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Cameroun : Le radicalisme engendre l’extrémisme

Suite à ma publication d’hier, beaucoup de personnes ont semblé vouloir faire la différence entre « opposition radicale » et « Extrême-droite ». Personne n’a dit que les extrémistes se trouvaient uniquement dans l’opposition. D’où la nécessité de lever l’amalgame.

La principale différence entre radicalisme et extrémisme réside dans l’usage de la violence : le radicalisme est une démarche intellectuelle ou politique qui cherche à changer radicalement la société. Dans la pratique, son idéologie ou sa mise en œuvre peut être extrémiste comme c’est le cas au Cameroun. Une opposition radicale est celle qui prend ses distances avec les normes dominantes ou qui rejette le système en place sans appeler à la violence. Dès qu’il y a violence physique, verbale, morale ou mentale, alors il s’agit de l’extrémisme.

Le discours extrémiste se définit par la promotion d’une idéologie basée sur l’intolérance, la haine ou la violence pour atteindre des objectifs politiques, religieux ou sociaux. Voici les caractéristiques principales pour l’identifier :

  1. Rhétorique de Division et de Haine
    L’on note le dualisme « Nous contre Eux » : Division binaire du monde entre un groupe pur (le « nous ») et un groupe ennemi ou inférieur (« eux »). Ensuite, l’on note la déshumanisation ou l’utilisation d’insultes ou de termes visant à nier la dignité humaine de l’adversaire pour justifier son exclusion ou son anéantissement. A la question de savoir si la violence a dominé la pratique politique au Cameroun, la réponse c’est OUI.
    L’on observe dinc l’emergence décomplexée du discours de haine caractérisé par la prolifération des attaques verbales basées sur des critères d’ethnie, de race, de religion, de genre, ou tout simplement d’origine. Est-ce que cela est avéré au Cameroun, la réponse c’est OUI.
  2. Justification de la Violence
    Les extrémistes justifient la violence comme étant le seul recours. Y a-t-il des gens au Cameroun qui expliquent que les élections ne servent à rien et qu’il faut prendre les armes ? La réponse, c’est OUI. L’on note la glorification de la force ou de la violence comme moyen nécessaire pour résoudre des problèmes de société. Par ailleurs, l’on note la légitimation par la menace. N’a-t-il pas un ministre au Cameroun qui utilise de façon décomplexée le vocabulaire de la mort? D’autre part, n’y a-t-il pas présentation de certains groupes ethniques comme étant en danger de mort ou d’extinction pour justifier des actions radicales « défensives »? Aussi, ne parle-t-on pas de bamiphobie dans ce pays?
  3. Recours au Complotisme et à l’Apocalypse
    N’y a-t-il pas développement des thèses complotistes au Cameroun ? N’y a-t-il pas des gens qui adhèrent à des récits où des forces secrètes manipulent le EUX pour finir avec le NOUS?
    N’y a-t-il pas des visions apocalyptiques au Cameroun ? Même des partis d’opposition qui expliquent que plus rien n’est possible ?
  4. Structure Argumentative Rigide
    Toute personne qui rejette le compromis et qui parle de « traîtrise » est extrémiste. En politique, les batailles ne sont pas éternelles. Les gens qui ne viennent pas à la table des négociations ou qui se ferment au dialogue sont des extrémistes. Ainsi, les ordres remplacent la discussion et les opinions divergentes sont vues comme une trahison. L’on fait usage de « non-dits » ou de l’implicite, d’ellipses ou de symboles codés pour manipuler le peuple tout en évitant les sanctions légales. N’y a-t-il pas des débats d’extrémistes autour d’un livre qui s’intitulerait « (…) rue de la révolte »? N’y a-t-il pas au Cameroun et dans certains milieux, des généralisations et des stéréotypes pour désigner des groupes à l’instar de: « anglofous, moutons du Nord, « envahisseurs », etc.?
  5. Objectifs de Rupture
    Les extrémistes attaquent nos valeurs démocratiques avec une volonté explicite de faire le « remplacement » et non le « changement ». Il y a clairement dans ce pays développement d’un sentiment anti-institutionnel et antiparlementariste : les extrémistes accusent tous ceux qui sont présents dans les institutions de « collabos ».
    Voilà des critères objectifs qui me poussent à parler de l’extrême-droite camerounaise. Le problème au Cameroun est que beaucoup dansent sans écouter la musique. Et par conséquent, ils assument mal leur positionnement.

Louis-Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-président National SDF

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