Top Header Ad

Humeur : À ceux qui confondent leur main tendue avec une laisse : le prix caché des bourses algériennes ?

La récente déclaration, du président Abdelmadjid Tebboune, relayée par les réseaux sociaux, appartient à cette catégorie. Elle n’apprend rien aux Maliens avertis, encore moins à ceux qui suivent depuis des décennies les sinuosités, les silences calculés et les accès de condescendance qui jalonnent les relations entre le Mali et Tebboune.  Elle révèle moins une vérité cachée qu’un état d’esprit persistant : celui d’un voisin qui continue de se regarder comme un tuteur, quand le monde, lui, a changé d’axe.

Oui, des bourses algériennes sont accordées chaque année à des étudiants maliens. Oui, nombre d’entre eux, comme le ministre Diop et le PM Maïga, ont étudié en Algérie, et ils y ont brillé. Ils en sont sortis majors ou parmi les meilleurs, armés de savoir et de rigueur. Cela, personne ne le nie. Personne ne l’a jamais nié. Le Mali n’a jamais eu honte d’envoyer ses enfants se former ailleurs, pas plus qu’il n’a renié ceux qui, une fois diplômés, ont servi leur pays avec loyauté. La formation n’est ni une faveur honteuse, ni une chaîne invisible. Elle est un échange humain, intellectuel, civilisationnel.

Ce que le président Tebboune oublie de dire , ou choisit de taire, c’est que le Mali aussi a formé. Et continue de former. Des cadres étrangers en médecine, dans l’enseignement général, dans l’agronomie, dans l’administration. Il l’a fait sans tambours ni trompettes, sans conférences de presse, sans brandir ces actes comme des créances politiques. Le Mali n’a jamais comptabilisé la solidarité comme une dette à recouvrer. Il n’a jamais exigé la docilité en échange du savoir. Il n’a jamais conditionné la fraternité au silence. Car la fraternité véritable ne s’énonce pas sur le ton du reproche.

Faut-il rappeler, à ceux qui semblent l’avoir relégué au rayon des souvenirs encombrants, que le Mali a soutenu l’Algérie quand celle-ci luttait pour son existence même ? Faut-il rappeler que Bamako fut un refuge, une base arrière, une terre d’appui pour les combattants de la liberté algérienne ? Ben Bella, Boumédiène, Bouteflika ne furent pas des hôtes tolérés : ils furent des frères accueillis. Sans conditions. Sans calculs. Sans comptabilité morale. Le Mali n’a jamais présenté cette solidarité comme une dette à solder, encore moins comme un argument à brandir contre Alger.

Étudier en Algérie, était-ce donc assorti d’une clause tacite ? Celle de se taire quand on est publiquement pris à partie ? D’accepter sans sourciller les forfanteries diplomatiques, les déclarations à l’emporte-pièce, les sorties théâtrales d’un ministre des Affaires étrangères, Attaf, prompt à confondre posture et politique ? Était-ce le prix caché de la bourse : l’acceptation docile de l’insulte, l’intériorisation de l’infériorité supposée ? Le Mali répond non. Et il le fait sans hausser le ton, mais sans courber l’échine.

Il est temps de dire les choses clairement : considérer l’appui désintéressé du Mali de 1962 comme une dette est une erreur historique et morale. Persister à comptabiliser chaque acte posé en direction du Mali comme un remboursement partiel de cette prétendue dette est une vision étriquée, presque mesquine, des relations internationales. Les nations ne grandissent pas en tenant des livres de comptes moraux, encore moins en rappelant à chaque occasion ce qu’elles estiment avoir donné.

Le monde a changé, le Sahel a changé, le Mali a changé.

Le Mali n’est plus ce pays que l’on sermonne, que l’on admoneste depuis des tribunes confortables. Il n’est plus cet élève à qui l’on rappelle bruyamment qu’il a bénéficié d’une bourse. Il est un État souverain, lucide sur ses intérêts, exigeant sur sa dignité. Il parle désormais d’égal à égal, non par arrogance, mais par maturité politique.

Reconsidérer les accords, interroger les cadres de coopération, réévaluer les postures diplomatiques n’est ni une provocation ni une ingratitude. C’est le droit élémentaire de toute nation qui se respecte. L’Algérie de Tebboune gagnerait à sortir de cette vision condescendante qui brouille sa parole et affaiblit son influence.

Elle gagnerait surtout à comprendre que la grandeur ne se proclame pas, elle se démontre par l’écoute, le respect et la réciprocité.

Ma présente sortie contre celle de Tebboune n’est pas un cri de colère. C’est un chant de vérité. Et la vérité est simple : le Mali n’a jamais été un débiteur honteux. Il a été un frère fidèle. Mais aucun frère n’accepte d’être publiquement rabaissé au nom d’une générosité qu’il n’a jamais mendiée.

Le monde avance. Le Mali aussi. À ceux qui l’auraient oublié, il ne reste qu’à se mettre au pas de l’histoire ou à rester en marge de son mouvement.

Dicko Seidina Oumar

Journaliste- Historien -Écrivain

Crédito: Link de origem

Leave A Reply

Your email address will not be published.