Quand nous parlons de la nécessité de rétablir l’ordre constitutionnel, après avoir pris le pouvoir par des moyens inconstitutionnels, nous ne disons pas que cet ordre a été rétabli juste parce que les auteurs d’un coup d’Etat ont organisé des élections pour se faire élire. Car, ceci est une forme de blanchiment d’un acte illégitime qui, malheureusement, commence à être perçue comme normale et donc acceptable, alors qu’en réalité, cela menace les fondements mêmes de nos principes ainsi que la paix et la sécurité de notre continent…. Cela reviendra indirectement à encourager à faire des coups d’Etat pour, ensuite, se blanchir et rester tranquillement au pouvoir », a déclaré le dirigeant angolais qui a passé la présidence tournante de l’organisation panafricaine à son homologue burundais, Evariste Ndayishimiye, pour un mandat d’un an.
Cette réflexion du Chef de l’Etat angolais intervient dans un contexte marqué par le phénomène. Ses inquiétudes sont largement partagées par de nombreux observateurs de la scène politique africaine.
Mais reconnaissons que le blanchiment des coups d’Etat n’a pas commencé avec cette génération de jeunes officiers. Avant la vague des manifestations démocratiques, des militaires ont blanchi le pouvoir. Sur ce registre, on peut citer entre autres le capitaine Blaise Compaoré du Burkina Faso, le général Lassana Condé de la Guinée, le général Gnassibé Edyema du Togo, le Colonel Ahmed Ould Taya de la Mauritanie. Même le Ghanéen John Jerry Rawlings s’est fait élire avant de se retirer, la conscience tranquille d’avoir remis son pays sur pied après deux mandats démocratiques à sa tête.
C’est pourquoi le Lieutenant-Colonel Amadou Toumani Touré est jusque-là cité comme un exemple sur un continent dominé largement à l’époque par la tentation du pouvoir de kaki. Après 14 mois, le Comité transitoire pour la salut du peuple – Ctsp – qu’il présidait, ATT a transmis le pouvoir Alpha Oumar Konaré, qui a obtenu la confiance de la majorité de ses concitoyens. Tout comme le reggaeman Tiken Jah Fakoly, la cantatrice Djénéba Seck a salué à travers «Kankélétiguiya » celui qui «respecte la parole donnée ». Dans une interview publiée en juillet 2009 par l’hebdomadaire Jeune Afrique, l’homme du 26 mars 1991 s’est défini lui-même comme « un ancien putschiste » qui se garderait volontiers de faire la leçon à qui que ce soit. À la question de Marwane Ben Yahmed qui lui dit avoir l’impression que, pour ATT, il existe de bons et de mauvais coups d’Etat, ce dernier a répondu : « Vous m’avez mal compris : tous les coups d’Etat sont mauvais. Quelles que soient les raisons qui les ont provoqués, ils sont la conséquence d’un échec des politiques. De tous les politiques, dirigeants comme, parfois, opposants ».
Le « blanchiment de coups d’Etat » que dénonce le président Joao Lourenço interpelle les leaders africains àêtre exemplaires dans la gouvernance sur tous les plans mais, aussi, les organisations régionales ou sous régionales à interroger leurs mécanismes internes de fonctionnement.
Par Chiaka Doumbia
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