Ce week-end, le CGRI (Corps des Gardiens de la révolution islamique) a fait savoir qu’il était en mesure de mener une guerre intensive contre les États-Unis et Israël pendant encore six mois. Une déclaration qui peut être considérée comme le tout premier message du nouveau Guide suprême.
Koert Debeuf: “Tout porte à croire que sous Mojtaba, le régime sera encore plus militarisé. Il a la réputation d’être encore plus radical que son père et suit scrupuleusement la ligne des Gardiens de la révolution. En l’absence d’un Guide suprême, l’Iran semblait manquer de chaînes de commandement claires; le choix de Mojtaba Khamenei indique donc une poursuite de la politique de son père. L’assemblée des experts, qui l’a nommé, espère ainsi rétablir la continuité, tant sur le plan politique que militaire.”
L’ayatollah Mojtaba Khamenei n’occupait aucune fonction officielle, mais il était très proche de son père et serait, selon les observateurs, encore plus radical que lui. Juriste et vétéran de la guerre contre l’Irak, il a dirigé pendant des années le Basidj, l’une des cinq branches du CGRI. À ce poste, il a été un pion essentiel dans la répression de la contestation interne au régime, et ce, dès les manifestations antigouvernementales de 2009.
Debeuf: “Le Basidj est une milice de volontaires composée principalement d’étudiants et compterait environ un million de membres. Ce sont des citoyens qui veulent protéger la Révolution et qui interviennent dès qu’ils constatent un manquement aux règles de la charia. Si une femme ne porte pas son voile conformément aux prescriptions, ils l’interpellent et l’emmènent, si nécessaire, au poste de police. Les miliciens du Basidj ont également joué un rôle dans la répression des manifestations ces derniers mois.”
En 2019, Mojtaba Khamenei a été soumis à des sanctions américaines, notamment pour sa collaboration étroite avec le commandement de la Force Al-Qods. Il s’agit d’une autre branche du CGRI, responsable du financement, de l’armement et de l’entraînement de groupes tels que le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza et la Résistance islamique en Irak (IRI).
Ali Khamenei s’était publiquement opposé à une succession héréditaire, en raison des connotations monarchiques liées au règne du Chah, renversé en 1979. Le rejet du principe héréditaire était en effet un pilier fondamental de la Révolution islamique qui a porté l’ayatollah Khomeini au pouvoir. La nomination du fils de Khamenei va donc à l’encontre de ce principe fondateur.
Debeuf: “Je ne vois pas le clergé entrer en rébellion, malgré ce “défaut” de légitimité de Mojtaba. Si cette succession avait eu lieu après une mort naturelle d’Ali, ou sans attaques étrangères, ils se seraient sans doute opposés. Mais vu la situation actuelle, les religieux émettront peu de critiques envers le régime.”
“Ali al-Sistani, la plus haute autorité religieuse irakienne pour une grande partie du monde chiite, savait depuis longtemps que Mojtaba succéderait à son père. Il a déclaré que tous les chiites devaient se ranger inconditionnellement derrière l’Iran. Je ne m’attends donc à aucune résistance venant des rangs religieux.”
Debeuf: “À court terme, je pense que peu de choses changeront. Mojtaba était peut-être présent lors de l’élaboration de la stratégie de cette guerre, mais il n’en est pas l’auteur. Ceux qui tiraient les ficelles jusqu’à présent poursuivront cette stratégie, pour l’instant sans grande influence de sa part. Les opérations militaires restent sous la direction d’Ali Larijani, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, qui est toujours en poste.”
Le président Masoud Pezeshkian semble n’avoir aucune marge de manœuvre face au nouveau Guide suprême. Alors qu’il s’engageait le week-end dernier à cesser les attaques contre les pays du Golfe, des tirs de missiles massifs ont repris une heure seulement après son allocution, réduisant à néant ses efforts de désescalade.
Debeuf: “Le chaos est total en Iran. Mojtaba va désormais tenter de remettre les hostilités sur les rails et de s’inscrire dans la continuité de la politique de son père. Actuellement, pour l’Iran, il s’agit d’une question de survie, tant sur le plan militaire que politique. Tout espoir de tournant politique semble donc écarté pour le moment. De plus, l’opposition interne est affaiblie: la sympathie pour les États-Unis et Israël de cette dernière s’étiole depuis que ceux-ci ont attaqué des cibles civiles, telles que des installations pétrolières et des usines de dessalement. Cela ne sert pas la cause de l’opposition.”
Debeuf: “Le chaos est total en Iran. Mojtaba va désormais tenter de remettre les hostilités sur les rails et de s’inscrire dans la continuité de la politique de son père. Actuellement, pour l’Iran, il s’agit d’une question de survie, tant sur le plan militaire que politique. Tout espoir de tournant politique semble donc écarté pour le moment. De plus, l’opposition interne est affaiblie: la sympathie pour les États-Unis et Israël de cette dernière s’étiole depuis que ceux-ci ont attaqué des cibles civiles, telles que des installations pétrolières et des usines de dessalement. Cela ne sert pas la cause de l’opposition.”
Sur la chaîne ABC, le président Donald Trump a affirmé que le nouveau Guide suprême iranien “ne tiendrait pas longtemps” sans son approbation. Trump avait exigé d’être impliqué en amont dans le choix du nouveau dirigeant. “Je pense que le pire scénario serait que quelqu’un reprenne la barre et soit aussi mauvais que son prédécesseur”, a-t-il déclaré la semaine dernière.
Debeuf: “Et c’est précisément ce qu’il a obtenu. Le pire cauchemar de Trump devient réalité. Le fait que le président américain ait pu croire, durant les premiers jours de la guerre, qu’un secrétaire du Conseil de défense, un chef d’état-major ou un commandant du CGRI prendrait le pouvoir, témoigne d’un manque de connaissance criant sur la nature du régime iranien.”
“C’est une idéologie fondée sur l’ouvrage ‘Le Gouvernement du juriste’ de l’ayatollah Khomeini. Le concept est simple: la loi de Dieu, la charia, prime sur tout, et la personne la mieux placée pour l’interpréter est le juriste religieux ou l’ayatollah le plus éminent. C’est lui qui doit diriger le pays. Quelqu’un issu de l’appareil sécuritaire qui n’est pas ayatollah ne pourrait jamais assumer la fonction de Guide suprême. La naïveté dont Trump fait preuve est révoltante. L’idée que le régime cède à ses exigences est désormais plus improbable que jamais.”
Source: https://www.7sur7.be/
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