Quelques heures après le début de l’opération israélo-américaine, les Gardiens de la révolution iraniens ont décidé de bloquer en représailles le détroit d’Ormuz, point de passage clé du commerce mondial de l’énergie, où transitent un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié.
Après avoir interdit d’y pénétrer, Téhéran a affirmé, ce dimanche 1er mars, qu’un pétrolier était en train de « couler » après avoir été frappé parce qu’il tentait de franchir « illégalement » la voie maritime. Des images diffusées par la télévision d’État montrent une épaisse fumée noire s’échappant du pétrolier en feu, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous.
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Dans le détroit d’Ormuz, un tanker a été touché par un missile. Le navire serait en train de couler. Le détroit est stratégique car 20 % des flux mondiaux de pétrole y transitent. pic.twitter.com/i0ZG6XFQid
— Cartes du Monde (@CartesDuMonde) March 1, 2026
Des agences de sécurité maritimes ont aussi fait état de deux attaques de navires ce dimanche après-midi. Un premier bateau, au large des côtes d’Oman, a été touché « par un projectile inconnu au-dessus de la ligne de flottaison » et un autre « navire a été touché par un projectile inconnu » près des Émirats arabes unis, a précisé l’agence britannique spécialisée dans les affaires maritimes UKMTO.
Trafic maritime perturbé
Dans la foulée de ces frappes, le premier armateur mondial, l’italo-suisse MSC a ordonné à tous ses navires présents dans le Golfe persique de « se mettre à l’abri ». Peu avant, le géant danois du secteur Maersk, deuxième acteur mondial, avait annoncé suspendre tous les passages de navires par le détroit d’Ormuz. Le Français CMA CGM et l’Allemand Hapag-Lloyd – respectivement 3e et 5e armateurs de la planète – avaient donné le même ordre à leurs bâtiments la veille.
Le passage par le canal de Suez, qui relie la mer Méditerranée à la mer Rouge, est aussi « suspendu jusqu’à nouvel ordre, et les navires seront déroutés par le cap de Bonne-Espérance », avait ajouté l’entreprise française CMA CGM, ce qui rallongera le trajet de plusieurs milliers de kilomètres, les obligeant à contourner l’Afrique.
« On a une soixantaine de nos navires (sous pavillon français ou avec des capitaux français, ndlr) qui sont bloqués dans le Golfe persique, car ils ont passé le détroit d’Ormuz », a, de son côté, déploré dimanche matin au micro de France Inter Édouard Louis-Dreyfus, président d’Armateurs de France. Il dit craindre pour la sécurité des équipages dans la région alors que « les bases américaines (visées par la réplique iranienne, ndlr) sont, dans la plupart des pays, proches des ports ».
Crainte d’un embrasement
La fermeture du détroit d’Ormuz va bien évidemment avoir d’énormes conséquences sur le commerce mondial de pétrole. Et pour cause : environ 20 millions de barils de brut y circulaient quotidiennement en 2024, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), l’équivalent de près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole liquide.
La question de l’approvisionnement se pose aussi, alors que l’Iran figure parmi les dix plus grands producteurs mondiaux, selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Les Émirats arabes unis, le Koweït et l’Irak, importants producteurs pétroliers, ont tous trois aussi été ciblés par des frappes de Téhéran.
« Le risque d’escalade est plus important que celui observé lors des récents conflits régionaux », juge Jason Bordoff, président du Centre sur les politiques énergétiques mondiales à l’université de Columbia, dans un entretien à l’AFP.
Des cours qui vont flamber
Dans ce contexte inflammable, les cours du pétrole pourraient flamber à l’ouverture des marchés à l’issue du week-end face au risque de ruptures d’approvisionnement énergétique. « Plus de 100 dollars le baril prochainement », a assuré sur X le conseiller économique du Kremlin, Kirill Dmitriev, forcément intéressé par un l’emballement à venir. Un tel niveau n’a pas été observé depuis le début de la guerre en Ukraine il y a quatre ans.
Pour tenter d’atténuer la montée des prix, l’Arabie saoudite, la Russie et six autres membres de l’Opep + ont augmenté dimanche leurs quotas de production de pétrole de 206 000 barils par jour pour le mois d’avril. Cette hausse de production est plus élevée que les 137 000 barils par jour supplémentaires que prévoyaient les experts avant le week-end. Mais elle ne devrait pas empêcher une flambée des prix. « C’est un signal, pas une solution. Si le pétrole ne peut pas transiter par Ormuz, 206 000 barils supplémentaires par jour font très peu pour détendre le marché », estime Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, à l’AFP.
Pour l’Iran, faire bondir les prix du baril est en tout cas un moyen de pression sur Washington, alors que Donald Trump a promis à son électorat des prix de l’énergie bas.
Source: https://www.huffingtonpost.fr/
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