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« J’étais constamment harcelée »… Derrière les promesses d’enrichissement facile, des mécaniques sectaires

Une promesse vieille comme le capitalisme et le blues du lundi matin : « Devenez libre financièrement en travaillant de chez vous ». Cette formule s’est propagée sur Instagram ou TikTok. Des commerciaux – jeunes, voire très jeunes – affichent ostensiblement des gains faramineux qu’ils jurent avoir obtenu sans effort. Mais derrière cette vitrine se cache parfois une réalité plus sombre : un système où la principale activité n’est plus de vendre un produit, mais de sans cesse trouver de nouvelles recrues. Quitte à instaurer une relation d’emprise.

Bienvenue dans l’univers de la vente pyramidale, aussi appelé marketing multiniveau (MLM, en anglais), vente à paliers ou pyramide de Ponzi. Dans ce modèle, les commerciaux parrainent les niveaux entrants, et une partie de leurs revenus provient de ces recrutements ou des ventes effectuées par leurs filleuls. La pratique est légale en France à condition que les revenus soient le fruit de la vente effective de produits ou services. Et s’il n’y a aucune idéologie (si ce n’est l’appât du gain) dans ce modèle commercial, certaines pratiques évoquent malgré tout des dérives sectaires.

Une pression permanente

En ligne, les témoignages sont légion. « C’était un cauchemar, confie une utilisatrice du forum Reddit. J’étais constamment harcelée par ma marraine, qui était mon ancienne meilleure amie. Je ne “travaillais” pas assez parce que je refusais de passer ma vie à prendre des vidéos de moi dans ma salle de bains pour vendre du maquillage, de rejoindre des réunions Zoom et de harceler mes amis à mon tour. Je refusais aussi d’acheter moi-même des produits pour maintenir mon rang. » « Ils me disaient : “Tu n’aimes pas vraiment ta famille si tu ne mets pas toute ton énergie là-dedans, alors prouve-leur que tu les aimes” », témoigne un autre internaute. Il raconte la pression permanente pour faire plus de ventes et prouver sa valeur au reste du groupe.

Ce n’est pas un hasard si les signalements de dérives liées à la vente pyramidale sont présents dans les rapports de la Miviludes. Outre les pertes financières, ces schémas peuvent conduire à une forme d’emprise altérant le libre arbitre. Gwladys Hadjimanolis, doctorante en sociologie, a réalisé sa thèse sur le sujet. Pour elle, qui s’est infiltrée dans certains réseaux, ces derniers partagent des caractéristiques avec les dérives sectaires. « La bascule, c’est quand le point principal c’est de recruter et de garder captif », souligne-t-elle.

« Les personnes ciblées sont souvent vulnérables »

Les recruteurs visent rarement au hasard. « Les personnes ciblées sont souvent vulnérables, déjà isolées. Elles ont vécu une rupture, une perte d’emploi, des relations familiales difficiles, observe Gwladys Hadjimanolis. Ce qu’on promet, au-delà de la richesse, c’est d’être entouré, soutenu, de devenir une meilleure version de soi-même. » La Miviludes souligne la vulnérabilité des 18-25 face à ces formes d’emprise.

Dans ces réseaux, les profils varient selon les secteurs : les marques de cosmétiques ou de compléments alimentaires recrutent plutôt auprès des femmes, les services d’investissement en crypto ou en bourse visent une population majoritairement masculine, jeune, peu diplômée. Ces réseaux sont beaucoup plus agressifs : abonnement mensuel à plusieurs centaines de dollars, promesses de rendements rapides…

Cet embrigadement peut s’accompagner d’un isolement progressif. Les victimes perdent peu à peu contact avec leur famille, leurs amis, quittent parfois leur travail. « L’organisation cherche à les garder captives et les fait s’entourer uniquement de personnes “comme eux” », ajoute la chercheuse. Cet isolement est d’ailleurs l’un des trois axes que Pascale Duval, présidente de l’Unadfi (association de lutte contre les dérives sectaires), identifie pour caractériser l’emprise sectaire : rupture avec l’esprit critique, avec les proches et avec la société. Toutefois, « sur les réseaux sociaux, on se retrouve de plus en plus souvent dans des cas où il n’y a pas vraiment de gourou identifié », précise-t-elle.

Des cibles jeunes, isolées, précaires

A défaut de gourou, la nature des ventes pyramidales et le système de parrainage confèrent une certaine aura aux personnes haut placées dans la structure. « Ce sont des figures de leaders, charismatiques, reconnues pour certaines qualités, décrit Gwladys Hadjimanolis. Leur statut est présenté comme “atteignable” si on suit le même parcours. En général, il faut écouter les personnes qui savent mieux, qui sont meilleures, ne pas poser de questions et croire au processus. »

Alors, secte ou pas secte ? Pour Damien Karbovnik, historien des religions et sociologue, la question ne se pose plus seulement en matière de croyances ou de discours religieux. « On assiste à une évolution des phénomènes d’emprise », explique-t-il. Le curseur n’est plus seulement placé autour d’une idéologie, mais plutôt sur des mécanismes de dépendance. Pour autant, l’emprise n’est ni totale ni uniforme. En d’autres termes, sans résultats, une partie des victimes finit par abandonner, généralement avec plus de facilités qu’une secte, mais au prix de centaines d’euros perdus.

Source: https://www.20minutes.fr/

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