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Décryptage : Comment sécuriser Bamako sans délaisser les régions ?

Ces dernières semaines, les Maliens se sont accoutumés aux scènes de file d’attente dans les stations-service à Bamako pour se ravitailler en carburant à cause du blocus du groupe Jama’at Nusrat al-islam wal Muslimin (Jnim) sur les hydrocarbures. Pour une partie des Maliens, ce n’est qu’une étape à franchir dans le bras de fer entre le Mali et le Jnim. Pour d’autres, c’est un des symptômes de la détérioration sécuritaire. Ce qui est certain, le système sécuritaire est mis à rude épreuve. Or, notre pays occupe le 18eme rang militaire en Afrique selon Global Firepower Index, avec un indice de puissance à 2,2379.

Loin de moi l’idée de faire un réquisitoire sur les choix sécuritaires, mais plutôt de mettre en relief la nécessité d’innover le système sécuritaire de manière à l’adapter aux besoins des Maliens aussi bien à Bamako que dans les régions qui croupissent sous les horreurs des groupes narcoterroristes.

Monstrueux et injuste

Le 08 novembre 2025, à Tonka dans le cercle de Goundam, la jeune Tik Tokeuse Mariam Cissé est exécutée par le Jnim sur la place publique de sa ville. C’est monstrueux et injuste. Mariam fait les frais de sa résistance à la pensée unique. Une période sépulcrale de notre histoire. Désormais martyre, Mariam est victime de l’injustice sécuritaire dont souffrent les populations rurales contrairement aux populations urbaines, moins touchées au quotidien par la dégradation sécuritaire. Dans les deux cas, la société malienne est traversée par un malaise, générateur d’un sentiment d’abandon et d’impuissance.

Les groupes narcoterroristes multiplient les fronts de guerre comme l’illustrent le blocus des hydrocarbures et l’élimination des opposants à leur guerre. Ce sont des nouvelles formes de criminalité pour mettre sous emprise psychologique la société.

Mariam, symbole des femmes et des hommes résistants

Cela dit, revenons à l’exécution de Mariam. Elle symbolise le Mali des femmes et des hommes qui ose dire non à une guerre sale. Une guerre qui rappelle les atrocités de 2012 : mutilations, humiliations, embrigadements, etc. Décidément, le passé ne passe pas. Certains sont discrets sur l’exécution de Mariam. D’autres se lancent dans les algarades. Mais une Mariam en cache une autre. Des Mariam, il y en a partout. Et au milieu du gué, elles luttent avec détermination pour améliorer leurs conditions d’existence.

Que l’on y croit ou pas, Mariam incarne ces peuples qui osent dire non. Et un peuple qui ose dire non est un peuple libre. Les Malgaches l’ont prouvé en disant non au manque d’électricité et d’eau grâce à la mobilisation de la Gen Z. La suite, c’est la chute du pouvoir d’Andry Rajoelina le 14 octobre 2025. Cela s’appelle la démocratie. Ne faites pas de tir de barrage.

La sécurité, une œuvre commune

Comme les Malgaches, les Maliens gagneront en liberté en osant dire non au processus d’homogénéisation de la pensée, accentuée par le numérique. Voilà le maître-mot, le numérique. Il est devenu un vecteur de violence et de dépréciation de l’homme. Le mépris, l’humiliation, la haine, l’abus, la terreur et la criminalité font légion. C’est le contexte, celui de la propagande et de la fragmentation de la société.

Certains en profitent pour faire sonner les canons. D’autres s’en servent pour dominer. Aujourd’hui comme hier, les Maliens ont besoin de sécurité pour vivre. Cette sécurité sera une œuvre commune. Ni l’incrimination de la Fédération de Russie, des Etats-Unis d’Amérique ou de la France n’aidera à sécuriser et à innover le Mali. Mais, seule notre capacité à poser nos responsabilités individuelles et collectives donnera à comprendre des enjeux de sécurité et de paix. Une vitalité pour préserver le Mali de la guerre, cette absence d’humanité qui nous chosifie.

Plaidoyers pour la sécurité

Terminons ce papier par trois plaidoyers pour la sécurité. Premier plaidoyer, la sécurité est l’affaire de tous : Maliens et partenaires du Mali. Droit essentiel, elle se réalise grâce à notre capacité à coconstruire un état de paix. En d’autres termes, la sécurité n’est pas seulement d’avoir des équipements militaires, mais aussi de créer les conditions de la paix. Deuxième plaidoyer, la sécurité consiste à prendre des décisions qui garantissent la liberté d’opinion et d’expression.

Mieux vaut hériter d’une liberté créatrice que d’une opulence assujétissante. « La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante » disait A Camus. On voit bien que les populations maliennes, burkinabés ou nigériennes sont extorquées de leurs biens matériels faute de sécurité. Le troisième et dernier plaidoyer pour la sécurité consiste à travailler à l’amélioration matérielle des conditions d’existence des peuples. Cela signifie de faire de bons choix politiques pour réinventer nos systèmes de sécurité et de gouvernance.

La conjonction de ces trois plaidoyers enjoint d’avoir du sang-froid pour se défaire des experts d’un soir et agir dans le sens de l’intérêt général : sécurité des Maliens. Par exemple, la libération des détenus politiques élargit le spectre du champ des possibles pour réaliser la liberté, la paix et le bien-être des Maliens. Question de bon sens ! Voilà ce qui mettra d’accord les Maliens pour faire un pas de côté et sortir de ce Mali des privations, des tortures et des prisons à ciel ouvert. Le sens politique oblige ! Les régimes changent avec les hommes, mais le Mali reste notre patrie commune.

Méditons sur cet enseignement du vieux sage Ogotemmêli : « Lorsque votre fusil vous a éclaté au visage, sur quoi tiriez-vous ? » (Dieu d’eau de Marcel Griaule).

 

Mohamed Amara

Sociologue

 

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