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Cameroun : Bernard Njonga parle au monde politique et de la société civile de ce siècle

Quand on demande à Jacques Attali de donner la différence entre Homme politique et Homme d’État, il indique que l’Homme politique ne supporte pas d’être impopulaire alors que l’Homme d’État accepte de traverser des périodes d’impopularité qui peuvent être longues avant d’être compris.

Bernard Njonga n’a pas eu des responsabilités politiques. Mais, il a cherché à en avoir vers la fin de sa vie en vue de poser les actes d’un Homme d’État. Le grand public l’a connu lorsqu’il était déjà célèbre. Rares sont ceux qui savent que cet homme a toujours été incompris à l’initiative de ses décisions et de ses actions. Je vous passe les détails. Dans les années 1980, lorsqu’il décide d’abandonner une bourse pour les États-Unis pour entrer à l’école d’agriculture (monde rural), personne autour de lui n’a compris cette décision. Ensuite, il décide d’abandonner la fonction publique pour créer une association. C’était une folie pendant ces années-là. Et le SAILD est devenu la toute première association locale à obtenir le statut d’ONG (au sens légal du terme). L’ONG est stabilisée et le tout premier journal économique du pays La Voix du paysan est viable lorsque Bernard Njonga décide de démissionner pour créer l’ACDIC et recommencer à zéro ! Et le grand public le découvre. Et l’ACDIC est au plus haut de sa gloire lorsque Bernard Njonga décide de créer le CRAC. Personne ne comprend sa décision. Comme dans les étapes précédentes de sa vie, tout le monde parle d’erreur. Malheureusement, il n’ira pas jusqu’au bout de ce dernier combat. Il décédera le 21 mars 2021.

Même si je ne suis pas d’accord avec la manière par laquelle son héritage politique est géré, je voudrais dire que Bernard Njonga concevait la politique comme une course de relais. Il a pu passer le relais même si beaucoup autour de lui ne comprenaient pas son langage. Il a demandé de son vivant à être remplacé à la tête de CRAC et même de l’ACDIC. C’est un crime politique que personne de Nous ne pouvait assumer. A sa grande déception. Mais, nous ne pensions pas qu’il reviendrait dans un cercueil à son départ en France en novembre 2019.

Mais, ses idées restent intactes et sa vie nous parle aujourd’hui. Nous qui cherchons la popularité au lieu de porter la vision. Nous qui passons notre temps à dire qu’il faut « respecter la volonté du peuple » alors que notre peuple a besoin de guide, de repères, d’éducation politique. Nous qui accompagnons cyniquement le peuple en brousse parce qu’il faut être populaire.

Le Cameroun a besoin en 2026 des Hommes d’État qui acceptent d’être impopulaires pour faire le travail de redressement nécessaire. Le populisme identitaire nous a conduit à la faillite. Et beaucoup continuent de penser que c’est la voie à suivre.

Bernard Njonga avait une vision. Le Cameroun est encore rural et on ne le bâtira pas en marge du monde rural. L’Agriculture devra être le pilier de notre croissance. Après s’être embrouillés pendant des décennies, nous allons devoir revenir à cette réalité. C’est obligatoire ! Et on regrettera en ce moment-là de n’avoir pas écouté Bernard Njonga à temps!

Mon héritage du CRAC, c’est de faire de la politique sans parler des individus. Sans passer mes journées à parler de Paul Biya. Ce n’est pas une affaire d’individus. C’est une affaire de système. Ce n’est pas une affaire de muscles à montrer; c’est une affaire de vision pour l’avenir à vendre. Je comprends certains qui estiment que je n’insulte pas Paul Biya. J’ai mieux à faire!

Pourquoi tous les Camerounais veulent-ils partir rester à l’étranger ? Parce que le débat politique porte sur les réflexes du passé colonial et sur la vie privée des individus. On ne leur permet pas de voir qu’il y a la vie chez nous ou qu’il y a espoir pour l’avenir. Et ils vont justement dans des pays où les débats politiques portent sur l’avenir !

J’invite les personnalités politiques à lire la vision de Bernard Njonga contenu dans son livre-programme « Je continue…/ I continue…. ». J’ai encore une dizaine d’exemplaires que je peux partager en français comme en anglais.

Que son âme repose en paix !
Il aura fait sa part. À nous de faire la nôtre sans avoir peur d’être incompris.

Louis-Marie Kakdeu , MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National SDF.

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