Atelier sous-régional sur la lutte contre le vol de bétail en Afrique de l’Ouest : Le ministre Youba Ba expose les efforts du Mali à Dakar
A l’ouverture des travaux le lundi 9 février 2026, en présence de son homologue sénégalais, des représentants de la FAO et d’autres partenaires en plus de nombreux invités venus de plusieurs pays de la sous-région, le ministre de l’Elevage et de la Pêche, M. Youba Ba, a présenté les initiatives du Mali pour lutter contre le vol de bétail.
Après avoir remercié les autorités sénégalaises pour l’invitation adressée à la République du Mali à participer à cet important atelier sous-régional et leur a transmis les salutations fraternelles des hautes autorités de la Transition du Mali, avec à leur tête SE Gl d’Armée Assimi Goïta et Gl de Division Abdoulaye Maïga.
«Comme vous le savez, le Mali est un pays d’élevage par excellence. Sa contribution au PIB national se situe autour de 19%, derrière les produits de l’Agriculture et de l’or, selon le rapport de l’Institut national de Statistique (INSTAT) », a rappelé le Chef du département en charge de l’Elevage et de la Pêche. Le ministre Youba Ba a donné des chiffres édifiants sur le cheptel national estimé à 14 millions de têtes de bovins, 24 millions de têtes d’ovins, 33 millions de têtes de caprins, 644 988 têtes d’équins, 1,3 million de têtes d’asins, 1,3 million de têtes de camelins, 91 479 têtes de porcins et 63 millions de sujets de volailles. Malgré ce potentiel, a-t-il souligné, le sous-secteur de l’élevage est confronté à plusieurs contraintes dont l’une des plus ardues est le vol de bétail. «Ainsi, la lutte contre le phénomène de vol de bétail, constitue une des préoccupations fortes des plus hautes Autorités de mon pays », a fait savoir le ministre de l’Elevage et de la Pêche. C’est pourquoi le Mali a franchi une étape décisive en criminalisant le vol de bétail dans la Loi n°2024-027 du 13 décembre 2024 portant Code pénal en République du Mali. Et ce, grâce aux efforts inlassables du département en charge de l’Elevage et de la Pêche soutenus par les plus hautes autorités.
Le ministre Ba a détaillé les dispositions du Code pénal. Selon lui, l’article 412-5 dispose :
– « Est puni d’un emprisonnement de dix ans et d’une interdiction de séjour de dix ans, tout individu coupable d’un vol commis la nuit.
Les mêmes peines sont applicables en cas de vol commis le jour, avec l’une des circonstances suivantes :
1°) à l’aide d’effraction, d’escalade ou de fausses clés aux sens des articles 132-46 et 132-47 du présent Code ;
2°) par deux personnes au moins ;
3°) si le vol porte sur du bétail … ».
Le Chef du département de l’Elevage et de la Pêche a aussi souligné l’adoption du Décret n°2025-0435/PT – RM portant approbation de la Stratégie nationale de Stabilisation et de Sécurisation du Bétail malien (SNSSBM).
A l’en croire, la lutte contre le vol de bétail au Mali, exacerbé par l’insécurité et le financement du terrorisme, repose aujourd’hui sur la mise en œuvre de cette «Stratégie nationale de Stabilisation et de Sécurisation du Bétail malien (pour la période 2025-2034)» avec son plan d’actions quinquennal 2025-2029. Cette stratégie, a ajouté le Ministre Youba Ba, prévoit dans deux de ses axes, des mesures fortes contre le vol du bétail à savoir la traçabilité animale (boucles et bolus électronique), la sécurisation des couloirs de transhumance, le déploiement des forces de sécurité, et une coopération transfrontalière renforcée.
