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Affaire Wave : Le décryptage de Mamadou Coulibaly

Le mobile money est devenu en si peu de temps un véritable moteur de transactions financières au Mali. Il facilite les envois d’argent au sein de la société, particulièrement entre les Maliens de la diaspora et leurs proches restés au pays. Aujourd’hui, la concurrence est forte entre les opérateurs historiques Orange Mali et Moov Africa (Malitel) et les nouveaux acteurs comme Sama money et Wave qui opèrent via le numérique.

Cette concurrence a pris récemment une tournure particulière avec la décision n°2026-0001/MIC-DGCC du 02 février 2026 de la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC). Celle-ci a sommé la société Wave Mali de «cesser immédiatement la pratique de vente à perte» sur ses services de transfert et de retrait d’argent. 

En effet, selon la DGCC, l’opérateur Wave couvre elle-même le prélèvement obligatoire de 1%, destiné au fonds de soutien social contrairement aux autres acteurs du secteur comme Orange Money et Moov Money qui le prélèvent directement lors des transactions de leurs clients. Pour la DGCC, cela constitue une pratique de vente à perte et déséquilibre le marché.  Autrement dit, Wave Mali doit désormais prélever le 1% conformément à la réglementation sous peine de sanction, tout en conservant son attractivité au près des utilisateurs maliens. Depuis la publication de cette décision, chacun y va de son commentaire. Le sujet fait l’objet de débats sur les réseaux sociaux, dans les groupes de causerie et dans les bureaux. Si certains y voient une simple concurrence, d’autres évoquent des inquiétudes liées à la sécurité financière et au blanchissement de capitaux. 

Pour éclairer la lanterne de nos lecteurs, nous avons approché Mamadou Coulibaly, expert et consultant en audit stratégique des filières économiques. Il livre son analyse sur le système mobile money dans notre pays.

RECOMPOSITION DU POSITIONNEMENT CONCURRENTIEL- De l’analyse de Mamadou Coulibaly, le mobile money a facilité l’inclusion financière dans notre pays en offrant des services financiers à une importante couche de la population jusqu’ici non bancarisée. Il rappelle de prime à bord que le secteur est encadré par deux régulateurs, d’abord le régulateur de la monnaie qui est la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Elle autorise l’émission de la monnaie électronique en partenariat avec une banque locale sous forme d’agrément. 

La seconde entité est l’Autorité malienne de régulation des télécommunications et des postes (AMRTP) pour l’attribution d’un code USSD permettant l’accès sécurisé aux services financiers sans internet. Pour obtenir ce code, l’opérateur de la monnaie électronique doit soumettre un dossier, incluant son agrément afin d’obtenir un code court unique qui lui permet d’offrir des services financiers sécurisés. 

Ainsi, après installation, pour grignoter des parts de marché à côté des deux gros opérateurs, Wave a pratiqué des tarifs de coûts bas selon la DGCC en prenant sur son compte, les frais de 1% appliqués sur la transaction en guise de fonds de soutien autorisé. Selon le diagnostic de l’expert, du point de vue mercantile et de la stratégie de marché, cette pratique de Wave pourrait être adossée à une destruction de la structure du marché avec la recomposition du positionnement concurrentiel.

«Dans une rupture stratégique pour des parts de marché, chaque opérateurs développe des stratégies en fonction de ses moyens pour définir sa politique commerciale», explique le spécialiste. De son avis, dans un secteur avec des barrières à l’entrée, tous les coups sont permis pour inverser la tendance du volume de transactions et de clients à sa faveur. «L’essentiel n’est pas la perte en tant que telle mais l’effet d’échelle pour compenser les pertes dans les transactions», soutient-il. 

En adoptant la stratégie de différenciation par les coûts, est-ce que cette politique est tenable pour Wave dans un secteur en pleine mutation? s’interroge l’expert qui rappelle l’exemple de Canal+ qui avait pratiqué la même politique auprès de ses clients pour les réabonnements de leurs tarifs audiovisuels avant de se raviser pour demander à ses clients de prendre en charge les frais de paiement de leurs factures. L’expert souligne que cette pratique n’a pourtant pas suscité beaucoup de débats ou de réactions de la part de ses autres concurrents comme Malivision ou Startimes.

Selon Mamadou Coulibaly, les secteurs à forte croissance sont à dominance impulsés par les lobbys pour influencer la taille et la croissance du marché à leur faveur. «En 2021, lors de l’arrivée de Wave sur le marché malien, ses concurrents avaient joué sur la tarification des frais d’envoi et de retrait impactant ainsi sur le début prometteur du pingouin. Cette pratique avait complètement déstabilisé la stratégie de marché de Wave. Cela avait même provoqué des suppressions de postes», relève-t-il. 

De son point de vue la «vente à perte» par Wave, invoquée par la DGCC, peut se traduire par les difficultés de ses concurrents (Orange Money et Moov money) à s’aligner sur ses tarifs réduits. «Une régulation du marché a été jugée nécessaire par la DGCC pour éviter la domination des opérateurs par les coûts. Il peut s’agir aussi d’une volonté à garantir la sécurisation de la taxe de fonds de soutien», explique l’expert.


DROIT DES CONSOMMATEURS-Notre interlocuteur prévient que ce modèle économique risque de susciter un tarif plus élevé pour les usagers et constituer un frein à de nouveaux business modèles basés sur des innovations technologiques et financières. Selon l’expert, la spéculation autour de cette affaire crée un débat de fond entre la régulation et l’embellie du secteur qui, dans les jours à venir, pourrait subir les contrecoups de cette sanction. 

L’expert en audit stratégique des filières économiques soutient que la régulation du secteur du mobile money au Mali nécessite d’équilibrer la concurrence, d’harmoniser les tarifs et de renforcer la sécurité des consommateurs. Il estime que le régulateur du marché doit veiller à une saine compétition entre les acteurs traditionnels et les nouveaux pour éviter la déstabilisation du secteur.  «Il est indéniable de garantir la stabilité financière avec des mesures fortes sur le cadre tarifaire uniforme, l’atomicité du marché, la protection des usagers pour accroître la confiance au système et favoriser l’interopérabilité des plateformes avec les banques locales dans le souci de booster l’inclusion financière», insiste Mamadou Coulibaly. 

S’agissant de la sauvegarde du droit des consommateurs, l’expert indique qu’il s’agit d’une équation à plusieurs inconnues. D’abord, il faut connaître les avis des consommateurs et comprendre les liens relationnels entre les opérateurs dans le cadre des transactions. Selon lui, c’est très difficile dans ce sens, car la plupart des consommateurs jouent sur le volet coût et accessibilité du système de transfert avec les opérateurs du mobile money.

 La preuve, pourquoi un opérateur a plus d’utilisateurs qu’un autre ? La raison est simple et ce n’est autre que la proximité clientèle, la technologie, le marketing agressif et les gains des intermédiaires pour les services de transfert», explique-t-il, ajoutant qu’il est impossible de maîtriser ce circuit car même les désarrois des intermédiaires n’ont pas d’impact sur la transaction parce que le mobile s’est intégré dans notre quotidien.

Selon l’expert, la clé ne pourrait venir que de la transparence des frais entre les acteurs, la régulation du secteur avec la révision des textes réglementaires et la collaboration entre les régulateurs (Bceao, AMRTP et  DGCC) pour mieux surveiller la concurrence.

Babba COULIBALY

Crédito: Link de origem

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