Mais plutôt que de recentrer l’attention sur l’enjeu sportif majeur (qualification du Nigéria à la Coupe du Monde), il a ravivé les braises d’un épisode douloureux : son limogeage à la tête des Aigles du Mali. Une sortie médiatique sincère, certes, mais révélatrice d’un homme encore prisonnier de son histoire. Car au-delà de la tactique et du terrain, l’élimination de son équipe, habituée à la grande messe sportive mondiale, s’est aussi jouée dans l’ombre des non-dits et des blessures non guéries.
Chelle n’a jamais digéré son départ de la sélection malienne. Il y voit une injustice. Il en porte encore la cicatrice. Et il espérait sans doute, dans ce match aux allures de barrage, livrer aussi son propre match de réhabilitation. Mais la vérité est cruelle : en voulant régler ses comptes avec le passé, il a peut-être perdu le présent. En laissant transparaître ce besoin de justification, de revanche personnelle, il a involontairement fait glisser la mission collective vers un enjeu trop personnel.
L’émotion a pris le pas sur la stratégie. Le vécu sur l’objectif.
Hier soir, sans même revenir sur ces épisodes de remplacement calamiteux qu’ils livrent chaque fois en fin de match (il a changé toute son attaque à la 60è mn) et son attitude caractérielle de coach de quartier (se bagarrer avec un membre du staff adverse et justifier sa défaite par une histoire de vaudou alors qu’il n’avait pas en face le Bénin) ou encore son esprit trop émotif (tombé dans les bras de ses joueurs après une défaite alors que c’est le contraire qui est populaire et souhaitable), hier soir donc, ce n’est pas seulement une équipe qui est tombée. C’est aussi un homme, ESC de ses initiales, qui espérait boucler une boucle, et qui s’est retrouvé face à une nouvelle impasse.
Non, Éric Chelle ne manque ni de talent ni de vision. Mais il doit apprendre dans le métier de sélectionneur ! Ne pas brûler les étapes dans la vie (il avait su bien réussir en club en Algérie, après son limogeage de la sélection nationale du Mali, avant de voir trop gros avec une sélection nationale nigériane).
Les victoires ne lavent jamais les blessures intimes. Elles s’écrivent dans le silence du travail. Et pas dans l’écho des regrets. Il est temps pour lui d’écrire une nouvelle page. Une page tournée vers l’avant.
Moustaph Maïga (Le Cactus Malien)
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