Selon l’accord, toutes les charges contre la société Barrick et ses employés seront abandonnées, et les procédures judiciaires pour la libération de ses employés détenus seront engagées.
Les missions de l’administration provisoire du complexe Loulo-Gounkoto prendront donc fin, le contrôle opérationnel revenant entièrement à Barrick.
De même, dans le cadre dudit accord la société Barrick s’engage à retirer sa demande d’arbitrage actuellement en instance devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), selon un communiqué du ministère des mines.
L’industriel canadien et l’État malien se livrent depuis des mois à un bras de fer autour du complexe de Loulo-Gounkoto, la plus grande mine d’or du Mali, détenu à 80% par le groupe minier et à 20 % par le Mali.
Le complexe Loulo-Gounkoto, en production depuis 2005, est l’un des plus grands gisements d’or d’Afrique de l’Ouest et un pilier de la production aurifère malienne. Pour Barrick, le site représente environ 14 % de sa production mondiale d’or, et près d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires sur neuf mois pour une année récente.
C’est donc à la fois un enjeu budgétaire pour l’État malien et un actif vital pour le groupe canadien.
2023 : Nouveau code minier, point de départ du conflit
En 2023, le Mali adopte un nouveau code minier qui renforce la part de l’État dans les revenus miniers (hausse de la fiscalité, possibilité d’augmenter la participation de l’État jusqu’à 30 % dans les nouveaux projets, limitation des avantages accordés par le passé, etc.).
Barrick conteste certains aspects de l’application de ce nouveau cadre, en particulier son caractère jugé « rétroactif » sur Loulo-Gounkoto, dont les conventions minières étaient antérieures à la réforme.
Les autorités maliennes, de leur côté, estiment que certaines garanties fiscales accordées par les anciens gouvernements sont déséquilibrées et réclament une révision au profit du Trésor public.
2023–2024 : Montée des tensions et contentieux fiscaux
À partir de cette réforme, plusieurs éléments alimentent le conflit : Les services fiscaux maliens réclament plusieurs centaines de millions de dollars en impôts et pénalités, l’ordre de grandeur souvent évoqué étant autour de 500 millions de dollars. Le gouvernement accuse Barrick d’impôts impayés et d’avoir bénéficié de contrats jugés “injustes” conclus avec les anciens régimes.
Fin 2024, la situation se durcit : Arrestation de quatre employés maliens de Barrick en novembre 2024 pour des accusations liées à la réglementation et au blanchiment. Mandat d’arrêt émis en décembre 2024 contre le PDG de Barrick, Mark Bristow, pour des accusations de blanchiment et de malversations financières. En parallèle, Barrick prépare la riposte juridique internationale.
Décembre 2024 – janvier 2025 : Saisie d’or et arbitrage international
Décembre 2024 : Barrick saisit le CIRDI (ICSID), le tribunal d’arbitrage de la Banque mondiale, pour contester les décisions de l’État malien et défendre la stabilité de ses contrats.
11 janvier 2025 : des soldats maliens se rendent sur le site de Loulo-Gounkoto et saisissent environ trois tonnes d’or, estimées à plus de 300 millions de dollars. Barrick affirme être contrainte d’arrêter ses opérations après cette saisie et le blocage des exportations déjà en cours.
À partir de là, le conflit sort du simple terrain fiscal pour devenir une crise de souveraineté et de confiance entre l’État et un investisseur stratégique.
Avril–mai 2025 : Fermeture de l’office à Bamako et escalade
15 avril 2025 : les autorités maliennes ferment les bureaux de Barrick à Bamako au motif de non-paiement d’impôts, nouvelle étape dans un différend décrit comme « prolongé »
Le même jour, Barrick publie un communiqué dénonçant le fait que le gouvernement bloque les exportations d’or tout en exigeant le paiement d’impôts sur des revenus que l’entreprise ne peut pas réaliser.
29 mai 2025 : Barrick demande au CIRDI des mesures provisoires d’urgence pour protéger ses droits, rappelant que la mine est à l’arrêt depuis janvier suite à la saisie de l’or.
On est alors dans une situation de blocage total : mine à l’arrêt, or saisi, personnel détenu, bureau fermé, contentieux international ouvert.
Juin 2025 : Mise sous administration provisoire par l’État
16 juin 2025 : une décision de justice malienne place le complexe Loulo-Gounkoto sous administration provisoire pour six mois. Un ancien ministre de la Santé, Zoumana Makadji, est désigné administrateur. Selon plusieurs sources et ONG, l’État malien prend de facto le contrôle opérationnel de la mine, tout en laissant la propriété juridique aux filiales de Barrick.
Barrick dénonce une atteinte à ses droits d’investisseur ; le gouvernement invoque la défense des intérêts nationaux et l’application de la nouvelle législation minière.
Juillet 2025 : des dépêches rappellent que la confiscation des trois tonnes d’or et l’arrêt de la production ont conduit Barrick à activer formellement l’arbitrage international.
Octobre 2025 : après environ neuf mois de suspension, la mine Loulo-Gounkoto redémarre à la mi-octobre, marquant une accalmie relative, même si le différend fiscal et contractuel n’est pas totalement résolu.
Début novembre 2025 : le CIRDI refuse la procédure accélérée demandée par Barrick, ce qui prolonge le bras de fer juridique et maintient le Mali sous la menace d’un arbitrage potentiellement coûteux.
Novembre 2025 : accords de principe puis règlement annoncé
À partir de novembre 2025, la dynamique s’inverse vers un compromis :
Des sources de presse économique évoquent d’abord un accord informel sur l’interprétation du code minier de 2023 et la façon de l’appliquer à Loulo-Gounkoto.
24 novembre 2025 : des dépêches (Reuters, AP, autres) annoncent qu’un accord a été conclu entre l’État malien et Barrick :
Les deux parties s’engagent à mettre fin aux procédures (y compris l’arbitrage au CIRDI).
Barrick accepte de signer le nouveau code minier et d’effectuer un paiement (les montants exacts varient selon les sources, mais il s’agit d’un règlement financier accompagné d’engagements sur la fiscalité future).
En contrepartie, l’État doit lever l’administration provisoire, libérer les employés détenus et restituer l’or saisi, en permettant la reprise normale des exportations.
Cet accord vise à sécuriser l’avenir de Loulo-Gounkoto à court terme, tout en entérinant la montée en puissance de l’État dans la captation de la rente minière.
Ce dossier illustre à la fois un choc de visibilité politique (l’État malien revendiquant sa maîtrise des ressources) et un enjeu économique majeur pour un investisseur international stratégique. Le cas Loulo-Gounkoto devient emblématique de la nouvelle donne : l’équilibre entre souveraineté nationale, attractivité des investissements et sécurité juridique.
Alexis Kalambry
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