La crise du scanning au Port de Douala-Bonabéri a opposé bien plus que deux entreprises. Elle a révélé une fracture structurelle entre stabilité contractuelle et ambition souverainiste, entre continuité opérationnelle et volonté de rupture. D’un côté, SGS, multinationale solidement implantée. De l’autre, Transatlantic D.S.A., opérateur camerounais porté par une logique de préférence nationale. Après cinq semaines de turbulences, le retour de SGS a clos l’épisode sans pour autant répondre à toutes les questions. Qui, objectivement, était prêt ? Qui ne l’était pas ? Décryptage point par point.
1️⃣ CADRE JURIDIQUE : AVANTAGE SGS
Sur le plan strictement juridique, SGS Cameroun partait avec un avantage décisif. Son contrat liait l’État camerounais jusqu’en 2032, avec des clauses de stabilité clairement établies.
Ce contrat était soutenu par le ministère des Finances, garant de la continuité contractuelle et de la sécurité juridique de l’État.
Transatlantic, en revanche, intervenait dans un cadre administratif et décisionnel, sans rupture formelle préalable du contrat existant. Cette fragilité juridique a pesé lourd lors de l’arbitrage final de la Primature.
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2️⃣ EXPÉRIENCE OPÉRATIONNELLE : AVANTAGE SGS
SGS opère le scanning portuaire depuis plusieurs années, avec :
- une parfaite connaissance des flux du Port de Douala,
- une intégration complète aux systèmes e-GUCE, Camcis et Douanes,
- des équipes déjà rodées à des volumes élevés.
Transatlantic disposait d’une expérience réelle, notamment au port de Kribi, mais pas à l’échelle ni à la complexité de Douala, premier hub logistique d’Afrique centrale.
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3️⃣ TECHNOLOGIE ET INTERCONNEXION : MATCH DÉSÉQUILIBRÉ
Sur le plan technologique, le débat a souvent été mal posé.
Le problème n’était pas la qualité intrinsèque des équipements de Transatlantic, jugés modernes, mais leur interopérabilité avec un système conçu historiquement autour de SGS.
Changer d’opérateur sans refondre l’architecture numérique globale du port a créé :
- des ruptures de flux,
- des délais de traitement,
- un déficit temporaire de données fiables.
SGS bénéficiait ici d’un avantage systémique, non reproductible en quelques semaines.
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4️⃣ COÛTS ET IMPACT ÉCONOMIQUE : AVANTAGE SGS À COURT TERME
La transition vers Transatlantic a généré :
- immobilisation de conteneurs,
- surestaries,
- retards industriels,
- pertes estimées à des dizaines de milliards FCFA.
Ces coûts n’étaient pas nécessairement le reflet d’une incapacité de Transatlantic, mais ils ont pesé politiquement et économiquement dans un pays déjà sous tension budgétaire.
SGS offrait une solution de retour rapide à la normale, sans phase d’apprentissage supplémentaire.
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5️⃣ SOUVERAINETÉ ET CONTENU LOCAL : AVANTAGE TRANSATLANTIC
C’est sur ce terrain que Transatlantic domine clairement le débat.
Confier le scanning à une entreprise camerounaise signifiait :
- rétention des revenus dans l’économie nationale,
- création d’emplois qualifiés,
- transfert de compétences,
- contrôle local des données sensibles,
- réduction de la dépendance aux multinationales.
SGS, malgré son professionnalisme, reste un acteur étranger, avec rapatriement partiel de valeur hors du pays.
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6️⃣ GOUVERNANCE ET COORDINATION INSTITUTIONNELLE : MATCH NUL… PAR LE BAS
La crise a surtout révélé une défaillance de l’État, plus qu’une opposition entre deux entreprises.
Constats :
- décisions contradictoires entre administrations,
- absence de comité de pilotage unifié,
- arbitrages tardifs,
- communication publique quasi inexistante.
Dans ce contexte, aucun opérateur n’aurait pu réussir pleinement une transition aussi sensible.
👉 Verdict gouvernance : échec collectif
7️⃣ GESTION DU TEMPS : AVANTAGE SGS
Cinq semaines ne constituent pas une phase de transition sérieuse pour une activité aussi critique.
SGS bénéficiait de l’inertie du système existant.
Transatlantic aurait nécessité :
- une période de cohabitation,
- un transfert progressif,
- un accompagnement politique clair.
Le facteur temps a joué contre l’opérateur camerounais.
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8️⃣ RÉSILIENCE STRATÉGIQUE : AVANTAGE TRANSATLANTIC À LONG TERME
L’épisode a permis à Transatlantic :
- d’identifier les verrous du système,
- de tester ses capacités en situation réelle,
- d’acquérir une expérience précieuse,
- de se positionner pour de futures opportunités.
À long terme, l’entreprise sort stratégiquement enrichie, même si politiquement affaiblie à court terme.
👉 Verdict long terme : Transatlantic
CONCLUSION GÉNÉRALE : PAS DE VAINQUEUR ABSOLU
Dire que SGS a gagné est vrai… à court terme.
Dire que Transatlantic a échoué est faux.
Le vrai diagnostic est ailleurs :
- SGS a gagné par stabilité et inertie,
- Transatlantic a perdu par précocité, non par incompétence,
- l’État a perdu du temps, de l’argent et de la crédibilité.
Le Cameroun se retrouve face à une question centrale :
👉 veut-il vraiment bâtir des champions nationaux dans les secteurs stratégiques, et en accepte-t-il le coût politique et opérationnel ?
Sans réponse claire, ce type de crise se reproduira.
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