
La crise du Groenland a peut‑être connu un recul de Donald Trump, mais une question domine toujours les esprits : quand surgira la prochaine secousse ? Réunis en urgence jeudi soir à Bruxelles, les Européens ont voulu afficher leur unité et préparer une riposte face à d’éventuelles nouvelles provocations du président américain. Une réunion improvisée qui en dit long : personne, dans l’Union, ne croit que la tempête est réellement derrière eux.
Soulagés, mais pas dupes. Et surtout conscients que la crise peut reprendre à tout moment.
– Un calme précaire face à un allié imprévisible –
Après plusieurs semaines d’« escalade » et de « menaces », « nous sommes revenus à une situation beaucoup plus acceptable » dans la relation transatlantique, a estimé le président français Emmanuel Macron. Et son constat traduit un soulagement prudent. Car personne, à Bruxelles, n’ose croire que la tension est réellement retombée.
Mais il faut rester « vigilant », a‑t‑il affirmé à Bruxelles, appelant les États‑Unis à « respecter » l’Europe. Et son avertissement tranche avec le soulagement ambiant. Les Européens savent que la parenthèse peut se refermer à tout moment.
Rudoyés par le président américain depuis son retour au pouvoir il y a un an, les Vingt‑Sept ont entamé 2026 dans un état de sidération. Et pour cause : ils se retrouvent face à l’hypothèse que leur allié historique puisse recourir à la force pour s’emparer d’un territoire autonome danois. Une idée longtemps inimaginable, désormais prise au sérieux.
Si le milliardaire a, pour l’heure, écarté ce scénario et renoncé à imposer de nouveaux droits de douane contre plusieurs pays européens, après un « cadre » d’accord conclu mercredi à Davos, les dirigeants de l’UE appellent tous à la prudence. Et leur message est clair. Rien ne garantit que cette accalmie durera.
– Un tweet peut tout faire basculer –
À l’issue du sommet extraordinaire de jeudi, ils ont salué la décision de Donald Trump de revenir sur ses menaces tarifaires. Et ce soulagement est palpable. L’Europe évite, pour l’instant, un choc économique majeur.
Mais « on reste à un tweet près de la prochaine crise », avertit un diplomate européen, sous couvert d’anonymat. Et son constat résume l’état d’esprit du moment. L’équilibre est précaire, et chacun sait qu’il peut basculer en une seconde.
Peu de détails ont filtré sur ce qui a été décidé concernant le Groenland lors de la réunion de mercredi entre le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, et Donald Trump. Et ce flou alimente les spéculations. Il laisse planer l’idée que l’essentiel s’est joué loin des micros.
« Moi‑même, je ne sais pas ce que contient exactement l’accord concernant mon pays », a déploré jeudi le Premier ministre groenlandais Jens‑Frederik Nielsen, lors d’une conférence de presse à Nuuk, la capitale. Et cette ignorance assumée en dit long sur l’opacité du dossier.
Mais la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’île constituent une « ligne rouge », a‑t‑il répété. Et le message est clair. Aucun compromis ne sera accepté sur ce point.
– Recul incertain de Washington –
Une source au fait des discussions a indiqué à l’AFP que les États‑Unis et le Danemark allaient renégocier leur accord de défense sur le Groenland, signé en 1951. Et cette réouverture n’est pas anodine. Elle signale un changement stratégique majeur dans une région redevenue sensible.
À Bruxelles, la Première ministre danoise Mette Frederiksen n’a pas souhaité entrer dans le détail de ces discussions. Et ce silence en dit long. Il traduit la sensibilité du dossier et la fragilité des équilibres en jeu.
Mais tous les pays de l’Otan sont d’accord pour installer une présence permanente de l’Alliance dans l’Arctique et autour du Groenland, a‑t‑elle souligné. Et ce consensus change la donne. Il ancre l’Alliance dans une zone stratégique où les tensions montent déjà.
La dirigeante danoise doit s’entretenir vendredi matin avec Mark Rutte, l’un des architectes du « cadre » d’accord qui a fait reculer Donald Trump. Et cette rencontre n’a rien d’anodin. Elle vise à verrouiller une position européenne encore fragile, alors que Washington souffle le chaud et le froid.
Mais peut‑on vraiment croire que le président a reculé pour de bon ? La question demeure. Et surtout, rien ne prouve qu’il ne replongera pas les Européens dans l’inquiétude sur d’autres dossiers. L’Ukraine, d’abord. Puis son projet de « Conseil de paix ». À chaque fois, le risque d’un nouveau choc plane. Et il reste bien réel. réelle.
– L’UE avance sur une ligne de crête –
Les Vingt‑Sept ont exprimé jeudi soir leurs « sérieux doutes » sur cette instance, notamment sur sa compatibilité avec l’ONU, a rapporté le président du Conseil européen, Antonio Costa. Une réserve qui en dit long sur la méfiance européenne.
Depuis Davos, Volodymyr Zelensky a vivement ciblé ses alliés européens. Il décrit un Vieux Continent « perdu » et « fragmenté » face à Donald Trump, miné selon lui par un manque criant de « volonté politique ». Une attaque frontale.
Autre question vertigineuse : comment réagir si le président américain lance de nouvelles menaces ? L’UE n’a, pour l’instant, aucune réponse claire. Et chaque scénario ouvre un nouveau champ de risques.
Antonio Costa affirme que l’UE possède « les outils nécessaires » pour défendre ses intérêts et se protéger de « toute forme de coercition ». Et il martèle que l’Union les utilisera « si et quand cela sera nécessaire ». Un avertissement clair.
Plusieurs responsables européens assurent que la promesse d’une riposte musclée de l’UE, avec tout son arsenal commercial — dont l’outil anticoercition, qualifié par certains de « bazooka » — a forcé Donald Trump à changer de position sur le Groenland. Une pression assumée.
« La fermeté et l’unité de l’UE l’ont fait changer de position », affirme une source diplomatique. Et elle ajoute que les pressions politiques internes aux États‑Unis, ainsi que la réaction des marchés, ont aussi pesé dans la balance.
La crise du Groenland « a créé un acquis sur la façon d’agir efficacement », estime un diplomate. Mais il prévient aussitôt : « Personne ne dira que la stabilité est revenue » avec Donald Trump. Et il ajoute, fataliste : « Il ne faut pas être surpris si des surprises arrivent. »
Source: Agence France-Presse

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