Le 12 septembre 1959, un homme a défié la mort aux chutes de la Métché, un lieu devenu symbole de terreur coloniale dans l’Ouest du Cameroun. Fossi Jacob, militant nationaliste condamné à mort, aurait entraîné un colonel français dans sa chute lors de son exécution. Ce geste d’une audace inimaginable a marqué l’histoire, mais reste largement méconnu. « Il a refusé de mourir comme un simple condamné », raconte un historien à Bafoussam. Qui était vraiment Fossi Jacob, et pourquoi son sacrifice dérange-t-il encore aujourd’hui ?
Fossi Jacob, un intellectuel engagé devenu cible du pouvoir colonial
Né en 1917 à Bafoussam, Fossi Jacob grandit dans une société profondément marquée par la domination coloniale française. À une époque où peu de Camerounais savaient lire ou écrire, il se distingue rapidement par son éducation et son intelligence. Il travaille comme scribe dans le service des Eaux et Forêts, notamment à Dschang et Bafoussam, une position respectée qui lui permet de comprendre les mécanismes du pouvoir colonial.
Mais Fossi Jacob n’était pas seulement un fonctionnaire. C’était un homme engagé, profondément attaché à la dignité de son peuple. Dans les années 1950, il rejoint l’Union des populations du Cameroun (UPC), un mouvement qui réclame l’indépendance et la fin des injustices coloniales. À cette époque, soutenir l’UPC était extrêmement dangereux. Les militants étaient surveillés, arrêtés, parfois exécutés sans procès équitable.
Pour échapper aux autorités, Fossi Jacob utilise plusieurs pseudonymes, dont Nicodème, Methusela ou Fokouinse. Il organise des réunions clandestines et sensibilise les populations locales à la cause indépendantiste. Dans les villages de l’Ouest, son nom commence à circuler. Son courage impressionne, mais attire aussi l’attention des autorités coloniales.
Comme le rappelle un historien de la région dans une analyse publiée sur 237online.com, « les militants UPC étaient considérés comme des ennemis de l’ordre colonial, et leur élimination était une priorité ».
Chutes de la Métché : le sacrifice ultime de Fossi Jacob
En juin 1956, Fossi Jacob est arrêté à Bafoussam. Il est emprisonné à la prison de Dschang, un lieu tristement célèbre pour les mauvais traitements infligés aux prisonniers politiques. Les conditions y sont extrêmement dures. Les détenus sont battus, humiliés, et certains disparaissent sans laisser de trace.
Après plusieurs années de détention, Fossi Jacob est condamné à mort. Sa sentence doit être exécutée aux chutes de la Métché, un site isolé utilisé par l’armée coloniale pour éliminer discrètement les militants nationalistes. De nombreux Camerounais y ont trouvé la mort, jetés dans le vide pour faire disparaître toute preuve.
Mais ce jour-là, Fossi Jacob refuse de se soumettre. Selon les témoignages transmis par sa famille et des historiens, il résiste jusqu’au dernier moment. Alors qu’un colonel français tente de le pousser dans le vide, Fossi Jacob l’agrippe et l’entraîne avec lui dans la chute. Ce geste inattendu met fin à cette méthode d’exécution brutale, du moins temporairement.
Ce sacrifice transforme Fossi Jacob en symbole de résistance. Son acte montre qu’il refusait de mourir dans la peur. « Il a choisi la dignité jusqu’au bout », explique un enseignant à Bafoussam.
Aujourd’hui encore, les chutes de la Métché restent un lieu chargé de mémoire, rappelant les sacrifices consentis pour l’indépendance du Cameroun.
Un héros longtemps oublié, mais enfin réhabilité
Pendant des décennies, l’histoire de Fossi Jacob est restée dans l’ombre. Les récits officiels ont souvent minimisé ou ignoré le rôle des militants nationalistes, en particulier ceux de l’UPC. Mais depuis les années 1990, sa mémoire est progressivement réhabilitée.
Sa fille, Louise Mekah, et son fils, Abraham Sighoko Fossi, ont contribué à préserver son histoire à travers des témoignages et des écrits. Leur travail a permis de faire connaître son sacrifice à une nouvelle génération.
Aujourd’hui, Fossi Jacob est reconnu comme l’un des héros méconnus de l’indépendance camerounaise. Son courage incarne la résistance face à l’oppression et rappelle le prix payé pour la liberté.
Mais une question demeure : pourquoi un homme d’un tel courage reste-t-il encore si peu connu dans son propre pays ?
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