Les données récentes de l’Enquête Démographique et de Santé au Mali 2023–2024 (EDSM-VII) révèlent une situation contrastée, marquée par des progrès mesurables mais aussi par de fortes inégalités territoriales et sociales.
Selon les résultats de l’EDSM-VII, 55 % de la population malienne utilisent au moins un service élémentaire d’assainissement. Ce niveau de service correspond à l’utilisation d’installations sanitaires améliorées, non partagées avec d’autres ménages, y compris celles considérées comme gérées en toute sécurité.
Toutefois, près de la moitié de la population reste en marge de ce minimum acceptable. Dix-sept pour cent (17 %) des Maliens recourent à des services limités, c’est-à-dire des latrines améliorées partagées entre deux ménages ou plus. Vingt-deux pour cent (22 %) utilisent encore des installations non améliorées, souvent précaires et à risque sanitaire élevé. Plus préoccupant encore, 6 % de la population continuent de pratiquer la défécation à l’air libre, une situation qui expose directement les communautés aux maladies hydriques et aux épidémies.
Les écarts géographiques sont particulièrement marqués. Bamako affiche le taux d’accès le plus élevé, avec 61 % de la population utilisant au moins un service élémentaire d’assainissement. Les autres centres urbains suivent avec 58 %. En revanche, le milieu rural accuse un retard significatif, avec un taux limité à 54 %.
Cette fracture urbain-rural traduit des inégalités structurelles persistantes : insuffisance d’infrastructures, faibles investissements publics, pauvreté des ménages ruraux et difficultés d’accès aux programmes d’assainissement collectif.
L’accès à l’eau de boisson présente un tableau légèrement plus encourageant. Environ trois quarts de la population malienne utilisent au moins un service élémentaire d’eau de boisson. Ce service se définit par l’accès à une source améliorée (forage, puits protégé, robinet) située sur place ou accessible en un temps aller-retour de 30 minutes ou moins.
Néanmoins, cet indicateur global masque lui aussi des disparités, notamment dans les zones enclavées et affectées par l’insécurité, où l’accès régulier à une eau de qualité demeure incertain.
L’assainissement ne relève pas uniquement du confort ou de la dignité humaine ; il constitue un levier essentiel de santé publique et de développement durable. Les pratiques d’assainissement inadéquates contribuent à la propagation de maladies telles que le choléra, la diarrhée ou la typhoïde, qui affectent particulièrement les enfants et les populations vulnérables.
À l’heure où le Mali s’est engagé à atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), notamment l’ODD 6 relatif à l’eau et à l’assainissement, ces chiffres appellent à un renforcement des politiques publiques, à une meilleure coordination des acteurs et à des investissements ciblés, surtout en milieu rural.
Les données de l’EDSM-VII montrent que des progrès sont possibles, mais insuffisants au regard des besoins. L’amélioration durable de l’accès à l’assainissement passera par une combinaison d’actions : développement d’infrastructures adaptées, subventions ciblées pour les ménages pauvres, promotion de l’hygiène et implication des collectivités territoriales.
En définitive, l’assainissement au Mali reste un chantier prioritaire, dont la réussite conditionne directement la santé, la dignité et le bien-être des populations.
Alexis Kalambry
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