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Évènements du 26 mars 1991 : Ce que le général Moussa Traoré a dit aux enquêteurs après sa chute

Le Conseil de réconciliation nationale sous la houlette du lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré (ATT) opère un coup d’Etat historique pour arrêter le massacre des manifestants. Les doyens Djibril M’Bodge et Sidiki Konaté de l’ORTM chargés de la première interview du nouvel homme fort du Mali ont pris les nouvelles de  l’ancien président Moussa Traoré.  Et ATT de répondre : “L’ancien président vit, sa femme également, ses compagnons et ses collaborateurs les plus proches également. Le peuple malien décidera de leur sort”. C’est-à-dire qu’ils répondront de leurs actés liés à la gestion du pouvoir, notamment les événements malheureux du 26 mars 1991. C’est à ce tire qu’ils furent jugés par un tribunal d’exception dirigé par feu Mallé Diakité, à l’époque conseiller à la Cour suprême.  A partir de ce numéro, nous reviendrons sur l’instruction judiciaire de l’ancien président Moussa Traoré et de l’ex-chef d’Etat-major du PC opérationnel feu Bakary Coulibaly.  Pour des raisons déontologiques, nous taisons les noms des officiers de gendarmerie et de police qui  ont procédé à l’audition du général Moussa Traoré sur les événements du 26 mars 1991. Faudrait-il rappeler qu’il l’intéressé était accusé de détournement de fonds de l’Etat, de complicité d’assassinat,  enrichissement illicite, complicité de coups et blessures ?

 

 

la première question portant sur son identité et ce qu’il sait desdits événements, l’ancien président dit ceci :

Moussa Traoré :”Je me nomme Moussa Traoré, né le 25 septembre 1936 à Sébétou, cercle de Kayes, des feus Kaba et Founè Traoré. Je suis général d’armée d’infanterie, marié et père de six enfants.

En ce qui concerne les événements pour lesquels je suis interpellé, il faut les situer dans leur contexte. Le 21 janvier 1991, lorsque les manifestants sont sortis, j’étais souffrant. C’est dans l’après-midi, après avoir pris mes médicaments, que je suis sorti et j’ai entendu des coups de feu. Donc, j’ai attendu le lendemain pour sortir : le mardi j’ai convoqué mes collaborateurs impliqués : ministre de l’Intérieur, ministre de la Défense nationale, le directeur général de la Sécurité d’Etat, le directeur de la sûreté nationale, le chef d’Etat-major de la gendarmerie.  J’ai ordonné de mettre fin à ces manifestations en prenant toutes les dispositions nécessaires, et de prendre contact avec le secrétariat permanent du BEC pour définir une stratégie afin d’informer et de sensibiliser les populations et les militants. Je ne vois pas, si ce n’est pas au Mali, un président s’occuper à gérer ce problème alors que les attributions des ministres sont clairement définis par un règlement. Que serait-il passé si le président n’était pas un militaire ?

La deuxième étape serait les manifestations du 22 et 23 mars. La rumeur a circulé que les élèves et étudiants disent qu’ils vont faire la casse. J’ai convoqué les ministres (Défense et Intérieur) le jeudi 21 mars au soir pour leur donner cette information. Ils m’ont dit qu’ils sont au courant. J’ai dit d’éviter de pourchasser les manifestants et d’occuper tous les points stratégiques afin de ne pas disperser les efforts. Je pense que les choses étaient claires.

Quand j’ai appris le samedi 23 mars dans la journée qu’il y a eu des morts et des blessés, le soir je me suis rendu au Poste commandement opérationnel, le chef d’Etat-major opérationnel m’a rendu compte de la situation. Cela aussi ressort dans mon rapport. Le chef d’Etat-major opérationnel a notamment fait ressortir dans son exposé que les cas de morts sont imputables à l’hystérie des manifestants qui avaient décidé d’attaquer les commissariats notamment.

S’il y’a des responsabilités à situer, ce n’est vraiment pas à mon niveau aujourd’hui.

