Grâce à la forte escorte militaire organisée derrière les convois de camions citernes, la pénurie de carburant se résorbe petit à petit. Les stations-services sont diversement approvisionnées. L’accalmie n’est pas totale, mais la crise n’est pas aussi forte qu’en octobre. Le gouvernement avait été contraint d’arrêter les cours dans les écoles pendant 10 jours (du 27 octobre au 10 novembre).
Les cours dans les écoles fondamentales, secondaires et supérieures ont bel et bien repris le 10 novembre. Signe d’un léger mieux dans l’approvisionnement du pays en hydrocarbures. Néanmoins, des constats s’imposent çà et là. Au niveau de certains services, des réajustements sont intervenus dans le calendrier du travail. Il s’agit des services publics et parapublics, d’organismes sous-régionaux et même de certains privés.
K. C., en employée dans une institution bancaire sous-régionale témoigne. “Nous avons commencé la rotation d’une semaine à notre niveau. Le même calendrier a été reconduit comme pendant le coronavirus courant 2020. Maintenant, des agents travaillent pendant une semaine, d’autres prennent le relais la semaine suivante. Il s’agit pour nous d’économiser le carburant en attendant que tout rentre dans l’ordre. Selon les responsables c’est une expérience qui sera appliquée pendant deux semaines, le temps que tout se stabilise dans l’approvisionnement en carburant”.
A l’image de K. C. et de son service, la même organisation dans le temps de travail prévaut ailleurs. Selon S. T., travailleur dans une compagnie d’assurance fait savoir que depuis quelques semaines, leur emploi du temps a été fortement réaménagé compte tenu du contexte.
“Le travail a été organisé de telle sorte que mon collègue de bureau et moi faisons la permutation. Chacun passe 24 h de repos à la maison. Mais en réalité, nous consacrons ce temps à la recherche d’essence”, justifie-t-il.
Selon un autre témoin, une institution de prévoyance sociale applique le même système de rotation depuis que le carburant s’est fait rare. Les agents se succèdent à leurs postes sur un rythme de 24 h chrono.
D. S. en service dans une compagnie aérienne estime de son côté les activités se passent dans les mêmes conditions à leur niveau. A tour de rôle, quand certains sont autorisés de s’absenter, d’autres restent pour assurer le service quotidien et expédier les affaires courantes. L’objectif consiste à leur permettre d’aller à la recherche du précieux liquide.
Débrayage
Le cas dans un service parapublic est plus proche du débrayage que de la rotation au sens propre du terme. Ici, les travailleurs se mettent en congés dès que le courant coupe. Un travailleur de ce service affirme que “quand il y a coupure d’électricité en temps normal, le groupe prend automatiquement le relais. Le bâtiment de trois niveaux est ainsi alimenté, ce qui permet la continuité du service. Mais, présentement, faute de gasoil pour le groupe électrogène, cela n’est plus possible. Ce qui fait que quand le courant s’en va, certains ne pouvant plus travailler rentrent à la maison pour ne pas s’ennuyer”, dit-il.
Un chauffeur de transport public (Sotrama), qui travaille pour quelqu’un raconte son cas. “Je travaille un jour sur deux. Je me débrouille à mettre 15 000 F CFA de gasoil (20 litres) dans mon réservoir. Ce qui me permet à peine de parcourir mes zones d’accès pendant la journée. Le lendemain, je suis obligé de passer la journée dans les rangs devant une station-service pour me ravitailler en carburant. Ce qui me fait une journée de moins”.
Ce contexte de pénurie d’essence avait provoqué l’ire des armateurs la semaine dernière. Notamment le CMA-CGM et SMC qui avaient menacé d’arrêter le transport du fret malien dans ces conditions évoquant d’autres problèmes en plus du manque du carburant, la sécurité de la logistique, l’état de la route, etc. Mais les deux armateurs ont rétropédalé, après une rencontre avec les ministres en charge de l’Economie, du Commerce et des Transports. Ils ont reconsidéré leurs positions affirmant que leur communiqué a été mal interprété et qu’ils vont pleinement continuer d’assurer leurs activités sur notre sol.
Avant de commencer à attaquer et à brûler les camions citernes sur des axes routiers de notre pays, les terroristes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) avaient perpétré leurs premiers blocus sur la route de Nioro du Sahel et de Kayes, le 3 septembre 2025. Des camions de carburant ont été immobilisés pendant plusieurs jours. Le Jnim a durci le ton au mois d’octobre.
Les FAMa de leurs côtés ont déployé les gros moyens pour sécuriser les convois de citernes sur le corridor Abidjan-Bamako et Dakar-Bamako. La situation sécuritaire se normalise jour après jour.
Abdrahamane Dicko
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