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Sahel : La « Nouvelle approche » de l’UE

Le représentant spécial de l’Union européenne pour le Sahel, João Gomes Cravinho, a rencontré le Premier ministre, le général Abdoulaye Maïga. Cette visite, la première depuis sa nomination en novembre 2024, avait pour objectif affiché de présenter les contours d’une « Nouvelle Approche » européenne. Loin d’être une simple formalité, ce séjour d’une délégation de l’UE marque un nouveau départ dans des relations bilatérales (Mali-UE) gelées depuis quelques temps.

Le diplomate portugais, accompagné du Chef de la Délégation de l’Union européenne au Mali, Thomas Eckert, qui a présenté ses lettres de créance le 28 novembre 2024, a exposé une stratégie adoptée par les 27 en novembre 2025 pour répondre à un climat marqué par des tensions sans précédent. Selon M. Cravinho, cette initiative ne traduit aucun désengagement de Bruxelles. Au contraire, elle ambitionne de maintenir une implication durable en privilégiant désormais un dialogue politique plus concerté et respectueux des priorités nationales définies par les États sahéliens eux-mêmes.

Le choix des mots est ici crucial pour comprendre la mutation en cours. L’Union européenne, qui avait historiquement conditionné son aide à des critères stricts de gouvernance et de processus électoraux, semble opérer un virage sémantique et stratégique majeur. Il ne s’agit plus d’imposer un agenda préétabli depuis les chancelleries européennes, mais de tenter de «co-construire » une relation d’égal à égal. Cette mutation est une réponse directe aux critiques acerbes formulées par les autorités maliennes qui accusaient jusqu’alors Bruxelles de maintenir une posture perçue comme néocoloniale ou empreinte d’ingérence.

Ce voyage à Bamako de João Gomes Cravinho se situe dans un contexte de rupture marquée par la fin d’une époque hégémonique. Pour mesurer l’importance de cette rencontre, il faut rappeler le chemin parcouru depuis 2020. Les nouvelles autorités au Mali ont fait l’objet d’un rejet de la part des capitales européennes. Ce qui avait déclenché une période de frictions croissantes entre Bamako et les partenaire traditionnels au sein de l’UE des 27. Ce cycle a culminé avec le retrait des forces françaises en 2022 et la dénonciation des accords de défense avec l’ancienne puissance coloniale. Cette rupture totale n’était pas un acte isolé mais le socle d’un mouvement de « souveraineté retrouvée », orchestré avec détermination par les autorités maliennes, burkinabè et nigériennes.

Le paysage diplomatique régional s’est ainsi radicalement transformé avec la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) et le retrait fracassant de la CEDEAO, institution jugée par Bamako comme inféodée aux intérêts extérieurs, notamment de Paris.

Dans ce nouveau paradigme, la Russie, la Turquie et la Chine se sont imposés comme les partenaires de premier plan, particulièrement dans les domaines stratégiques de la sécurité et de l’exploitation minière. L’Union européenne, autrefois premier bailleur de fonds et pilier de la formation militaire via la mission EUTM Mali, s’est vue marginalisée, ses programmes suspendus et ses missions contraintes au départ.

Le retour de l’UE sur la scène diplomatique malienne, incarné par João Gomes Cravinho, ressemble à une tentative de “Realpolitik” visant à ne pas laisser le champ totalement libre aux puissances émergentes. Pour Bruxelles, l’enjeu est de prouver que son offre de partenariat peut encore être pertinente dans un Mali qui ne jure désormais que par le respect de sa souveraineté nationale et le choix discrétionnaire de ses alliés.

La réussite de cette « Nouvelle Approche » dépendra de la capacité de l’UE à traduire ses promesses de respect en actes concrets, notamment sur le plan du développement économique et de l’aide humanitaire, sans pour autant heurter la sensibilité politique de la Transition. Bamako, de son côté, semble disposé à écouter, tant que le dialogue ne remet pas en cause les trois principes cardinaux qui guident son action : le respect de la souveraineté, le respect des choix de partenaires et la défense des intérêts du peuple malien.

M. SANOGO

 

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