À deux jours du 14 février 2026, les couleurs rouge et blanc dominent déjà certaines artères de la capitale burkinabè. Au grand marché de Ouagadougou comme dans plusieurs boutiques du centre-ville, peluches, fleurs artificielles, coffrets cadeaux et cartes décoratives occupent les devantures. L’atmosphère annonce la Saint-Valentin. Mais derrière l’effervescence commerciale, les avis des Ouagalais restent partagés sur le sens et la portée de cette fête dédiée à l’amour.
Dans la matinée du 11 février 2026, notre équipe a sillonné quelques points stratégiques de la ville pour prendre le pouls des préparatifs. Devant certaines boutiques, des jeunes observent les articles exposés, discutent des prix, hésitent, comparent. À l’intérieur, les commerçants s’activent.
Au grand marché, Rahim, vendeur d’articles cadeaux, affiche un large sourire. « Le marché est bon. Les articles sortent bien et les gens sont motivés », confie-t-il tout en rangeant une série de peluches en forme de cœur. Selon lui, la période de la Saint-Valentin représente un moment important pour les petits commerçants. « Chaque année, ça nous aide beaucoup. Même ceux qui n’achètent pas de gros cadeaux prennent au moins quelque chose de symbolique », explique-t-il.
« L’amour ne se mesure pas au prix du cadeau »
Un peu plus loin, Aminata, élève et commerçante à ses heures perdues, confirme la tendance. Sur sa table sont soigneusement disposées des peluches de différentes tailles. « Les modèles entre 15 000 et 25 000 FCFA sont les plus demandés », précise-t-elle. Pour elle, la Saint-Valentin constitue une opportunité économique non négligeable, notamment pour les jeunes qui se lancent dans le petit commerce saisonnier.
Assis sur une moto près d’un carrefour animé, Alain Kagambéga, élève, se montre détaché. Pour lui, le 14 février n’a rien d’exceptionnel. « C’est un jour comme les autres. Ceux qui ont des partenaires peuvent célébrer, ceux qui n’en ont pas, ce n’est pas grave », affirme-t-il calmement. Dans son entourage, explique-t-il, certains ressentent même une forme de pression sociale à l’approche de cette date. « On a l’impression qu’il faut forcément prouver quelque chose », lance-t-il.
Cette perception d’une obligation implicite revient dans plusieurs échanges. Certains jeunes interrogés estiment que la célébration de l’amour ne devrait pas être dictée par une date précise ni conditionnée par la capacité financière. « L’amour ne se mesure pas au prix du cadeau », lance un étudiant rencontré devant une boutique de prêt-à-porter.
« La Saint-Valentin renforce l’amour », Abdoulaye Sakandé
À l’inverse, d’autres Ouagalais voient dans la Saint-Valentin une occasion positive de renforcer les liens affectifs. Pour eux, la fête ne se limite pas aux couples amoureux. Elle peut aussi être un moment privilégié entre parents et enfants, entre amis ou entre époux.
Abdoulaye Sakandé partage cette vision. « La Saint-Valentin renforce l’amour. C’est un jour où tu peux prouver à ton partenaire que tu l’aimes », explique-t-il. Selon lui, dans un quotidien souvent marqué par les préoccupations professionnelles et sociales, cette journée offre une parenthèse pour exprimer des sentiments parfois tus.
Omar Kagambéga, lui, assume pleinement son enthousiasme. « On est nés en trouvant qu’on parle de la Saint-Valentin, donc on va continuer à en parler », dit-il avec un sourire. Il annonce déjà son intention d’offrir « un cadeau incomparable » à sa compagne. Pour ce jeune Ouagalais, la fête s’inscrit désormais dans les habitudes et participe à la dynamique culturelle urbaine.
« Je ne suis pas sûr que tout ce qui se fait ce jour-là corresponde à l’amour que la religion prône »
La dimension religieuse s’invite également dans les débats. Un usager de la route rencontré près d’une station-service estime que la célébration n’a rien de contraire aux valeurs spirituelles. « Dieu est amour. Il nous demande de nous aimer », rappelle-t-il. Toutefois, il nuance : « je ne suis pas sûr que tout ce qui se fait ce jour-là corresponde à l’amour que la religion prône ». À ses yeux, l’essentiel demeure la sincérité des sentiments et la réciprocité dans les relations.
Si la symbolique de l’amour rassemble, la question financière divise davantage. Plusieurs personnes interrogées dénoncent la commercialisation grandissante de la fête. Pour certains, la Saint-Valentin est devenue un rendez-vous fortement marqué par la consommation, où la valeur des présents semble parfois primer sur la qualité des intentions.
Dans un contexte économique où de nombreux ménages font face à des contraintes budgétaires, la pression d’offrir un cadeau peut peser lourd. « On peut aimer sans dépenser beaucoup », insiste un père de famille croisé au marché.
Entre opportunité commerciale pour les vendeurs, moment d’expression affective pour les couples et sujet de débat pour d’autres, la Saint-Valentin continue de susciter des réactions contrastées à Ouagadougou. Une chose est certaine, à l’approche du 14 février, l’amour qu’il soit célébré, questionné ou relativisé s’impose comme un thème central dans les conversations de la capitale.
Aminata Ouattara, Faouziatou Ouédraogo (stagiaires)
Faso7
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