En outre, les plans d’actions de la SNSSBM prévoient de stabiliser durablement le cheptel d’ici à 2034, à travers plusieurs leviers majeurs en lien avec le vol de bétail, notamment :
– l’aménagement d’espaces pastoraux sécurisés, par la création de périmètres pastoraux sécurisés et contrôlés et des points d’eau pour réduire la vulnérabilité des troupeaux transhumants ;
– l’aménagement des pistes de transhumance et le contrôle des flux de transhumants par la multiplication des postes de contrôle sur ces pistes de transhumance et pistes de commercialisation du bétail, permettant ainsi d’identifier le bétail volé, avant toute velléité de transaction ;
– la réalisation des marchés à bétail et la lutte contre le financement du terrorisme ;
– l’organisation de campagnes de vaccination obligatoires et /ou spéciales, permettant d’effectuer des recensements périodiques et systématiques du bétail par les services vétérinaires, associant souvent les opérations d’identification et de marquage des sujets vaccinés ;
– le renforcement du système juridique et judiciaire et de la coopération, à travers le durcissement des peines, la répression du recel, et la collaboration avec les pays voisins (Niger, Burkina Faso) pour contrer le trafic transfrontalier du bétail ;
– le renforcement du mécanisme de suivi et des mesures d’accompagnement à travers des actions d’innovations technologiques ;
– le soutien économique de l’Etat, par des actions de reconstitution des troupeaux au profit des éleveurs sinistrés, grâce à l’octroi des kits de noyaux (aviculture et petits ruminants) ;
– la coopération régionale, à travers l’harmonisation des législations avec les pays voisins, pour éviter que les marchés frontaliers ne servent de zones de «blanchiment» du bétail volé ;
– la sécurisation et la surveillance du bétail par l’installation de postes mobiles de contrôle par l’Administration et les Collectivités locales, au niveau des points d’eau et des pâturages ;
– la mise en place des mesures de prévention communautaire à travers l’installation des Cellules de veille et de surveillance des ressources pastorales par les communautés de pasteurs et d’agropasteurs. Aux dires du premier responsable du département en charge de l’Elevage et de la Pêche, ces cellules de veille et de surveillance auront en leur sein des comités locaux de vigilance au niveau villageois ou communal et des comités locaux chargés de la sécurisation des infrastructures. Ils procéderont au renforcement des clôtures des infrastructures et au recrutement des veilleurs spécifiquement formés pour des rondes quotidiennes autour des infrastructures réalisées (points d’eau et périmètres pastoraux aménagés), a fait savoir le Ministre de l’Elevage et de la Pêche.
A en croire le ministre Youba Ba, le bétail étant une source de financement pour les groupes armés (blanchiment sur les gros marchés à bétail), la stratégie vise à assécher ces revenus criminels à travers l’outil STAMP +, qui a été mis œuvre par le Projet PRAPS et la Direction nationale des Productions et des Industries animales (DNPIA) du Mali. L’outil STAMP + a connu beaucoup de succès auprès des éleveurs, grâce à ses facilités d’accès aux informations en lien avec les déplacements des pasteurs et leur bétail sur les pâturages et sur les marchés à bétail, a-t-il expliqué. Pour améliorer la traçabilité du bétail, a-t-il mis en avant, le Mali et le Sénégal, dans leur partenariat avec l’Organisation mondiale pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), ont conçu de nouveaux outils de numérisation du cheptel pour l’identification et le suivi des animaux en temps réel (Système national d’Identification et de Traçabilité du Bétail : SNITB) via des applications mobiles pour le suivi du bétail. Ces outils seront bientôt opérationnels, a annoncé le Ministre Youba Ba. Le Chef du département de l’Elevage et de la Pêche a précisé que ces mesures visent à sécuriser un secteur vital. Il a donné un aperçu des conséquences du vol de bétail qui a causé au Mali des pertes de près de 18 milliards de FCFA entre 2016 et 2022.
Signalons que cet atelier sous-régional prendra fin ce 13 février 2026.
Bamako, le 09 Février 2026
Ccom/MEP
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