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GOONGA TAN : Niger/Algérie : entre réalignement et silences calculés ?

 Présenté comme l’acte fondateur d’une “nouvelle ère” entre Niamey et Alger, le texte consacre un rapprochement pragmatique centré sur la sécurité et l’économie. Mais au-delà des formules consensuelles, il révèle aussi des silences significatifs et des ajustements qui interrogent l’équilibre interne de l’Alliance des États du Sahel  Qu’on en juge ! Le communiqué conjoint officialise la relance de projets structurants : gazoduc transsaharien, route transsaharienne, interconnexion par fibre optique, coopération sécuritaire renforcée, éducation, etc. Pour le Niger, l’enjeu est clair : sécuriser des débouchés énergétiques, diversifier ses partenaires et consolider ses infrastructures vitales dans un contexte économique tendu. Pour l’Algérie, il s’agit de réaffirmer son rôle central dans le Sahel après une période de refroidissement diplomatique avec certains voisins, notamment le nôtre.

soyons de plus prêt ledit communique: La formule de “sécurité indissociable” constitue le cœur politique du document. Elle établit une solidarité bilatérale face aux menaces terroristes et prévoit la réactivation des mécanismes conjoints de surveillance des frontières. En apparence, rien que de très classique : deux États voisins coordonnent leurs efforts face à un péril commun. Pourtant, cette affirmation prend une résonance particulière dans le contexte actuel du Sahel. Le communiqué ne mentionne ni l’AES ni la Confédération sahélienne. Ce silence n’est pas anodin. La Charte du Liptako-Gourma, socle juridique de l’AES, impose en effet une solidarité politique et sécuritaire entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Aussi, à première vue, toute architecture parallèle pourrait être perçue comme un affaiblissement de la cohésion du bloc. Cependant, rien n’indique que Niamey a agi en rupture. Il est plausible que le Niger ait informé ses partenaires en amont. D’ailleurs, aucune réaction officielle hostile n’a émané de Bamako ou de Ouagadougou. Ce silence suggère que ce rapprochement n’est pas vécu comme une trahison, mais comme une nécessité conjoncturelle.

Il convient donc d’éviter une lecture dramatique. Une alliance n’interdit pas les relations bilatérales. Les États membres de nombreuses organisations régionales multiplient les partenariats sans que cela entraîne de fracture interne.

Toutefois, certains propos du Général Tiani, sortis de leur contexte, ont pu susciter des émotions dans les opinions sahéliennes. Dans un environnement marqué par la défiance envers les influences extérieures, la sensibilité est exacerbée. La communication politique, dans ce climat, exige une extrême précision.

Cela dit signalons que pour Alger, l’enjeu dépasse le seul Niger. L’Algérie traverse une phase d’asphyxie diplomatique réelle. Ses relations avec la France connaissent des tensions récurrentes. Les incompréhensions avec le Maroc persistent, notamment au sujet du POLISSARIO. Les crispations avec le Mali ces dernières années ont altéré la profondeur de sa médiation  sahélienne réelle et fictive.

Dans ce contexte, le rapprochement avec Niamey apparaît comme une manœuvre de desserrement. En consolidant un partenariat avec un membre clé de l’AES, Alger se repositionne comme acteur au Sahel et évite un isolement progressif au sud de ses frontières. L’Algérie ne peut se permettre un Sahel hostile ou fermé. Sa sécurité intérieure est intimement liée à la stabilité sahélienne. La coopération avec le Niger répond donc autant à une logique d’influence qu’à une nécessité sécuritaire.

En outre, la relance du gazoduc transsaharien, serpent de mer géoéconomique, redonne à Alger une perspective énergétique vers l’Afrique subsaharienne.

Du côté nigérien, la situation est tout aussi contraignante. Le Niger fait face à des difficultés notoires pour l’exportation de son pétrole via le Bénin, dans un contexte de tensions politiques régionales. Diversifier ses axes d’écoulement devient une priorité vitale. À cet égard, l’ouverture vers le nord, via l’Algérie, représente une alternative presque incontournable.

Au-delà du pétrole, Niamey cherche à sécuriser ses frontières et à consolider son économie fragilisée par les sanctions passées et l’instabilité récurrente. Le rapprochement avec Alger n’est donc pas idéologique ; il est pragmatique. Il répond à des impératifs de survie économique et de stabilisation sécuritaire.

Quid de la cohésion sahélienne ? La question centrale demeure, effectivement : ce réalignement fragilise-t-il l’AES ? À ce stade, rien ne permet de l’affirmer. Une alliance solide doit tolérer les initiatives bilatérales dès lors qu’elles ne contredisent pas ses principes fondamentaux. Si Niamey a informé ses partenaires, ce qui semble probable, alors nous sommes face à un ajustement et non à une rupture.

Il serait excessif de parler de “cacophonie”. Toute organisation régionale en construction connaît des phases d’adaptation.

La véritable épreuve se jouera lors du prochain sommet de l’AES. Ce sera l’occasion de clarifier les articulations entre solidarité confédérale et autonomie momentanée. À ce propos, je le dis ici souvent : La souveraineté ne signifie pas l’isolement. Elle suppose la capacité de choisir librement ses partenaires.

                                                           

DICKO  Seydina Oumar 

Journaliste- Historien-  Écrivain

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