Plus de 40 artisans boulangers et pâtissiers ont participé les 12 et 13 novembre à Yaoundé à une formation inédite visant à remplacer la farine importée par des farines locales — manioc, patate douce, taro, plantain. Résultat : un pain plus nutritif, moins cher et 100 % made in Cameroun. « J’ai vu le nouveau pain sortir du four, je n’en revenais pas… C’est nous-mêmes qui fabriquons ça ! », confie Rodrigue Kouang, l’un des formateurs. L’initiative, qui pourrait bouleverser les habitudes alimentaires du pays, suscite un engouement massif. Mais cette révolution silencieuse survivra-t-elle face au lobby des farines importées ?
Le Cameroun teste sa révolution du pain local
La formation, organisée par l’Association Citoyenne de Défense des Intérêts Collectifs (ACDIC), avait un objectif clair : rendre le Cameroun autonome dans la production de pains, viennoiseries et pâtisseries à base de farines locales.
Sur les postes de démonstration, les participants ont travaillé sur un plan de travail complet : pains, gâteaux, beignets, brioches… tous sans farine de blé. Les résultats ont surpris jusqu’aux professionnels les plus expérimentés.
« Je pensais que ça allait être compliqué. Finalement, j’ai sorti mon premier pain local comme à la maison ! », témoigne une participante.
L’ambition du projet est triple :
- réduire la dépendance aux importations,
- valoriser les filières locales,
- créer une économie nationale plus résiliente.
Réactions fortes : entre fierté, surprise et volonté de changement
« Avoir un label national pour le pain local » – Rodrigue Kouang
Chef de projet, il insiste :
« Les artisans sont capables de produire, mais ils n’ont jamais eu l’opportunité d’essayer. Nous voulons un label officiel pour le pain local, afin d’en faire un produit reconnu. »
Il souligne aussi les économies possibles pour les boulangers et la valeur nutritionnelle supérieure des farines locales.
« Cette formation nous retourne le mindset » – Sophie Engome
L’éducatrice, étonnée par la qualité du pain local, déclare :
« Je croyais connaître les ingrédients du quotidien, mais je découvre une autre richesse. Cette formation nous ouvre l’esprit. »
Elle évoque l’impact pour les cantines scolaires, les internats et les ménages modestes.
« Il faut changer les habitudes alimentaires » – Sylvain Dongmo
Vétérinaire et passionné de pâtisserie :
« Pourquoi acheter un gâteau importé quand on peut en faire un, bon et moins cher, avec du manioc ou de la patate ? »
Il insiste : le changement commence « dans nos maisons, avec nos enfants, dès le bas âge ».
Un enjeu national : nourrir le pays avec ses propres ressources
Vers une filière structurée ?
Le projet s’inscrit dans un programme plus large visant à former les acteurs :
- artisans,
- entrepreneurs,
- agriculteurs,
- jeunes en reconversion.
D’ici décembre 2026, un réseau de boulangers certifiés “farines locales” doit émerger, avec démonstrations publiques et ventes-tests.
Les organisateurs souhaitent également que les résultats servent à influencer les politiques alimentaires et agricoles.
« Ce n’est qu’un début. Nous pouvons aller plus loin dans la transformation locale, » promet l’équipe technique.
Cette initiative pourrait marquer un tournant historique si elle est soutenue durablement. Le Cameroun est-il prêt à troquer la farine importée contre un pain 100 % local, plus nutritif et plus rentable ? À vous de réagir.
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