Top Header Ad

Fonctionnaires fantômes : Quand l’Etat paye l’inaction au prix fort

Par habitude, par crainte ou par complaisance, l’Etat entretient une inaction coûteuse qui vide la fonction publique de son sens. Une dérive silencieuse qui en dit long sur la culture du pouvoir et la valeur réelle du service public.

Au Mali, une habitude aussi discrète que destructrice s’est enracinée dans les pratiques de l’administration : celle de laisser des hauts cadres, pourtant rémunérés par l’État, végéter à domicile après la fin de leurs fonctions. Des centaines d’anciens ministres, gouverneurs, directeurs généraux ou conseillers spéciaux continuent ainsi de percevoir leur salaire chaque mois… sans fournir le moindre service à la nation. Idem, pour des dizaines d’officiers supérieurs des forces armées.

Ce scandale silencieux a fini par s’installer dans les mœurs, au point que plus personne ne s’en émeut. Pourtant, il constitue l’un des symptômes les plus criants d’un dysfonctionnement profond : « celui d’un État qui tolère le gaspillage de ses ressources humaines et financières les plus précieuses ».

Un blocage culturel et hiérarchique

Pourquoi donc ces cadres expérimentés ne sont-ils pas réaffectés dans leurs corps d’origine, ou dans d’autres missions utiles ?

La réponse, malheureusement, se trouve dans une mentalité bien ancrée : chez nous, une fois qu’on a été “chef”, il serait humiliant de redevenir subalterne.

L’ancien directeur rechigne à reprendre place dans une direction technique ; le nouveau responsable, lui, redoute la présence d’un ex-supérieur qu’il juge encombrant. Résultat : l’un reste chez lui, l’autre s’entoure de nouveaux venus, et l’administration perd les compétences accumulées au fil des années.

Ce cercle vicieux mine la performance publique.

Dans un pays où les services de base peinent à satisfaire les citoyens, où le retard de développement est manifeste dans presque tous les secteurs, il est inacceptable que l’on entretienne ainsi l’inaction de centaines de fonctionnaires pourtant formés, compétents et payés sur les deniers publics.

Servir l’État ne devrait jamais être une question de grade Servir son pays ne devrait pas être conditionné par un titre, une chaise capitonnée ou un chauffeur attitré. C’est un sacerdoce. Un honneur.

Dans les nations où la culture du travail est respectée, on ne gaspille pas les cerveaux. On les mobilise. On y voit d’anciens ministres redevenir enseignants, d’ex-directeurs se remettre au service technique, d’ex-présidents reprendre la plume ou la parole dans les amphithéâtres. Là-bas, servir l’État est un engagement continu, pas une parenthèse dorée.

Un devoir de remobilisation nationale

Laisser dormir ces compétences, c’est trahir le contribuable. C’est laisser se perdre des talents rares, payés sans contrepartie. C’est aussi détourner des énergies constructives vers le secteur privé ou vers le désœuvrement, quand l’administration publique en a un besoin urgent.

La remobilisation de ces forces vives n’est pas un luxe. C’est une nécessité nationale. Le Mali ne peut plus se permettre de payer des fonctionnaires inactifs pendant que les hôpitaux manquent de médecins, les écoles et les universités d’enseignants, et les administrations de cadres compétents.

L’État doit montrer l’exemple

Les dirigeants doivent rompre avec cette culture de la rente statutaire et instaurer un principe simple : tout salaire doit correspondre à un service rendu. Il faut redéployer, former, réaffecter. Et surtout, réhabiliter l’idée que le travail pour l’État est un engagement permanent, quelle que soit la place occupée dans l’organigramme.

Parce qu’en définitive, ce ne sont pas les titres qui bâtissent un pays, mais la valeur du service rendu à la communauté. Et « dans un Mali en quête de redressement, chaque compétence compte, chaque énergie doit être mobilisée, chaque paresse institutionnalisée doit être bannie ».

Mahamadou Konaté

Crédito: Link de origem

Leave A Reply

Your email address will not be published.