
C’est une page historique qui se tourne pour la République islamique. Mojtaba Khamenei devient le nouveau guide suprême de l’Iran, succédant à son père l’ayatollah Ali Khamenei, tué dès le premier jour de la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis. Une désignation annoncée au cœur de la nuit, dans un pays meurtri par neuf jours de frappes incessantes, et aussitôt contestée par Washington et Tel-Aviv.
Mojtaba Khamenei devient le nouveau guide suprême de l’Iran
L’Assemblée des experts a tranché. Ce collège de 88 membres du clergé chiite a désigné Mojtaba Khamenei comme troisième guide suprême de la République islamique d’Iran.
L’annonce est tombée dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 mars 2026. Un présentateur de la télévision d’État a lu solennellement le communiqué officiel, tandis qu’une photo du nouveau guide apparaissait à l’écran.
Le texte précise que l’ayatollah Mojtaba Hosseini Khamenei a été nommé « sur la base d’un vote décisif des membres respectés de l’Assemblée des experts ». Il succède ainsi à son père, Ali Khamenei, qui dirigeait la République islamique depuis 1989 avant d’être tué le 28 février lors de l’offensive américano-israélienne.
Un religieux de 56 ans aux commandes
Mojtaba Khamenei est âgé de 56 ans. Ce religieux est considéré comme l’une des personnalités les plus influentes du régime iranien. Il est réputé proche des milieux conservateurs, notamment en raison de ses liens étroits avec les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique.
C’est justement cette même institution qui a été la première à lui prêter allégeance, quelques minutes seulement après l’annonce officielle. Les forces armées régulières et la police ont également fait allégeance au nouveau guide, désigné pour occuper ce poste à vie.
Une succession dynastique inédite depuis la révolution de 1979
La désignation de Mojtaba Khamenei soulève une question historique majeure. La Révolution islamique de 1979 avait précisément mis fin à des siècles de monarchie héréditaire en Iran. Or, un fils qui succède à son père à la tête du régime évoque inévitablement ce modèle dynastique.
En 2024, Ali Khamenei avait lui-même écarté publiquement un tel scénario. Pourtant, depuis une semaine, le nom de son fils circulait avec insistance comme favori pour lui succéder.
Des scènes de liesse dans les rues d’Iran
Malgré les bombes et la guerre, la désignation du nouveau guide a suscité des manifestations de soutien populaire. Des images ont montré des Iraniens rassemblés aux quatre coins du pays.
Dans la nuit, des drapeaux de la République islamique ont été agités, et des lumières de téléphones portables ont illuminé les rues. Dimanche marquait également la fin d’une semaine fériée décrétée après la mort d’Ali Khamenei.
Trump et Israël rejettent la légitimité du nouveau guide
La communauté internationale ne tarde pas à réagir. Et les signaux envoyés à Mojtaba Khamenei sont particulièrement hostiles.
Donald Trump avait pourtant été prévenu dès jeudi. Le président américain avait alors déclaré qu’il n’accepterait pas que Mojtaba Khamenei, qu’il avait qualifié de « poids plume », prenne la direction du pays.
Dimanche, avant même la confirmation officielle, Trump est allé plus loin. Il a affirmé que le nouveau guide « ne tiendra pas longtemps » s’il n’obtient pas l’aval de Washington. Une ingérence frontale dans les affaires intérieures iraniennes, aussitôt rejetée par Téhéran.
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a répondu avec fermeté. Le choix du guide suprême appartient exclusivement au « peuple iranien », a-t-il martelé. Aucune puissance étrangère n’a son mot à dire.
Israël annonce que le nouveau guide sera « une cible »
Du côté israélien, le ton est tout aussi menaçant. Dès mercredi, avant même la désignation officielle, Israël a prévenu que le nouveau guide suprême constituerait « une cible » militaire. Cette menace directe explique en partie pourquoi l’identité du successeur est restée secrète aussi longtemps.
