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Entre pénurie de carburant et sous-financement, l’Office du Niger vacille

Derrière les difficultés conjoncturelles liées à la crise énergétique se révèle une fragilité structurelle ancienne, liée au sous-financement, à l’irrégularité des investissements publics et à l’absence de stratégie industrielle stable pour le secteur agricole.

L’Office du Niger représente depuis des décennies la base de la production céréalière nationale, avec une superficie aménagée d’environ 120 000 hectares consacrés principalement au riz. En année normale, la zone assure entre 900 000 et 1 000 000 tonnes de riz paddy, soit une part décisive du riz consommé dans les centres urbains.

Dans les campagnes de Macina, Niono et Kouroumaga, la mécanisation des récoltes dépend presque entièrement du gasoil, nécessaire aux batteuses, aux motopompes et au transport. Or, depuis la montée des difficultés d’approvisionnement en carburant à l’échelle nationale, le prix des 20 litres de gasoil destinés aux exploitations est passé de 15 000 à plus de 50 000 FCFA dans certaines zones, rendant la récolte plus coûteuse et plus lente.

Les producteurs redoutent des pertes importantes. Le riz paddy ne peut rester longtemps sur pied sans exposer les parcelles à l’incendie, à la prédation animale ou au vol. Dans un bassin où la marge bénéficiaire des paysans est souvent faible, le retard de quelques jours suffit à fragiliser l’équilibre de revenus déjà précaire. L’absence d’un mécanisme public d’approvisionnement prioritaire du secteur agricole en période de crise apparaît aujourd’hui comme une vulnérabilité majeure.

Cette situation révèle un problème plus profond que la seule pénurie. En effet, malgré les énormes efforts consentis, l’Office du Niger ne dispose pas de moyens nécessaires à sa mission stratégique. Les investissements annuels destinés à la réhabilitation des canaux, digues et casiers sont inférieurs aux besoins techniques identifiés depuis plus de dix ans. Les programmes successifs d’aménagement de nouvelles superficies sont régulièrement annoncés, mais rarement financés ou achevés à hauteur des ambitions affichées.

L’examen de comparaisons internationales met en évidence l’écart de soutien public. En Égypte, pays qui dépend fortement de l’irrigation, l’État consacre environ 4% du budget national à l’entretien hydraulique et à la mécanisation.

En Zambie, pays enclavé cherchant l’autosuffisance en maïs, le gouvernement subventionne à hauteur de 30 à 40% le carburant agricole et les intrants pendant les périodes critiques. Au Burkina Faso, l’Autorité d’aménagement des vallées bénéficie d’un mécanisme d’achat groupé du gasoil pour les coopératives afin de sécuriser les récoltes en période d’instabilité.

Ainsi, l’enjeu dépasse la simple production agricole. Il concerne la souveraineté alimentaire, la stabilité des prix urbains et la capacité de l’État à limiter la dépendance aux importations. La situation actuelle révèle une question centrale à savoir comment assurer une stratégie nationale de sécurité alimentaire sans politique d’appui stable, financée, planifiée et protégée des aléas conjoncturels ?

Reste à savoir si cette crise pourra être transformée en opportunités par les autorités maliennes pour augmenter leur appui à l’Office du Niger afin qu’elle redevienne le rempart contre la famine, l’insécurité alimentaire et la malnutrition en assurant pleinement son l’auto-suffisance alimentaire.   

Cheick Bougounta CISSE

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