Cette visite illustre une tentative de rapprochement de la Maison Blanche à l’égard des membres de l’Alliance des États du Sahel. L’Administration souhaite relancer la coopération bilatérale dans plusieurs domaines d’intérêt commun, notamment « la lutte contre le terrorisme aux niveaux national et sous-régional, ainsi que la promotion des échanges économiques et commerciaux, dans une logique de partenariat gagnant-gagnant ».
Reçu en audience par le Chef du Département des Affaires étrangères et de la Coopération Internationale du Mali, Abdoulaye Diop, l’émissaire américain a, au nom des plus Hautes Autorités américaines, réaffirmé le respect des États-Unis pour la souveraineté du Mali et la volonté de l’administration américaine pour la redynamisation de la coopération bilatérale sur de nouvelles bases, empreintes de respect mutuel et sans aucune forme d’ingérence. Une annonce que la partie malienne a naturellement bien appréciée. Mais, au vu et au su de ce qui se passe aujourd’hui à travers le monde, l’Administration Trump est-elle sincèrement prête à respecter la souveraineté des autres Etats, notamment du Mali ? Ne reviendrait-elle pas que pour ses seuls intérêts économiques et stratégiques ?
Moins d’un millier de citoyens US vivaient au Mali en 2025. Mais le 30 octobre 2025, le Département d’État américain a ordonné aux employés non essentiels et aux membres de leur famille de quitter le Mali en raison des risques pour leur sécurité. Cette même année, l’Administration Trump a fortement déconseillé aux américains de se rendre au Mali « en raison de la criminalité, du terrorisme, des enlèvements, des troubles et des problèmes de santé ». Cet avis aux voyageurs tiendrait compte des mises à jour de la position de l’ambassade des États-Unis à Bamako au 9 janvier 2026. Comme si cela ne suffisait pas, cette même administration a décidé de durcir (et même suspendre)l’acquisition de visa US aux ressortissants maliens voulant se rendre aux USA. Comment, en si peu de temps, alors que l’insécurité y perdure, les USA peuvent vouloir retourner au Mali ? Le pragmatisme américain qui fait prévaloir les intérêts économiques et stratégiques américains, soutiendraient beaucoup d’analystes. Ce qui n’est pas faux.
Toutefois, la relance actuelle de la coopération Mali-USA, « sur des bases de souveraineté et de respect mutuel », n’est qu’un moyen ultime pour les États-Unis de faire leur come-back au Mali. Ce, afin de pouvoir renforcer leur influence géopolitique au Sahel. Toute chose qui garantirait leurs intérêts économiques et l’accès à de nouvelles opportunités économiques, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie et surtout des mines. C’est évidemment un jeu d’intérêt que l’Administration Trump a in fine compris. Prendre le plus vite possible une place aux côtés de ses concurrents russes et chinois. Lesquels ont déjà pris une importante part dans les domaines minier, énergétique, militaire et stratégique. Les USA, à contrario de la France, sont un pays qui se fait guider par la real Politik. Pourquoi ne pas tenter à nouveau leur chance. Tant les opportunités dans ce vaste pays du Sahel sont énormes.
Mais face à ce come-back américain au Mali, désormais voulu par l’Administration Trump, les autorités doivent fortement jouer la carte de la prudence. Prendre dans l’offre de coopération US, ce qui est essentiellement profitable pour notre pays. D’ailleurs, la conjoncture sécuritaire qui prévaut actuellement au Sahel doit amener nos autorités à n’accepter strictement aucune offre américaine dans le domaine de la défense : elle pourrait à terme s’avérer un piège mortel. En somme, oui à une coopération multiforme avec le Pays de l’Oncle Sam mais non à la coopération militaire !
Gaoussou Madani Traoré
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