement de la Culture, de l’ancien ministre Mohamed S. Coulibaly et de Dr Ribio Nzeza Bunketi Buse ont établi un lien direct entre renaissance culturelle, gouvernance et développement. Tous ont défendu l’idée d’une souveraineté culturelle conçue à la fois comme socle de valeurs communes et comme levier économique, notamment à travers le développement des industries culturelles et créatives.

La culture est ainsi apparue non seulement comme un facteur de cohésion sociale, mais aussi comme un secteur stratégique de création d’emplois, de richesse et de stabilité, à condition d’être pleinement intégrée aux politiques publiques.

La libération du Mali

Sur le plan spirituel, Daouda Tékété a rappelé que « renaissance culturelle et souveraineté » sont indissociables. Selon lui, « la libération du Mali et de l’Afrique passe par une reconnexion aux fondements spirituels et éthiques, notamment au maaya », principe d’humanisme, de dignité et de responsabilité collective.

Dans une perspective plus opérationnelle, Dr Jenny Mbaye a mis en lumière le rôle central des entrepreneurs culturels et des écosystèmes créatifs dans la structuration d’un secteur culturel souverain, capable de résister aux dépendances extérieures tout en s’inscrivant dans les dynamiques contemporaines.

Des pistes de solutions envisagées

A l’issue de la rencontre, l’on pourrait retenir plusieurs solutions aux sous thèmes débattus. Sur le plan des Langues et souveraineté, il s’agit de : Réhabiliter les langues nationales dans l’éducation, l’administration et les médias ; reconnaître les langues africaines comme vecteurs de pensée et de citoyenneté ; produire des contenus scientifiques, culturels et institutionnels en langues locales.

Sur le plan Politiques culturelles et institutions, l’on peut retenir entre autres :

Mettre en place des politiques culturelles cohérentes et durables ; renforcer les institutions culturelles nationales et régionales ; développer des mécanismes de financement endogènes pour réduire la dépendance extérieure.

Dans le domaine de la Sécurité culturelle et des récits, il s’agit de : maîtriser les récits fondateurs et les imaginaires collectifs ; limiter l’ingérence symbolique liée aux financements culturels exogènes ; encourager la production de narratifs africains autonomes.

Sur le plan de la Culture, économie et gouvernance, on retient comme solutions :

Intégrer la culture aux stratégies nationales de développement, soutenir les industries culturelles et créatives comme moteurs économiques, créer des emplois durables à partir des ressources culturelles locales.

Et enfin, s’agissant de la spiritualité, de l’éthique et de l’entrepreneuriat culturel, il s’agit comme recommandations de : réhabiliter les valeurs éthiques et humanistes africaines, notamment le « maaya » (l’humanisme), structurer des écosystèmes favorables à l’entrepreneuriat culturel ; accompagner les acteurs culturels vers des modèles économiques souverains.

En sommes, le Colloque de Ségou 2026 ne prétend pas livrer des solutions immédiates, mais propose une grille de lecture sans équivoque : sans réappropriation culturelle, la souveraineté restera formelle.

A l’inverse, une renaissance culturelle assumée, portée par des politiques publiques cohérentes et des acteurs engagés, peut ouvrir la voie à une émancipation africaine durable, pensée de l’intérieur.

A.S.

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