En votre qualité de chef suprême des Armées répondant aussi bien du ministre de la Défense que celui de l’Intérieur, estimez-vous vraiment que les conséquences de leur acte, si tel est le cas, ne vous impliquent pas ? Etant entendu qu’ils ont été nommés par vous en dépit de la carence, qui vous a obligé par la suite à vous investir par des instructions et des recommandations répétées ?

En tant que chef suprême des Armées, je dois autoriser l’engagement des Forces armées dans une situation de crise donnée.

Le ministre de l’Intérieur et les autorités administratives en cas de crise peuvent requérir ces forces. L’autorisation a été donnée au ministre de la Défense d’informer les autorités militaires à ce qu’elles tiennent prêtes les troupes en cas de réquisition.

Les attributions des ministres étant définies par décret, le ministre qui n’est pas d’accord avec la politique du gouvernement doit se démettre sinon assumer ses responsabilités jusqu’au bout. Je dois souligner que ma propre philosophie est qu’un responsable est avant tout un éducateur et un conseiller. C’est à ce titre que je suis intervenu personnellement pour éviter la dégradation de la situation.

Les ministres impliqués dans la gestion des faits, étant des militaires sous vos ordres, ne pouvaient-ils pas penser qu’ils étaient soumis à votre autorité ?

C’est aux ministres impliqués de répondre à cette question. J’ai été clair à chaque époque,  qu’il s’agisse de janvier ou de mars 1991.

Cependant le dernier remaniement ministériel opéré au sein du gouvernement notamment au niveau de l’Intérieur et de la Justice après celui de la Défense nationale a laissé présager de votre part un durcissement de position dans la gestion de la crise. Qu’en dites-vous ?

Au niveau de l’Intérieur, le ministre ne pouvait demeurer en place après la situation dans le Nord du pays.  Le ministre de la Justice ne pouvait pas rester non plus compte tenu de la gestion du ministère.  Cela n’a rien à voir avec le durcissement de ma position et des événements qui se déroulaient dans tout le pays. Si durcissement, cela allait être un remaniement de fonds en comble.

La situation qui s’est produite au nord du pays était prévisible par le ministre ou le ministère pour prévenir à temps. Cette situation est suffisamment dangereuse pour maintenir un ministre en place. La gestion du ministère e la Justice était devenue difficile par le manque de volonté du ministre pour réaliser les réformes engagées par le président et le gouvernement. En décembre 1989, il y avait quarante deux objectifs à atteindre et à repartir entre les ministères et d’autres instructions écrites adressées au ministre de la Justice.

A propos du ministère de l’Intérieur, quel fut donc le but visé par le rattachement de la police à l’Intérieur ?

C’est un vieux projet et tous mes collaborateurs étaient d’accord sur ça.

A quoi attribuer vous les causes des événements douloureux qu’à vécus le pays de janvier à mars 1991 ?

Les 21 et 22 mars 1991, les casses qui ont eu lieu relèvent des actes de vandalisme.  Aucune revendication des élèves et étudiants n’était parvenue ni au ministère de l’Education ni au gouvernement.

J’ai convoqué le ministre de l’Education nationale, (paix à son âme) Bakary Traoré le 23 janvier et je lui ai demandé ce qui se passe ? Il m’a répondu que les élèves et étudiants ne lui ont soumis ni doléances, ni revendication. Par les moyens officiels et non officiels, j’ai cherché à comprendre les revendications. J’ai su que ce n’était pas des revendications scolaires et estudiantines, mais politiques. Par ces canaux que les élèves et étudiants s’expliquent afin qu’on trouve des solutions, j’ai mis certains responsables des écoles sur la question, il y a eu des contradictions.

Les élèves et étudiants se sont vus coincés surtout au niveau de l’Ecole de médecine. J’ai demandé aux élèves et étudiants qu’ils fassent par écrit leurs revendications. Des réponses seront données. C’est là que j’ai convoqué le ministre de l’Education une seconde fois pour un entretien sur les problèmes scolaires et universitaires.  Nous avons convenu qu’il doit examiner toutes les doléances et leur donner des solutions.  Celles qui dépassent ses compétences et ses moyens doivent être soumises au gouvernement. Ainsi le ministre a reçu leurs revendications par écrit, il a répondu par écrit. C’est là que les élèves et étudiants ont fait circuler la rumeur que le ministre refuse de les recevoir alors qu’ils n’ont pas demandé à être reçus. En définitive, lorsque le ministre a reçu leur demande d’audience, il les a reçus sur mes instructions en même temps que les représentants des associations d’élèves et étudiants. Les déclarations des représentants en font foi, tous étaient satisfaits et les problèmes avaient leur solution.

