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Téhéran sous la menace de la guerre : une capitale en tension

Trans Afrique

Téhéran sous la menace de la guerre : la capitale avance comme si de rien n’était. Pourtant, derrière les klaxons et les embouteillages, la peur gagne du terrain. Les habitants vivent au rythme des annonces venues de Washington et des rumeurs de frappe imminente. Huit mois après la guerre éclair de juin 2025, l’Iran retient son souffle. Les nuits raccourcissent, les conversations se crispent, et chacun se prépare, à sa manière, à un possible basculement.

L’angoisse nocturne d’une capitale sous tension

« Je dors mal la nuit même avec des médicaments », confie Hamid, retraité. Son témoignage résume l’état d’esprit d’une grande partie des habitants. Depuis que Donald Trump affirme « envisager » une frappe contre l’Iran, les nuits se chargent d’angoisse. Les souvenirs de la guerre de juin dernier remontent, brutaux, encore vifs.

Dans la nuit du 12 au 13 juin 2025, une attaque israélienne, rapidement soutenue par Washington, avait frappé l’Iran par surprise. Le pays s’apprêtait alors à reprendre des négociations nucléaires avec les États-Unis. L’effet de sidération avait été total.

Huit mois plus tard, les pourparlers ont repris. Pourtant, les Iraniens observent avec inquiétude le déploiement militaire américain au Moyen-Orient. Jeudi, le président américain a déclaré se donner « dix » à « quinze jours » pour décider si un accord restait possible ou s’il fallait recourir à la force. Vendredi, il a ajouté qu’il « envisageait » une frappe. Une phrase de plus, mais une phrase de trop pour une population déjà à vif.

« Cauchemars » : la guerre s’invite dans les esprits

« Je pense qu’une guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël est inévitable », affirme à l’AFP Mina Ahmadvand, employée du secteur informatique. Son pessimisme n’a rien d’isolé. Depuis le fragile cessez-le-feu conclu après douze jours de conflit, les Iraniens vivent dans une incertitude permanente.

Hanieh, qui préfère taire son nom complet, raconte son quotidien brisé :
« Je ne dors plus la nuit. Je fais des cauchemars dans lesquels on me poursuit et je meurs. Je me couche tard, me lève tard et suis dépressive. »

La tension est telle qu’un simple orage nocturne, la semaine dernière, a suffi à affoler des habitants. Certains ont cru que la guerre recommençait. Même réaction lors des feux d’artifice du 47e anniversaire de la Révolution islamique. La peur s’est installée dans les réflexes.

L’Iran prévient : en cas d’attaque, Israël — ennemi juré — serait une cible légitime, tout comme les bases américaines au Moyen-Orient. Les habitants suivent chaque déclaration, chaque rumeur. Les conversations tournent en boucle autour d’un même mot : guerre.

Une société épuisée par les crises successives

« C’est les montagnes russes : un coup la guerre, un coup un accord. Tout change d’une heure à l’autre », résume un habitant de Téhéran, qui préfère rester anonyme. Son constat reflète l’instabilité émotionnelle d’un pays déjà meurtri.

En janvier, plusieurs milliers de personnes ont perdu la vie lors des manifestations contre le pouvoir. La coupure d’internet, imposée pendant près de trois semaines, a renforcé le sentiment d’isolement. Des ONG basées à l’étranger accusent les forces de sécurité d’avoir délibérément ciblé les manifestants. Le pouvoir, lui, affirme que la majorité des victimes étaient des forces de sécurité ou des passants tués par des « terroristes » à la solde d’Israël et des États-Unis.

« Ma vie est comme en suspens », confie Hanieh. « Depuis les manifestations, tout est figé. Et maintenant, avec cette situation, on attend de voir ce qui va se passer. » Elle dit penser que « la guerre éclatera d’ici à dix jours ». Une estimation personnelle, mais révélatrice de l’état d’esprit général.

Une routine trompeuse dans une ville sous pression

Samedi, jour de reprise après le week-end iranien, la ville semble pourtant fonctionner normalement. À Téhéran, métropole bouillonnante de dix millions d’habitants, les embouteillages restent interminables. Les piétons continuent de se frayer un passage entre les deux-roues chargés de marchandises. La routine persiste, presque obstinée.

Mais derrière cette façade, chacun s’organise.
« J’ai acheté une dizaine de conserves, notamment du thon et des haricots, ainsi que des biscuits, de l’eau en bouteille et des piles de rechange », détaille Mina Ahmadvand. Elle se dit « prête » pour le pire. « Je ne souhaite pas la guerre, mais il ne faut pas prendre la situation à la légère. »

Hanieh, elle aussi, a pris ses précautions :
« J’ai acheté de quoi tenir une semaine et j’ai calfeutré mes fenêtres pour être parée à toute éventualité. J’applique les leçons tirées de la guerre de 12 jours. »

Ces gestes, simples mais lourds de sens, montrent une population qui ne croit plus aux assurances officielles. Une population qui se prépare, silencieusement, à un choc qu’elle redoute mais qu’elle juge probable.

Une capitale suspendue à une décision américaine

À Téhéran, l’ombre de la guerre s’étire. Elle s’insinue dans les foyers, les bureaux, les cafés. Les habitudes, les nuits, les conversations se retrouvent bouleversées. La géopolitique cesse d’être une abstraction pour ceux qui vivent à portée de missiles.

La décision de Washington, attendue dans les prochains jours, pèse comme une menace diffuse. Les Iraniens savent que tout peut basculer en une nuit, comme en juin dernier. Ils savent aussi que leur pays répondra, et que la riposte pourrait embraser la région.

En attendant, ils vivent dans un entre-deux. Une routine fragile, un calme trompeur, une normalité fissurée. Une ville entière retient son souffle.

Source: Agence France-Presse

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