Chaque ministère réserve 100 millions FCFA à des acquisitions issues de la production nationale. Sur une base de 28 ministères, cela représente 2,8 milliards FCFA potentiellement injectés dans le tissu productif malien. Ce n’est pas simplement un chiffre budgétaire. C’est un flux économique structurant.
Tout dépendra évidemment du calibrage des marchés. Si les lots peuvent démarrer à partir de 1 million FCFA, la diffusion peut être massive. À 1 million, on parle théoriquement de 2 800 lots. À 5 millions, environ 560 lots. À 10 millions, 280 lots. Plus les lots sont accessibles, plus l’effet d’écosystème est large : artisans, PME, fournisseurs de matières premières, transporteurs, manutentionnaires, services connexes.
Dans des secteurs comme l’ameublement, l’agro-transformation, l’hygiène ou les fournitures de bureau, une commande publique régulière agit comme un premier marché stabilisateur. Elle permet de planifier, d’acheter en volume, d’investir progressivement, de formaliser des emplois et de renforcer la crédibilité bancaire. La visibilité est souvent plus structurante que le volume lui-même.
Si l’on considère de manière prudente que 20 à 30% des montants se transforment en masse salariale et services locaux, cela représenterait entre 560 et 840 millions FCFA directement redistribués aux ménages et aux prestataires nationaux. C’est par ce canal que se crée l’effet multiplicateur interne. Avec un multiplicateur raisonnable entre 1,5 et 2, les 2,8 milliards pourraient soutenir entre 4,2 et 5,6 milliards FCFA d’activité économique totale.
Mais au-delà des calculs, l’impact le plus structurant est peut-être ailleurs. L’État envoie un signal. Il assume un rôle de client structurant. Il affirme que la production nationale peut répondre à ses besoins. Ce signal agit sur plusieurs niveaux : confiance des producteurs, adaptation des banques, intérêt des investisseurs. Il pousse aussi à la formalisation. Pour accéder à la commande publique, il faut s’identifier, présenter un catalogue, afficher des prix, fournir des échantillons, respecter des standards. Ce processus améliore la qualité et renforce la crédibilité.
Il y a également un impact territorial. Des lots accessibles ouvrent la porte aux unités productives régionales. Le contenu local devient alors un outil d’équilibre économique entre Bamako et les régions.
À terme, ce mécanisme peut élargir la base fiscale, structurer des filières, créer un standard “Made in Mali” et installer progressivement un véritable marché domestique organisé. Ce qui se joue ici dépasse une enveloppe annuelle de 2,8 milliards FCFA. Ce qui se joue, c’est la structuration d’un marché intérieur. Ce n’est pas seulement une dépense. C’est une orientation stratégique.
Mahamet TRAORÉ/Expert en communication Stratégique/Analyste
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