8 mars : entre célébration et revendication : Que reste-t-il de l’esprit de la Journée internationale des droits des femmes ?
Pourtant, dans plusieurs pays africains, cette journée est parfois perçue davantage comme une célébration festive en lieu et place d’une occasion de réflexion et de revendication.
À travers un micro-trottoir réalisé auprès d’activistes engagées pour les droits des femmes et des filles en Afrique, plusieurs voix rappellent que derrière les cérémonies et les pagnes se cache une histoire de luttes, mais aussi de défis encore nombreux.
Il faut le dire, à chaque 8 mars, les attentions sont plutôt attirées sur la qualité et la manière d’avoir les pagnes de la fête que du sens qu’on doit donner à cette célébration.
Pour Fanta Yoro Cissé, activiste engagée pour les droits et la santé sexuelle et reproductive au Mali, le 8 mars doit être avant tout un moment de réflexion.
« Le 8 mars est une journée pour reconnaître la contribution immense des femmes maliennes dans la famille, l’économie et la construction de la paix. Mais c’est aussi un moment pour rappeler que beaucoup d’entre elles continuent de faire face aux inégalités, à la précarité et parfois aux violences » soutient-t-elle. Et d’ajouter que cette journée doit servir à attirer l’attention sur les défis que rencontrent encore les femmes et à encourager des actions concrètes pour améliorer leurs conditions de vie, notamment en matière d’éducation, d’autonomisation économique et de protection contre les violences.
« Les droits des femmes ont été arrachés » ces mots viennent du côté du Sénégal. De la part de Aissatou Diallo, activiste et coach. Qui rappelle que cette journée est avant tout un héritage des luttes féministes. « Le 8 mars est un rappel que les droits des femmes ne sont pas tombés du ciel. Ils ont été arrachés par le courage, la résistance et la solidarité. »
Pour elle, le 8 mars ne doit pas être réduit à une célébration symbolique. « Ce n’est pas une fête folklorique. C’est un miroir qui nous oblige à nous demander où nous en sommes réellement dans la justice et l’égalité entre les femmes et les hommes. »
Cette activiste du pays de la Téranga estime toutefois qu’en Afrique de l’Ouest, la compréhension de cette journée reste encore partielle. « On voit beaucoup de pagnes et de cérémonies, mais parfois moins de discussions profondes sur les violences, la santé mentale, l’indépendance financière ou l’accès aux opportunités. »
Une journée encore mal comprise dans certaines communautés
Cette perception est partagée par Fadima Dieng, activiste engagée pour l’éducation des enfants. « Le 8 mars est l’occasion de célébrer les avancées des femmes, mais aussi de rappeler les défis qu’elles rencontrent encore aujourd’hui », dit-elle, sans manquer de renchérir avec regret que dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, la signification réelle de cette journée reste parfois mal comprise. « Pour beaucoup, le 8 mars est perçu comme une simple célébration, alors qu’il devrait être un moment de réflexion et d’action sur les droits des femmes et la lutte contre les discriminations » a-t-elle expliqué. Et d’insister également sur la nécessité d’aller au-delà des discours et de promouvoir des initiatives concrètes pour améliorer la condition des femmes, notamment dans les domaines de l’éducation et de l’emploi.
Une réalité similaire en Afrique centrale
La situation n’est pas très différente en Afrique centrale. En République démocratique du Congo, Christine Singa Folo, activiste engagée pour l’éducation des filles, observe que le sens profond du 8 mars est parfois dilué dans les célébrations. « Dans certains cas, la journée est réduite à une fête : on achète des pagnes, on célèbre, sans réellement comprendre son importance » synthétise-t-elle la situation en ces termes. Or, pour elle, cette journée doit être une opportunité de sensibilisation et de plaidoyer. « Il faut plus d’actions concrètes : des discussions, des formations et des initiatives qui renforcent réellement le pouvoir des femmes et des filles, surtout dans les milieux ruraux » prêche l’activiste congolaise.
Un appel à l’engagement de la jeunesse
Malgré les défis, les activistes restent convaincues que la jeunesse peut jouer un rôle clé dans la promotion de l’égalité.
« Le combat pour l’égalité n’est pas encore gagné », rappelle Fadima Dieng.
Toutes s’accordent à dire que les jeunes doivent s’engager davantage dans la défense des droits des femmes, la lutte contre les discriminations et la promotion de l’éducation des filles.
Redonner au 8 mars son sens militant
Au-delà des célébrations, ces activistes appellent à redonner au 8 mars son sens initial : un moment de mobilisation, de plaidoyer et d’action pour l’égalité.
Dans un contexte où les femmes continuent de faire face à des inégalités sociales, économiques et politiques, cette journée demeure une occasion essentielle de rappeler que les droits acquis restent fragiles et que la lutte pour l’égalité doit se poursuivre.
Aissata Tindé (stagiaire)
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