Depuis samedi, la station de pompage de Yato, qui alimente plus de la moitié de Douala, est à l’arrêt. En cause : l’incapacité d’ENEO à lui fournir du courant, en raison de travaux menés par Sonatrel. Résultat : des quartiers entiers sont privés d’eau courante. Bonabéri, Bépanda, Deido, New Bell, Akwa, Bonapriso, Mboppi… La liste est longue. Et la colère monte.
Une ville à sec à cause d’une station sans courant
La station de Yato n’est pas seule concernée. Celle de Japoma connaît les mêmes difficultés. Ensemble, elles assurent l’essentiel de l’approvisionnement en eau potable de la capitale économique du Cameroun. Sans électricité, les pompes s’arrêtent. Sans pompes, l’eau ne coule plus. C’est aussi simple que ça — et aussi grave.
Les quartiers impactés concentrent des centaines de milliers d’habitants. À Ndogpassi, Bali, Youpwé, Cité SIC ou encore Bonaloka, les robinets sont secs depuis plusieurs jours. Les familles s’organisent comme elles peuvent : jerricans, revendeurs d’eau, longues files aux bornes-fontaines.
Le directeur général de Camwater, Blaise Moussa, se retrouve dans une position impossible. Ses stations dépendent entièrement du réseau électrique. Si ENEO ne fournit pas le courant, il ne peut rien faire.
Blaise Moussa face aux limites du système
Nommé à la tête de Camwater en 2022, Blaise Moussa a hérité d’une entreprise exsangue. Ses prédécesseurs avaient laissé derrière eux une dette commerciale de près de 200 milliards de FCFA, des impayés de l’État estimés entre 10 et 16 milliards de FCFA, et des réseaux vétustes dans des dizaines de villes.
Depuis, des résultats sont visibles. Plus de 200 000 nouvelles familles ont obtenu un compteur d’eau dans les zones périurbaines. Des conventions ont été signées avec des communes de Batcham, Kribi, Yaoundé pour refaire les réseaux. En septembre 2025, Camwater a conclu un accord avec le groupe chinois CGCOC pour réhabiliter les systèmes d’eau dans dix villes du pays.
Mais tout ce travail peut être réduit à néant par un seul facteur : l’absence d’électricité. Douala accueille chaque année environ 10 000 nouvelles familles. La pression sur les infrastructures est énorme. Et pendant ce temps, la crise énergétique plombe les efforts.
L’objectif de développement durable ODD6 — accès universel à l’eau potable d’ici 2030 — est inscrit dans les engagements du Cameroun. Mais tant que les stations de pompage seront à la merci des coupures de courant, cet objectif restera hors de portée, quels que soient les efforts du DG de Camwater.
La vraie question n’est pas : que fait Blaise Moussa ? Elle est : quand le secteur de l’énergie sera-t-il à la hauteur des ambitions affichées ?
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