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Femmes, Libertés et Militantisme numérique : Quels défis au Mali ?

Cependant, le récent assassinat de la jeune tiktokeuse Mariam Cissé à Tonka, ne va-t-il pas négativement impacter la voix des femmes et des filles   ainsi que le militantisme féminin sur les réseaux sociaux en période de crise et dans les zones de conflit au Mali ?

Pour certaines actrices des mouvements de défense des droits humains, cela peut constituer un frein à l’engagement numérique des non-aguerries. Pour d’autres, au contraire, cela renforce leur combat et leur résilience pour la défense des droits humains.

Pour Fatouma Harber, bloggeuse, Directrice exécutive de Sankorelabs à Tombouctou, comme pour d’autres actrices des réseaux sociaux, être simplement une femme visible sur ces plateformes, notamment en tant que défenseure  des droits des femmes, nécessite beaucoup de courage. La tragédie de Mariam Cissé est un message adressé aux femmes pour les réduire au mutisme, à son avis.

« Si une jeune femme non militante, qui n’exprimait que des opinions personnelles, peut être enlevée et exécutée publiquement, cela signifie que toutes les femmes visibles sont désormais des cibles potentielles. La frontière entre expression personnelle et engagement politique est abolie par les terroristes. L’espace numérique peut désormais entraîner des conséquences physiques mortelles », a déclaré Coumba Bah, Communicatrice, militante des droits humains. « Si une créatrice de contenus peut mourir pour ses posts, qu’en est-il de nous, qui dénonçons des injustices ? », s’interroge-t-elle. Mme Coumba Bah souligne que les femmes qui s’expriment publiquement sont souvent jugées non pas pour leurs idées, mais pour leur conformité aux normes et attentes sociétales. « En général, au Mali, dans la plupart de nos valeurs culturelles, même si elles sont ancestrales, la femme doit être discrète, pudique et garder son opinion pour elle. Celles qui défient cette règle sont souvent qualifiées d’arrogantes ou de manipulées », déplore-t-elle. Et selon elle, ces stéréotypes ne touchent pas seulement les militantes, mais aussi les influenceuses comme Mariam Cissé, contribuant à délégitimer leurs actions et à justifier les violences sexistes, décourageant ainsi de nombreuses femmes de s’exprimer publiquement.

Une panique croissante

La tragédie de Mariam Cissé a installé une certaine panique parmi certaines utilisatrices, qui, sous la pression de leurs proches, sont amenées à cesser leurs activités sur les réseaux ou à exprimer leur vision de la chose publique. Selon Aissata Bocoum du Conseil National de la Transition, dans les régions du nord du Mali, la peur s’est installée suite à cet événement. Elle affirme que de nombreuses activistes ont décidé de suspendre leurs activités par crainte ; pire, l’une d’entre elles aurait été « exilée » à Bamako pour échapper aux menaces dont elle faisait l’objet. Des propos soutenus par Fatouma Harber, qui indique qu’à Tombouctou, on entend souvent les mères recommander à leurs filles de rester tranquilles et de « laisser TikTok » par peur.

Heureusement, beaucoup de femmes refusent de céder à la panique ou à l’autocensure. « Mais qu’à cela ne tienne, nous demeurons plus que jamais résolues. Ce n’est pas la peur qui va nous faire reculer ou nous réduire au silence. Comme le disent les jeunes : Y a Foyi… il n’y a rien, Quand on pense avoir fini avec une Mariam Cissé, les Maliennes que nous sommes mettrons des milliers encore de Mariam Cissé à contribution, pour le Mali, pour notre liberté fondamentale, juste pour vivre », soutient Coumba Bah. Pour Fatouma Harber, « L’assassinat de Mariam Cissé peut faire naître une sorte de résistance chez la femme malienne. Personnellement, je me dis que parce qu’ils ont tué Mariam Cissé pour ça, il faut vraiment faire de la résistance citoyenne et montrer qu’on existe et qu’on ne va pas se taire pour être complice ou leur faire plaisir. »

Mécanismes de protection

Il existe des mécanismes de protection, même s’ils ne sont pas largement connus. Pour Fatouma Haber, les dispositifs institutionnels de protection existant ne sont pas adaptés au contexte sécuritaire actuel du Mali, et sont surtout rarement accessibles aux femmes dans les zones rurales et en conflit.

A ces dispositifs, s’ajoutent les actions des organisations de défense des droits de l’homme qui accompagnent discrètement les victimes de menaces, des plateformes internationales spécialisées dans la cybersécurité, de soutien aux journalistes, la loi de protection des défenseurs des droits humains au Mali, et d’autres programmes d’urgence qui mettent les activistes à l’abri de manière temporaire, leur offrant soutien psychologique et assistance juridique. Malheureusement, comme l’a déploré Fatouma Haber, bon nombre d’utilisateurs des réseaux n’ont pas connaissance de ces recours, car ces mécanismes ne sont pas assez divulgués et ne sont probablement pas à leur portée.

Face à la montée des menaces liées aux réseaux sociaux, Fatouma Harber invite à renforcer les capacités des utilisateurs des médias sociaux sur la communication dans les zones de conflit, en tenant compte du genre, et à mettre à disposition des numéros d’urgence et une meilleure connaissance des mécanismes de protection.

Pour sa part, Coumba Bah recommande entre autres, que l’Etat reconnaissent officiellement les femmes créatrices de contenus, militantes, journalistes, bloggeuses, comme un groupe vulnérable avec ses propres spécificités ; intègre la sécurité numérique dans les politiques publiques, et invite à promouvoir l’éducation numérique et l’apprentissage des réflexes de base.

 Khadydiatou SANOGO,

Ce reportage est publié avec le soutien de Journalistes pour les Droits Humains (JDH) au Mali et NED.

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