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Du glaive sacralise à la paix désarmée : Quand l’Histoire rappelle que l’angélisme n’est jamais un héritage naturel

Ce que certains considèrent aujourd’hui comme une foi douce, accueillante et pacifiste, a parfois été, dans l’histoire, l’étendard d’expéditions meurtrières et de conquêtes politico-spirituelles.

Le christianisme catholique médiéval en est un exemple éloquent, et il éclaire, par contraste, certains dérèglements idéologico-religieux actuels. Nous sommes en 1095, au cœur d’une Europe fragmentée, inquiète et affaiblie. Le pape Urbain II, redoutant l’extension de la puissance politico-militaire musulmane et cherchant à restaurer le prestige du christianisme occidental, lance l’appel de Clermont : une mobilisation religieuse totale sous forme d’entreprise militaire terroriste. L’argument est théologique, mais l’objectif est tout aussi géopolitique : reconquérir Jérusalem et redonner souffle au prestige chrétien face aux dynasties arabo-musulmanes florissantes.

Huit croisades s’en suivront. Elles furent porteuses de ferveur mystique, mais aussi d’excès tragiques : saccages, massacres, conversions forcées, humiliations et destructions. Femmes, vieillards, enfants musulmans et minorités juives payèrent souvent le tribut du terrorisme religieux, du zèle sanctifié. Pendant que certains croisés levaient l’épée au nom du Christ, d’autres, sur les terres musulmanes, trouvaient accueil, tolérance et coexistence, comme l’ont montré les épisodes de protection des communautés chrétiennes et juives sous plusieurs dynasties musulmanes.

Quand la violence sacrée se retourne contre ses propres héritiers

Une fois la puissance extérieure combattue sans grand succès, l’ennemi intérieur devint la nouvelle cible : Protestants ; Orthodoxes ; Dissidents ; et même catholiques jugés tièdes.

Tous seront, selon les époques, accusés d’hérésie ou de trahison spirituelle.

L’Inquisition se fit tribunal de l’âme par la douleur du corps. La longue suite des guerres de religion, dont la guerre de Trente Ans, plongea l’Europe dans une spirale d’effondrement moral et humain qui faillit ruiner la civilisation chrétienne elle-même.

Quand le divin se militarise, le croyant devient soldat malgré lui, et la foi se change en frontière.

 

La rupture salvatrice : quand la foi accepte l’humilité politique

La paix ne fut pas le fruit de la prière seule, mais d’un pacte de raison : laïcisation progressive ; alliances trans confessionnelles ; remise en cause de l’infaillibilité politique du religieux ; triomphe du pluralisme spirituel.

Ainsi, le christianisme contemporain, notamment catholique, est-il devenu un acteur majeur du dialogue interreligieux, de la diplomatie morale et de la défense des droits humains. Cette transformation ne relève pas d’une mutation théologique, mais d’un long processus de maturation historique.

Le miroir contemporain : salafisme violent et leçons d’histoire

Aujourd’hui, certains groupes armés se réclamant du salafisme prétendent, à leur tour, imposer par la violence ce qu’ils perçoivent comme vérité absolue. Comparer mécaniquement les époques serait simpliste, mais l’enseignement fondamental demeure : aucune religion ne naît pacifiste ; elle le devient lorsqu’elle accepte de coexister.

Ce ne sont pas que des dogmes qui humanisent l’histoire, mais aussi les croyants de tout bord qui acceptent la limite, la raison, la pluralité et le doute.

La seule force capable de neutraliser les extrémismes violents contemporains n’est pas la violence plus grande, mais l’alliance des croyants pacifistes, des savants intègres, des guides spirituels lucides et des citoyens laïques, unis dans la conviction que la foi n’a pas besoin de cadavres pour convaincre.

L’histoire ne revient jamais en arrière, mais elle rime. Ce qui fut vrai pour l’Europe médiévale peut inspirer le monde musulman contemporain : L’avenir appartient à ceux qui désarmeront la foi, non à ceux qui l’ensanglanteront.

 

Dr. Mahamadou Konaté

Coordinateur de recherche, Centre Kurukanfuga-BGCP

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