Pendant ce temps, l’UNTM, qui était partie en grève pour 48 h, était en négociations avec le gouvernement par l’intermédiaire d’une commission dont les membres ont été choisis d’accord parties. Tout semblait se dérouler dans un cadre juridique satisfaisant, lorsque brusquement les casses, les incidents des 22, 23, et 24 mars ont eu lieu sans que ces accords signés au niveau de l’Education nationale aient été dénoncés.

L’UNTM ayant annoncé une seconde grève sans se retirer des négociations et sans faire d’autres déclarations politiques en dehors de la résolution de mai 1990 du conseil central. Ce n’est que le dimanche 24 mars 1991, qu’ayant convoqué les responsables du comité de coordination des organisations et associations politiques pour leur poser la question sur ce qu’elles veulent après un long commentaire. C’est après tout ce que je viens de dire que l’avocat Idrissa Traoré sur injonction du secrétaire général de l’UNTM, m’a remis comme réponse une résolution (la fausse résolution n°1) réclamant ma démission. Ce à quoi j’ai répondu que je ne démissionnerai pas.

Mes collaborateurs du cabinet, du gouvernement et du BEC présents ont constitué avec ce comité une commission de conciliation. En dehors du dimanche 24 mars 1991 aucune revendication quelle qu’elle soit n’est parvenue au gouvernement, ni des associations ni de leur comité de coordination. En réalité, les manifestations ont eu lieu sous l’instigation des associations appuyées par les organisations non gouvernementales françaises et par certains responsables politiques français. Je précise et confirme qu’aucun document officiel n’est parvenu au gouvernement en dehors de la résolution n°1 pour faire une réclamation d’ordre politique.

Cependant vous avez intervenu vous même dans une allocution télévisée adressée à la nation, en précisant qu’il appartiendra au congrès de mars de se pencher sur le multipartisme et autres voies de démocratisation réclamées.  Cela ne signifie-t-il pas que vous étiez imprégné des aspirations des manifestants ?

Je dois rappeler que lors du 11e anniversaire du parti, il a été décidé de discuter ou de débattre de l’exercice de la démocratie au sein du parti au niveau des conférences nationales et régionales, le multipartisme a été évoqué dans certaines régions, notamment Bamako.

 Au regard des comptes rendus, le BEC a décidé que tous ces débats doivent se faire au niveau des sections jusqu’à la base et que rapports soient faits par les sections avant juillet 1990 afin qu’une session extraordinaire du conseil national puisse l’examiner. Une seule section, Ségou avait réclamé le multipartisme avec des contradictions. D’autres sections tout en optant pour le parti unique estimaient qu’il ne faut pas craindre le multipartisme. C’est là que la résolution du conseil national a demandé au BEC d’approfondir la réflexion sur le multipartisme et de faire rapport pour le congrès prochain, voilà ce qui m’a amené à dire dans mon discours ce que j’ai dit.

J’ai dit à Gao qu’il est tout à fait normal que la jeunesse s’exprime et que la rue n’est pas appropriée pour faire des réclamations quelles qu’elles soient.

A supposer que ce soit tout le peuple qui ait demandé le multipartisme, la procédure a été tracées dès août 1990. La position du pouvoir n’était pas figée d’abord depuis août 1990, les sections ont examiné jusqu’à la base le multipartisme et ces rapports étaient en exploitation au BEC quand les manifestations se sont accentuées. Je dois souligner que la Constitution dit que la révision constitutionnelle revient au président de la République  et à l’Assemblée nationale.  D’autre part, il est dit par les statuts du parti que l’option et le statut ne peuvent être modifiés que par un congrès. Donc le secrétariat général ne peut rien dans ces conditions dès que ça touche l’option et les statuts.

A suivre      

          

 O. Roger Sissoko

 

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