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L’association Palobdé allie santé menstruelle et valorisation du coton bio local – BurkinaInfo – Toute l’information du Burkina Faso en temps réel


Le mercredi 18 février 2024, Faso7 a rencontré Émilie Kyedrebeogo, fondatrice de l’association et entreprise sociale Palobdé. À travers cette initiative, elle porte un combat aussi intime que collectif. Celui de la dignité menstruelle. En transformant une expérience personnelle douloureuse en engagement national, elle œuvre à faire des menstruations non plus un sujet de honte, mais une question de santé publique, d’éducation et de développement.

Au Burkina Faso, les menstrues demeurent entourées de silence, de gêne et de stigmatisation. Dans de nombreuses familles et communautés, le sujet reste tabou, avec des conséquences directes sur la scolarisation et la santé des adolescentes. « Je ne comprenais pas pourquoi les femmes devaient souffrir pour quelque chose de naturel », confie Émilie Kyedrebeogo, revenant sur ses propres premières règles, vécues dans l’incompréhension et la douleur.

Cette expérience personnelle a été le point de départ d’un engagement plus large. Selon plusieurs études citées par la fondatrice, une fille sur dix en Afrique manquerait régulièrement l’école en raison de difficultés liées à la gestion de ses menstruations. Pour certaines, ces absences répétées finissent par conduire à l’abandon scolaire. « Trois à cinq jours d’absence par mois, cumulés sur l’année, fragilisent considérablement le parcours éducatif. C’est une perte pour la jeune fille, pour sa famille et pour la nation tout entière », souligne-t-elle.

« Le coton est la matière la plus indiquée pour l’hygiène intime » (milie Kyedrebeogo)

Au-delà de la question de l’accès, Palobdé s’intéresse également à la qualité des protections hygiéniques disponibles sur le marché. Les serviettes jetables, largement commercialisées, font l’objet de débats concernant leur composition et leur innocuité. Selon Émilie Kyedrebeogo, certains procédés de fabrication, incluant l’usage de papier recyclé et de substances chimiques, peuvent provoquer des irritations, des allergies, voire des infections. « Il s’agit d’un produit en contact direct avec les parties intimes. S’il n’est pas sain, les conséquences peuvent affecter la santé reproductive », alerte-t-elle.

Face à ces constats, Palobdé a fait un choix stratégique, qui est celui de produire des serviettes hygiéniques réutilisables à base de coton biologique burkinabè. Un choix qui se veut à la fois sanitaire, économique et politique. « Le coton est la matière la plus indiquée pour l’hygiène intime. Il est respirant, doux et adapté au corps de la femme. En optant pour du coton biologique local, nous garantissons la traçabilité du produit tout en soutenant la chaîne de valeur nationale », explique la fondatrice.

Dans un pays où le coton constitue l’une des principales richesses agricoles, cette orientation apparaît également comme un acte de promotion du “consommer local”. En valorisant la production nationale, Palobdé s’inscrit dans une dynamique de développement endogène, créatrice d’emplois et de revenus pour les acteurs locaux.

« La dignité menstruelle doit être une priorité » (Émilie Kyedrebeogo)

Le modèle réutilisable, cependant, continue de susciter des interrogations. À cela, la fondatrice répond sans détour. « Nos grand-mères utilisaient déjà du tissu. Ce n’est pas le produit qui est sale, mais le manque d’information et de bonnes pratiques d’entretien », a-t-elle dit.

Pour l’association, l’enjeu ne se limite pas à la distribution de kits. Il s’agit aussi de sensibiliser, d’éduquer et de déconstruire les idées reçues. Des séances d’information sont ainsi organisées pour expliquer l’entretien, le séchage et le stockage des serviettes réutilisables, afin de garantir l’hygiène et la durabilité.

Depuis sa création, Palobdé a commercialisé ou distribué plus de 500 000 kits, notamment auprès des personnes déplacées internes. Dans les zones fragilisées par l’insécurité, la précarité menstruelle est doublée souvent d’une précarité économique. « La dignité menstruelle doit être une priorité. Une femme préfère parfois dormir le ventre vide que de se sentir indigne », affirme Émilie Kyedrebeogo, soulignant la dimension psychologique et sociale du problème.

« Il est important que ce débat arrive sur la table des députés et des ministres » (Émilie Kyedrebeogo)

L’association se félicite également de voir la question émerger dans le débat public. Des interpellations de députés et une attention croissante des autorités témoignent d’une prise de conscience progressive. Pour ses membres, la gestion de l’hygiène menstruelle doit être considérée comme une véritable question de santé publique. « Il est important que ce débat arrive sur la table des députés et des ministres. Des mesures concrètes doivent être prises, car il s’agit d’un enjeu de santé publique », insiste la fondatrice.

Au-delà des chiffres et des actions menées, Palobdé porte une vision.  Celle d’un Burkina Faso où les menstruations ne seraient plus synonymes de honte ou de précarité, mais d’opportunités et d’innovation. Émilie Kyedrebeogo rêve d’un pays où chaque fille pourrait aller à l’école sans crainte, où les femmes auraient accès à des protections sûres, accessibles et produites localement.

En brisant le silence autour des règles et en misant sur le coton bio burkinabè, Palobdé ne se contente pas de proposer un produit. L’association engage un changement de mentalités, plaçant la dignité des femmes et des filles au cœur du développement national.

Faso7

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