Le Cameroun fait face à une nouvelle onde de choc : le père John Berinyuy Tatah reste détenu depuis son enlèvement par des séparatistes présumés dans la région du Nord-Ouest. Capturé le 15 novembre alors qu’il revenait d’une messe à Bambili, le prêtre n’a toujours pas été libéré malgré les appels pressants de l’Église catholique. « Ce n’est pas du jeu, on ne peut pas continuer ainsi », s’est indigné un fidèle rencontré à Bamenda.
Pourquoi cette affaire prend-elle une tournure aussi explosive, et que révèle-t-elle vraiment sur la crise qui secoue les régions anglophones ?
TENSION AU SEIN DE L’ARCHIDIOCÈSE
La situation s’est brutalement enflammée après l’annonce officielle de l’Archidiocèse de Bamenda confirmant l’enlèvement du père John Berinyuy Tatah. Le prêtre a été intercepté par un groupe armé alors qu’il quittait la localité de Bambili, une zone tristement connue pour l’activité de factions séparatistes.
Selon la déclaration de l’archevêque Andrew F. Nkea, publiée le 23 novembre lors de la fête du Christ Roi, les ravisseurs auraient exigé des rançons pour obtenir la libération du prêtre. Une pratique devenue trop courante dans les régions en crise. « Nous ne négocions pas avec les preneurs d’otages », a rappelé l’Église dans un ton ferme.
Pour rappel, plusieurs prêtres et religieux avaient déjà été capturés dans cette même zone depuis 2018. Des enlèvements à répétition qui fragilisent encore plus la vie pastorale.
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RÉACTIONS DE L’ÉGLISE ET MONTÉE DES INQUIÉTUDES
Face à cette escalade inquiétante, toutes les institutions catholiques du Nord-Ouest ont été appelées à observer « une attitude de prière et de discipline ». Les messes ont intégré des intentions spéciales pour la sécurité des prêtres et du personnel religieux.
L’annonce du Vatican n’a pas tardé. Le pape Léon XIV a exprimé sa « profonde douleur » et condamné la multiplication des enlèvements dans la région. Une tonalité rare qui montre la gravité de l’affaire.
Du côté des fidèles, l’inquiétude est palpable. « On ne peut plus travailler sereinement ici. Même les prêtres ont peur », confie une enseignante de Mbengwi.
Les leaders communautaires appellent à une désescalade et à la protection des lieux de culte, considérés comme « neutres » dans les traditions locales.
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UNE CRISE QUI S’ENRACINE
La recrudescence des rapts dans les régions anglophones met à nu l’enracinement d’une crise sociopolitique qui dure depuis 2016. Rien qu’à Bamenda, plusieurs enlèvements ont été signalés le 14 novembre, dont celui de sept enseignants.
L’archevêque Nkea a exhorté les forces de sécurité à « rester professionnelles » et à éviter des opérations susceptibles de mettre les civils en danger. Il a aussi lancé un appel vibrant à tous les acteurs impliqués dans la crise : « Asseyons-nous et trouvons une solution juste. Les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont trop souffert ».
L’affaire du père John Berinyuy révèle, une fois de plus, la fragilité et la complexité de la crise dans les régions anglophones. Tant que les enlèvements se multiplient, l’insécurité continuera de paralyser les communautés.
Mais une question demeure : qui prendra enfin la responsabilité d’inverser cette spirale dangereuse ?
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