Le conflit entre le Port autonome de Douala et la Société Générale de Surveillance (SGS) s’envenime au lieu de s’apaiser. Décrets, correspondances confidentielles et arbitrages gouvernementaux se succèdent depuis fin janvier 2026, révélant une bataille institutionnelle autour du scanning des marchandises à Douala-Bonabéri. Entre instructions du Premier ministre et réunions contestées par l’opérateur privé, chaque camp avance ses pions dans un climat électrique. Derrière les signatures officielles et les cachets « confidentiel », une question domine : la guerre PAD-SGS peut-elle vraiment se terminer rapidement ?
Une guerre administrative devenue politique
Depuis plusieurs semaines, le dossier du scanning au Port de Douala dépasse le simple cadre technique pour devenir un véritable bras de fer institutionnel. Des correspondances internes montrent des divergences profondes sur les modalités de reprise des activités d’inspection des marchandises. D’un côté, la direction du PAD multiplie les invitations à des réunions visant à redéfinir les règles d’exploitation et l’impact des opérations sur la compétitivité portuaire. De l’autre, SGS rappelle s’appuyer sur des « hautes directives » gouvernementales pour limiter les discussions aux seuls aspects pratiques liés à la reprise.
La tension repose notamment sur la question de l’autorisation d’exercer au terminal à conteneurs de Douala-Bonabéri et sur l’occupation du domaine public portuaire, deux sujets sensibles au regard du décret de réorganisation du port adopté en janvier 2019. Pour l’entreprise, certaines propositions du PAD dépasseraient le cadre contractuel établi avec l’État. Pour l’autorité portuaire, au contraire, ces échanges seraient nécessaires pour adapter les procédures aux enjeux logistiques actuels.
Ce désaccord administratif se transforme progressivement en bataille politique. Selon plusieurs sources proches du dossier, l’arbitrage du chef du gouvernement en faveur de la poursuite des opérations de SGS n’a pas totalement calmé les tensions. Au contraire, il aurait renforcé la fracture entre certaines administrations, illustrant les luttes d’influence autour de la gestion stratégique du port camerounais.
Des lettres confidentielles qui révèlent un duel ouvert
Les échanges écrits entre les deux parties traduisent une atmosphère de méfiance croissante. Dans une correspondance récente, SGS insiste pour que l’ordre du jour des réunions soit strictement limité à l’organisation pratique de la reprise des activités de scanning, estimant que certains points relèvent exclusivement du gouvernement représenté par le ministère des Finances. Cette position montre que l’opérateur se considère toujours protégé par une légitimité contractuelle solide.
Face à cela, la direction du PAD maintient sa volonté d’examiner des questions plus larges : impact sur les délais de passage des marchandises, partage d’informations sécuritaires ou encore éventuelle collaboration avec d’autres sociétés. Ces discussions nourrissent l’idée d’une redéfinition du modèle économique du scanning, perçue par certains observateurs comme une tentative de rééquilibrage du pouvoir entre opérateurs privés et autorités publiques.
À Douala, les acteurs portuaires parlent déjà d’une « guerre froide » administrative. Une source proche du dossier résume la situation en ces termes : « Chaque lettre devient une arme juridique ». Derrière les formulations diplomatiques, les enjeux financiers restent considérables. Le scanning des conteneurs représente une activité stratégique qui influence directement la sécurité, la compétitivité et les recettes liées aux opérations portuaires.
Douala, épicentre d’un conflit aux conséquences nationales
Au-delà des échanges officiels, ce bras de fer a un impact concret sur l’écosystème portuaire. À Douala-Bonabéri, les opérateurs logistiques observent avec inquiétude la multiplication des réunions et des correspondances sans solution définitive. Plusieurs transitaires craignent que ces tensions n’allongent les délais de passage des marchandises, alors que le port traite chaque année des volumes importants pour l’économie nationale.
Le conflit révèle aussi une fracture plus large entre différentes visions de la gouvernance portuaire. Certains responsables défendent une approche axée sur la souveraineté opérationnelle et la réorganisation interne du PAD, tandis que d’autres privilégient la continuité contractuelle avec les partenaires historiques. Dans ce contexte, le chiffre de 2019, année de la réforme structurelle du port, revient régulièrement comme point de référence dans les discussions, preuve que le débat dépasse largement l’actualité immédiate.
L’affaire illustre également les rapports complexes entre opérateurs privés et institutions publiques dans les secteurs stratégiques. Chaque décision est scrutée, chaque mot analysé, renforçant le sentiment que la bataille entre le port et SGS n’est pas seulement juridique, mais aussi symbolique. Elle interroge la capacité de l’État à arbitrer efficacement entre des intérêts divergents tout en garantissant la stabilité des infrastructures clés.
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