L’Iran sous les bombes : Téhéran frappée en plein cœur
Mojtaba Khamenei prend les rênes d’un pays en guerre. Et les frappes ne s’arrêtent pas. Dimanche, des explosions ont retenti dans plusieurs quartiers de Téhéran, dès le petit matin. Un voile noir a enveloppé la capitale, plongée dans l’obscurité, selon des journalistes de l’AFP présents sur place.
L’armée israélienne a revendiqué des frappes contre plusieurs réservoirs de carburant militaires. Dans l’après-midi, elle a également détruit le quartier général de la force aérospatiale des Gardiens de la Révolution. Il s’agit de la première attaque signalée contre des infrastructures pétrolières iraniennes depuis le début du conflit.
Aux abords des sites touchés, les forces de sécurité patrouillent en imperméables et masques respiratoires pour se protéger des retombées toxiques. Les vitres des immeubles résidentiels voisins ont volé en éclats sous l’effet des déflagrations.
La distribution d’essence est désormais rationnée à 20 litres par véhicule. De longues files d’attente s’étirent devant les stations-service de la capitale.
Les habitants témoignent d’une situation intenable
Une habitante de Téhéran, jointe par téléphone depuis Paris, décrit un quotidien devenu insupportable. « L’air est devenu irrespirable », confie-t-elle. Elle ajoute : « Nous ne voulions pas qu’ils bombardent nos richesses nationales pour nous rendre encore plus pauvres. »
Selon le ministère iranien de la Santé, plus de 1 200 personnes ont été tuées et plus de 10 000 civils blessés depuis le début du conflit. L’AFP n’a pas pu vérifier ces chiffres de manière indépendante.
Un conflit qui s’étend à toute la région
La guerre ne se limite plus aux frontières iraniennes. Au Liban, une frappe israélienne a touché un hôtel en plein cœur de Beyrouth dans la nuit de samedi à dimanche.
Israël a revendiqué une « frappe de précision » ayant éliminé cinq membres des Gardiens de la Révolution, dont trois commandants de la force Qods. Le bilan des frappes israéliennes au Liban atteint désormais 394 morts et plus de 517 000 déplacés.
Du côté américain, un septième militaire est mort des suites de ses blessures. Il avait été touché lors d’une attaque iranienne contre des soldats américains en Arabie saoudite, le 1er mars.
Le Golfe sous tension : pétrole et menaces économiques
L’Iran continue de frapper les infrastructures des pays du Golfe. Bahreïn signale des blessés civils après une attaque de drones iraniens, et des dégâts sur une station de dessalement. Le Koweït déplore des frappes sur des réservoirs de carburant de son aéroport.
En Arabie saoudite, un drone a ciblé le quartier diplomatique de Riyad — l’attaque a été déjouée selon le gouvernement. Une frappe a également touché le gisement pétrolier de Shaybah, et un projectile a tué deux personnes dans une zone résidentielle au sud de la capitale.
Le prix du baril de pétrole a déjà franchi la barre des 100 dollars lundi dernier, son niveau le plus élevé depuis l’été 2022. Le détroit d’Ormuz reste sous haute tension. Quelque 20 % de la production mondiale de pétrole et près de 20 % du gaz naturel liquéfié y transitent habituellement.
La Ligue arabe a qualifié d’ »irresponsables » les attaques iraniennes contre ses voisins. La Chine et la Russie, malgré leurs liens étroits avec Téhéran, restent en retrait.
Un nouveau guide pour un Iran en guerre
Mojtaba Khamenei devient le nouveau guide suprême de l’Iran dans des circonstances exceptionnelles. Il hérite d’un régime sous pression militaire, économique et diplomatique. Israël le désigne déjà comme cible. Trump l’avertit qu’il ne durera pas sans l’aval de Washington.
Et pendant ce temps, les bombes continuent de tomber sur Téhéran, Beyrouth et les pays du Golfe. La République islamique, elle, assure être prête à tenir encore six mois. La suite s’écrit sous les bombes.

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