37 noms issus de familles influentes apparaissent dans les nouvelles listes d’admission à l’ENAM, un chiffre qui relance, une fois encore, le débat national sur l’équité dans les concours administratifs. Publiés il y a quelques heures, ces résultats provoquent un véritable séisme sur les réseaux sociaux, où de nombreux Camerounais crient à une “reproduction sociale programmée”. « Ce n’est pas normal… ou bien nous on n’est pas enfants de la République ? », a lâché un parent visiblement abasourdi.
Mais au-delà de l’émotion, que disent vraiment les faits ? Et cette polémique a-t-elle une base solide ou s’agit-il d’une lecture partielle d’une réalité plus complexe ?
ENAM : les noms qui réveillent la polémique
La nouvelle promotion compte plusieurs enfants de personnalités publiques : ministres, directeurs généraux, hauts cadres de la fonction publique, magistrats, sous-préfets, et même de grandes chefferies traditionnelles. Parmi les cas les plus cités :
- Fille du ministre Nalova Lyonga
- Fille du SGPR adjoint Mohamadou Moustapha
- Fille du colonel Beko’o Abondo (GP)
- Fille du Sultan Mbombo Njoya (lignée royale Bamoun)
- Fille du Secrétaire d’État à la gendarmerie Galax Etoga
- Fils du DG du Budget, Cyril Edou Aloo
- Fils du DG de la CSPH, Okie Johnson Ndoh
- Fille du DG du Port Autonome de Douala
- Fils du ministre de la Fonction publique, Joseph Le
- Fille du DG du Trésor, Sylvester Moh
Et la liste est longue. Très longue.
Pour beaucoup, cela ressemble à un schéma déjà vu : l’élite politique produirait les futurs cadres de l’État, assurant ainsi une continuité quasi automatique dans les postes stratégiques.
Concours biaisé ou simple reproduction sociale ?
Certains analystes rappellent une vérité parfois oubliée :
les enfants de hauts responsables bénéficient souvent d’un environnement plus favorable, de meilleures écoles et d’une préparation de haut niveau.
Comme le dit un ancien cadre de l’École :
« Les fils de ministres ne sont pas moins Camerounais. Et parfois, ils sont même parmi les meilleurs. »
D’autres, en revanche, insistent sur le manque de confiance du public envers les procédures d’admission.
Un enseignant du supérieur lâche une phrase qui fait déjà le tour des groupes WhatsApp :
« Le problème n’est pas que leurs enfants réussissent. Le problème, c’est que personne ne croit que le concours est sincère. »
Dans un pays où la corruption est régulièrement dénoncée et où la transparence demeure fragile, chaque liste d’admission devient un terrain fertile pour la suspicion.
Un juriste rappelle d’ailleurs que le Cameroun figure depuis plusieurs années dans le classement des pays où les pratiques de favoritisme persistent dans l’administration.
Une crise de confiance institutionnelle
La polémique enfle parce qu’elle touche à quelque chose de sensible : le mérite, perçu comme le seul espoir de mobilité sociale pour des milliers de jeunes.
Dans l’imaginaire collectif, l’ENAM représente une porte d’accès à une stabilité professionnelle rare. Voir des dizaines de noms “bien nés” la franchir crée un sentiment d’injustice profonde.
« On a l’impression que l’armée c’est pour les enfants des pauvres, et l’administration pour les enfants des grands », murmure un candidat recalé.
Pourtant, des voix appellent au calme. Elles rappellent que la réforme du système de concours est en cours, notamment pour renforcer les mécanismes de transparence et de contrôle.
La question demeure :
les enfants de ministres ont-ils été avantagés ou sont-ils simplement le reflet d’un pays où l’origine sociale conditionne déjà 80 % des trajectoires ?
Une chose est sûre :
la confiance du public envers les institutions passe par une transparence totale.
Et tant que les Camerounais n’auront pas la certitude que les concours sont irréprochables, chaque promotion de l’ENAM restera une source d’interrogations… et de tensions.
👉 Selon vous, cette polémique est-elle exagérée ou totalement fondée ?
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