Le Conseil de sécurité de l’Onu, qui compte 15 membres, se réunit deux jours après l’opération menée par les forces spéciales américaines au Venezuela qui a conduit à l’arrestation de Nicolas Maduro et de sa femme. Lors du raid, des quartiers de la capitale Caracas ont été privés d’électricité et des installations militaires ont été touchées.
Les autorités vénézuéliennes ont affirmé que l’attaque américaine avait fait des victimes mais n’ont pas précisé le nombre de morts et de blessés.
Nicolas Maduro est actuellement en prison et comparaîtra lundi devant un tribunal fédéral à New York pour des accusations liées au trafic de drogue.
La Russie, la Chine et d’autres soutiens du Venezuela ont accusé les États-Unis de violer le droit international. Les alliés de Washington, dont beaucoup s’opposent à Nicolas Maduro, ont pour leur part été moins loquaces quant à l’opération militaire américaine.
“À en juger par les réactions des dirigeants européens jusqu’à présent, je soupçonne que les alliés des États-Unis feront preuve d’une grande ambivalence au Conseil de sécurité”, observe Richard Gowan, directeur des questions mondiales et des institutions au sein du groupe de réflexion International Crisis Group.
Le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, a estimé que l’opération américaine au Venezuela créait “un dangereux précédent”, selon son porte-parole samedi. De nombreux experts juridiques estiment également que l’action des États-Unis était illégale.
Grâce à son droit de veto, Washington sera toutefois en mesure de bloquer toute tentative du Conseil de sécurité de lui demander des comptes.
WASHINGTON INVOQUE LA LÉGITIME DÉFENSE
À la suite de l’opération américaine, les États européens ont largement appelé au respect du droit international sans nommer spécifiquement Washington.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a néanmoins déclaré sur X que cette opération contrevenait au “principe de non-recours à la force qui fonde le droit international” – une position plus forte que celle exprimée initialement par le président Emmanuel Macron qui avait dit “prendre acte” de l’opération américaine.
Selon la charte des Nations unies, qui comptent 193 membres, ces derniers doivent s’abstenir “dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État”.
Dimanche, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Onu, Mike Waltz, a mis en avant l’article 51 de cette charte qui stipule que rien “ne portera atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un membre des Nations unies serait l’objet d’une agression armée”.
“Dans ce cas, vous avez un baron de la drogue, un dirigeant illégitime inculpé aux États-Unis, qui se coordonne avec des pays comme la Chine, la Russie, l’Iran et des groupes terroristes comme le Hezbollah, et qui injecte de la drogue, des voyous et des armes aux États-Unis d’Amérique, menaçant d’envahir ses voisins”, a-t-il défendu sur Fox News.
NÉCESSITÉ D’UNE “BASE JURIDIQUE”, SELON LES EXPERTS
Des experts juridiques estiment pour leur part que l’opération américaine était illégale car menée sans l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies et sans le consentement du Venezuela. Elle ne constitue pas une légitime défense face à une attaque armée, jugent-ils.
“L’opération a violé le droit international”, affirme Tom Dannenbaum, professeur à la faculté de droit de Stanford. “Les objections juridiques sérieuses au régime de Maduro n’éliminent pas la nécessité d’une base juridique pour l’utilisation de la force militaire au Venezuela.”
“Même si Maduro devait être tenu pour responsable de trafic de drogue vers les États-Unis, cette contrebande ne constitue pas une attaque armée et n’autorise pas les États-Unis à recourir à la force pour se défendre”, abonde Milena Sterio, professeur à la faculté de droit de l’université d’État de Cleveland.
Washington “ne peut pas exercer une juridiction extraterritoriale pour arrêter des individus où bon lui semble”, ajoute-t-elle.
Pour Adil Haque, professeur à la faculté de droit de Rutgers, la capture de Nicolas Maduro par les Etats-Unis constitue une “violation illégale de l’inviolabilité et de l’immunité d’un chef d’État en exercice”.
(Rédigé par Michelle Nichols ; version française Blandine Hénault, édité par Kate Entringer)
Reuters 05/01/2026
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