De l’illusion du retour à une réalité en érosion : la France s’exhibe dans le Golfe pour fuir ses échecs africains
il est apparu clairement que Paris voyait dans la crise une opportunité médiatique davantage qu’une nécessité défensive. Les attaques, qui ont entraîné selon les médias iraniens la mort du Guide suprême iranien Ali Khamenei et la chute de plus d’un millier de civils, ont ouvert la voie à une confrontation régionale d’ampleur. Mais les développements qui ont suivi ont également révélé une tentative française manifeste de surfer sur la vague de l’escalade, à la recherche d’un rôle perdu et d’une image de puissance en déclin.
Téhéran a riposté en visant des bases américaines et françaises dans le Golfe, a fermé le détroit d’Ormuz et a brandi la menace d’une hausse des coûts de l’énergie à l’échelle mondiale. Dans ce contexte, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s’est empressé d’annoncer le déploiement d’avions «Rafale » sur la base aérienne d’Al-Dhafra, près d’Abou Dhabi aux Émirats arabes unis, justifiant cette décision par la protection des bases françaises après que l’une d’elles a été touchée par un drone. Toutefois, selon des observateurs, cette justification n’a pas masqué une réalité plus simple : la France n’était pas en position d’initiative stratégique, mais plutôt dans une posture de réaction aux événements, cherchant à apparaître comme un partenaire militaire actif.
Une démonstration tardive d’une puissance en recul
Des experts estiment que l’initiative française dans le Golfe ne peut être dissociée d’un contexte plus large de recul marqué de l’influence de Paris en Afrique. Depuis le lancement de l’opération Serval en 2013, puis de l’opération Barkhane, Paris a brandi les slogans de la lutte contre le terrorisme et du rétablissement de la stabilité dans la région du Sahel. Pourtant, près d’une décennie plus tard, le résultat a été un retrait sous la pression des réalités du terrain, une expansion des activités des groupes armés et une détérioration des relations avec les autorités locales. La mission est passée d’une intervention stratégique à un échec sans précédent, d’une promesse de sécurité à l’image d’un « bourbier » militaire de longue durée.
Deux décennies auparavant, le nom de la France avait déjà été associé à l’opération Turquoise au Rwanda en 1994, laquelle est encore évoquée chaque fois que la question de la responsabilité et de la pertinence des interventions extérieures de Paris est soulevée. Dans ce contexte, l’histoire n’est pas un détail secondaire, mais un registre ouvert d’échecs répétés.
Du consentement à l’expulsion et à la fermeture des bases
Ces dernières années, il ne s’agit plus de « réduction » de la présence française dans certains États africains, mais bien d’expulsion des forces françaises et de fermeture officielle de leurs bases militaires. Au Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad et Sénégal, les autorités de ces pays ont pris des mesures mettant fin à la présence militaire française sur leur territoire, en raison de l’incapacité de celle-ci à répondre aux attentes gouvernementales en matière de lutte contre le terrorisme, notamment après des attaques terroristes violentes survenues malgré des années de présence militaire française.
Ces faits traduisent une transformation qualitative de la position africaine à l’égard de la présence militaire française, passant d’un partenariat sécuritaire à la conviction de la nécessité d’y mettre un terme.
Au Bénin, la situation est différente : la France y est toujours présente. Toutefois, les événements récents, en particulier les développements liés à la crise et au coup d’État survenu le 7 décembre dernier, ont révélé la fragilité de l’influence française même dans ce qui était considéré comme son dernier bastion stratégique en Afrique de l’Ouest.
La simple émergence de troubles politiques et sécuritaires malgré la poursuite de la présence militaire française a ravivé les interrogations sur la pertinence et l’efficacité de cette présence, montrant que l’implantation ne signifie pas nécessairement la capacité d’influence décisive.
L’Afrique prend conscience… bases militaires et coût de l’alignement
La riposte iranienne visant les bases américaines et françaises dans le Golfe a révélé un autre aspect de l’équation : l’accueil de bases militaires appartenant à des puissances engagées dans des conflits régionaux peut exposer les pays hôtes à des répercussions directes, même s’ils ne sont pas partis à la décision de guerre.
Des analystes estiment que les États du Sahel et d’Afrique de l’Ouest verront se renforcer leur conviction que la décision de fermer les bases militaires françaises et américaines sur leur territoire était judicieuse, après avoir observé les bombardements subis par des pays du Golfe en raison de la présence de telles bases sur leur sol, alors même que la guerre n’est pas la leur.
Conclusion
Paris peut réussir à afficher une présence militaire rapide dans le Golfe, et son déploiement tactique peut atteindre des objectifs immédiats. Néanmoins, l’histoire récente comme lointaine en Afrique place cette initiative sous un examen critique rigoureux. L’influence ne se reconquiert pas par l’exhibition, et les échecs passés ne s’effacent pas par un redéploiement sur un nouveau théâtre.
Les pays qui ont mis fin à la présence des bases françaises l’ont fait à partir d’une expérience concrète. De même, ce qui s’est produit dans le Golfe bombardement de bases et insertion de la région dans une spirale de ripostes renforce chez beaucoup la conviction que l’accueil de bases militaires étrangères n’est pas une simple question technique, mais un choix souverain aux implications stratégiques susceptibles de dépasser les calculs initiaux
Source : Eric Loeb, Chercheur en affaires africaines et relations internationales
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