Top Header Ad

Décryptage : Au cœur des rivalités

Les visages des rivalités

Pour commencer, zoomons sur les rivalités dans nos sociétés. La notion de rivalité signifie l’opposition de plusieurs personnes aspirant à la même chose : un territoire, un héritage, un poste, etc. Les rivalités ont plusieurs visages. Elles peuvent être amoureuse, commerciale, culturelle, politique, régionale, scientifique, sportive ou villageoise.

Toute rivalité prend forme dans les ambitions ou les intérêts d’une personne, d’un groupe, d’une organisation ou d’un État. Fin des années cinquante, début des années soixante, la conquête de l’espace a été marquée par la rivalité entre les États-Unis d’Amérique et l’ex-Union soviétique. En 1960, la rivalité entre Modibo Keïta et Léopold Sédar Senghor a eu raison de la fédération du Mali. Les rivalités peuvent ainsi être causes de guerre ou de défaite.

 Ubuntu, Sinanguya, Baasetaray

En toute objectivité, les rivalités structurent la trame de la vie quotidienne. Certaines sociétés réussissent à les dépasser grâce au jeu d’alliances. D’autres y succombent faute de sang-froid. En Afrique du Sud, la notion d’Ubuntu, ce mouvement d’humanité partagée (Diagne), a permis aux Sud-Africains de se défaire des logiques grégaires pour épouser des logiques de communauté de destin.

Au Mali, le Sinanguya en Bambara, le Baasetaray en Songhay invite à la tolérante et au compromis. L’Ubuntu, le Sinanguya et le Baasetaray sont des mécanismes interactifs et séquentiels permettant de sortir des rivalités. Que nous y consentions ou pas, ce sont des mécanismes régulateurs du vivre ensemble, fondés sur la recherche de la paix et de la vérité.

 S’inspirer de l’expérience sud-africaine

Vérité, osons le mot pour le mettre au travail dans nos différents espaces de construction de la réalité politique et sociale. Reprenons plus précisément l’exemple d’Ubuntu dont s’est inspiré la nation arc-en-ciel pour retisser les liens entre Sud-africains, après tant d’années d’apartheid du régime du Parti national.

Le Mali pourrait s’inspirer de l’expérience sud-africaine pour traiter la question du conflit actuel, un mélange de rivalités locales et de tensions géopolitiques. Rappelons qu’entre le local et le global, les frontières sont poreuses. Souvenons-nous que parler de géopolitique, c’est mettre en évidence des « rivalités de pouvoirs ou d’influence sur des territoires et les populations qui y vivent » (Lacroix). Au cœur des tragédies, les rivalités disent quelque chose des rapports dominants-dominés entre États, des rapports à dépasser pour bâtir un avenir commun.

 S’adapter à l’air du temps

De nouvelles doctrines diplomatiques sont à éprouver. Adaptons-nous à l’air du temps ! D’autant que les contextes sécuritaires sur le continent sont accoucheurs de violence. La cage sécuritaire ne cesse d’engloutir les populations. Le narcoterrorisme ressemble à une bombe à fragmentation. Chacun en est affecté. On s’en prend aux plus faibles. Les libertés s’hypertrophient.

Ce qui suscite l’angoisse du futur. Il est donc important de réfléchir à l’importance stratégique des conditions d’émergence d’un dialogue politique fécond entre l’État et les différents protagonistes. Encore un effort. Car, l’évolution des dix dernières années montre que les rivalités jouent un rôle essentiel dans l’idée que l’on se fait d’une nation et de sa durabilité. L’enjeu étant la paix, la sécurité et le développement, nous devons travailler à recoudre les trous de la vie quotidienne.

Tartuffe n’aura pas dit mieux !

 

Mohamed Amara

Sociologue

Crédito: Link de origem

Leave A Reply

Your email address will not be published.